Serge Fiori «ému, excité et déchiré»

Catherine Major est l'une des interprètes du spectacle-hommage... (Bernard Brault, La Presse)

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Catherine Major est l'une des interprètes du spectacle-hommage à Serge Fiori, Fioritudes 

Bernard Brault, La Presse

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La voix n'a plus tout à fait l'enthousiasme juvénile de l'époque Harmonium, la joie de Serge Fiori est aujourd'hui plus contenue qu'éclatante, mais elle est assurément présente au détour de chaque phrase, et convaincante. Au téléphone, on l'entendrait presque chantonner «Aujourd'hui / Je (re)dis bonjour à la vie».

On l'a appelé pour qu'il nous parle de Fioritudes, dont la tournée s'arrêtera à Gatineau le 29 janvier.

Un spectacle nourri de ses mots et inondé de son aura, bien que Serge Fiori continue de briller par son absence scénique... Mais cette absence ne sera finalement peut-être pas éternelle, laisse entendre le chanteur, qui pensait avoir fait son deuil définitif de la scène, accablé qu'il est, depuis longtemps, par de graves problèmes de concentration causés par ses neurotransmetteurs au fonctionnement erratique.

Le coup d'envoi de la tournée de Fioritudes sera donné le 15 janvier à Montréal. Au micro: Antoine Gratton, Catherine Major, Alexandre Désilets, et Marie-Pierre Arthur, épaulés par Daniel Lavoie, Coral Egan et Ian Kelly. Monique Fauteux pourrait les rejoindre ponctuellement, laisse entendre Serge Fiori.

En première partie, la bande se plongera dans le répertoire ancien. «C'est un hommage inusité. Je suis très ému et très excité par ça. Et en même temps, déchiré» de ne pouvoir y participer.

Après l'entracte, elle s'attaquera aux chansons toutes fraîches, en reprenant l'album Serge Fiori, paru en mars 2014. Servi sur scène dans son intégralité, en compagnie les musiciens qui l'ont enregistré. Et en conservant l'ordre des morceaux, de façon à respecter ce fil conducteur «qui part du virtuel et va vers le plus humain, en passant par toutes mes expériences personnelles, que ce soit l'alcool, mes parents et mon état d'éternel ado'.»

Un chemin qui le mène vers «un état de maturité», qui l'aide à «apprendre à vivre la vie, voir les gens et la planète autrement - ce qui tombe encore plus à point en ce moment», dit d'un ton grave Fiori, encore «ébranlé» par les attentats terroristes qui ont frappé Paris la semaine dernière.

Face à ce drame, son travail et ses préoccupations d'artiste lui ont semblé soudain bien dérisoires. «On se sent un peu niaiseux».

En même temps, il ne peut s'empêcher de noter que certaines chansons de l'album, en particulier Si bien, mettaient justement le doigt sur «le malaise d'être et la peur» qu'il voit à la source de tels gestes dramatiques.

Et comme ce sont des restaurants et une salle de spectacle qui ont été ciblés par la violence terroriste, le musicien ressent comme une sorte de devoir le fait de sortir, d'apprécier la vie, la musique et la bouffe avec intensité. «Les quatre jeunes [interprètes de Fioritudes] ont comme moi le désir d'en donner encore plus, de toucher encore plus les gens». 

Prodigieux succès

Son album solo, qui mettait fin à 28 ans de quasi-silence artistique, a été lancé avec humilité, dans le «stress» épouvantable causé par les attentes du public, qu'il jugeait énormes. Un premier pas timide vers les projecteurs, pour se remettre en selle.

À présent, l'ex-chanteur de Harmonium se sent presque prêt à trotter. Difficile - même pour Fiori, rongé par «les doutes et la peur de ne pas être à la hauteur» - de ne pas retrouver confiance en lui, en réalisant l'ampleur de l'amour indéfectible du public. L'album s'est écoulé à 125 000 copies - un chiffre phénoménal - au Canada, décrochant dans la foulée trois trophées Félix au dernier gala de l'Adisq. Il est aussi cité à trois reprises dans la course aux prochains prix Junos.

Du coup, l'envie de remonter sur scène est revenue, encore plus dévorante depuis qu'il a vu, «caché dans un balcon», la première de Fioritudes, présentée aux Francofolies de Montréal, cet été. «J'étais dans tous mes états. Tu revois ta vie passer devant toi. C'était très émouvant, surtout avec cette gang. Ce sont tous des artistes dont je suis fan.»

De récents progrès pharmaceutiques l'aident à envisager sérieusement cette possibilité. «Ça me travaille beaucoup, la scène, alors que je n'avais jamais envisagé d'y revenir. J'étais passé à autre chose. Là, je suis dans une période de réflexions existentielles, j'envisage toutes sortes de possibilités...»

Il ne se greffera pas à Fioritudes, même s'il y a songé au début. «Je me suis menti à moi-même», constate-t-il en riant. Son retour prendrait une autre forme, plus solo. «Un truc à moi». 

Préférant éviter que les regards convergent sur lui, Fiori a évité de se mêler de la vision artistique. Il s'en voudrait, explique-t-il, d'empiéter sur les plates-bandes des interprètes. Et ne veut pas faire d'ombre non plus aux deux autres artisans de cet hommage, Marc Pérusse (qui a aussi réalisé l'album) et Luc Picard (qui avait fait appel à Fiori pour la musique de son film Babine, et qui signe la mise en scène de Fioritudes).

Serge Fiori ne cherche à leurrer personne. Il sait qu'il pellette un peu les nuages en apprivoisant l'idée d'un retour. Mais «rien que d'y songer» lui fait un bien fou, car «c'est nouveau, pour moi. C'est même un miracle», tout à la fois «agréable et épeurant».

L'admiration qu'il ressent pour les interprètes de Fioritudes est évidemment réciproque. «J'ai passé la journée d'hier (mardi) avec Catherine Major, qui me confiait l'excitation et le plaisir qu'ils ont, tous, à faire ce spectacle. C'est une musique qui les touche beaucoup, alors c'est encore plus le fun pour moi», rigole Serge Fiori. «Ils respectent les arrangements, mais quand c'est le temps de mettre leur touche personnelle, ils y vont», libres de prolonger un mouvement, ou de changer les accents de place, précise toutefois le «musicien parmi tant d'autres».

Pour y aller

Où: Maison de la culture

Quand: 29 janvier 2016, 20h

Renseignements: 819 243-2305; www.odyssee.ca

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