Mehdi Cayenne et les promesses de l'Aube

Pour un album de rupture amoureuse, Aube, troisième album de Mehdi... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Patrick Woodbury, LeDroit

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Pour un album de rupture amoureuse, Aube, troisième album de Mehdi Cayenne, est drôlement syncopé. Son atmosphère sautillante, sa douleur un peu décalée, étonnent encore davantage lorsque son auteur nous apprend que ce récit découle d'une mésaventure sentimentale «super biographique».

Un sujet pas particulièrement original, reprochera-t-on gentiment à Mehdi Hamdad - après s'être assuré que la bonne humeur dont fait preuve le musicien le jour de notre entretien n'est pas affectée. Sa réputation d'artiste fantasque préférant se tenir à l'écart des sentiers rebattus n'étant plus à faire, on se permet de lui faire part de notre surprise.

«C'est vrai que le thème est "bateau"... mais l'intérêt, c'était justement de se réapproprier», convient l'artiste. Qui se dépêche de retourner la situation à son avantage: «J'aime surprendre et me surprendre constamment, c'est comme un défi pervers. Et comme tu dis, on ne m'attendait pas là, ce qui tend à prouver une forme d'originalité.» Point gagnant pour Mehdi Cayenne.

En outre, «mélanger les larmes et les rires est au coeur de ma démarche, dans tout ce que je fais», poursuit-il.

Aube, qu'il lancera le mercredi 4 novembre au Mercury Lounge en formule 5-à-7, est «plus narratif», ou «moins impressionniste» que ses deux précédents disques. L'Ottavien s'est «amusé à mélanger le sacré et le profane, en reprenant un vieux concept, le réalisme poétique».

Le récit explore «l'histoire d'amour impossible entre deux personnages, Mehdi et Rivière... qui n'est pas forcément une femme. Je n'ai pas voulu lui attribuer de genre, parce que je trouvais ça plus intéressant de jouer sur l'ambiguïté. Rivière, c'est moins un individu que l'esprit de l'Amour. Cet esprit qui vit en nous et nous transporte.»

Ou nous liquéfie. Car les textes d'Aube ne se contentent pas d'explorer les ambiances matinales et feutrées, la solitude de potron-minet quand, au réveil, les draps sont encore pétris du souvenir de l'Autre, et «l'idée d'un cycle quotidien, la roue du jour et de la nuit qui recommence toujours». Les paroles font aussi défiler des images «récurrentes» de liquéfaction: pluies, larmes, draps moites et autres cours d'eau sur lesquels voguent des «vaisseaux de peau» reviennent inéluctablement. Eux-aussi pris dans la boucle d'une roue à aubes, finalement.

Mise à nu

Sur ce disque, «j'ai essayé de trouver des variations sur la douceur, et de garder une certaine candeur - tout en maintenant l'intensité émotive qui caractérise mon travail», explique l'Ottavien (on pourrait aussi le qualifier de Québécois, d'Acadien et de Français, vu son parcours).

Il a «poussé l'aspect fleur bleue» et «le côté "sans filtre"» des textes. «Je voulais que les paroles reflètent un état de candeur», qu'elles expriment «cette vulnérabilité que je trouve à la fois risible, et pleine de courage.»

Le défi, c'était de réussir à atteindre «l'immédiateté» des images et des mélodies, qu'il voulait «aussi évidentes que des hymnes». «On a fait 50 versions de chaque chanson avant de trouver le minimalisme que je voulais.»

«Ça peut sembler très cru, voire érotique, par moments, mais c'est en fait très sensuel et plein de pudeur. C'est même quasiment chaste... car il est question d'absence, plutôt que de présence.»

Cette «sensibilité» des images, il s'est amusé à la confronter à des «sons très secs».

Malgré la présence plus appuyée des guitares acoustiques, dans ses orchestrations, Aube se rapproche de certaines «qualités esthétiques de la musique électronique». Il y a un aspect trip-hop, dans son minimalisme et dans ses répétitions. «Mes références, avant d'enregistrer, c'était des trucs très romantiques, comme La Compagnie Créole et Chopin. Mais mélangés avec des éléments sonores très secs, crus et abrasifs, comme chez Tricky ou Death Grips».

«Il y a aussi beaucoup de polyrythmes et de syncopes, alors ça peut sonner un peu afrobeat, parfois.»

Mehdi Cayenne, qui a triomphé l'an dernier au festival en chanson de Petite-Vallée, y est retourné cet été, cette fois pour assurer la première partie de Dumas - dont il a réchauffé les planches en tournée, durant une bonne partie de l'été. Au cours des dernières années, «M. Cayenne» a multiplié les prestations à proximité d'artistes très en vue, de Louis-Jean Cormier à Kevin Parent en passant par Alex Nevsky, Radio Radio, SoCalled ou Klô Pelgag.

Mais lui qui «déteste le name dropping» ne s'étendra pas sur le sujet, sinon pour dire que «Steve [Dumas] est un gars vraiment super, qui nous montre ce que c'est, d'avoir le feu intérieur que ça prend pour faire ce métier».

La critique: «Aube», de Mehdi Cayenne ***1/2

Ils forment un couple. Lui s'appelle Mehdi. L'autre s'appelle Rivière. Aube raconte leur amour impossible. Un disque de rupture très biographique, avoue Mehdi Cayenne.

Aube se déguste comme une aubade pop offerte sous un balcon vide. Mais si le disque explore la fin du «nous», la déprime y est habitée d'une forme d'euphorie. De fatalité amusée («Je m'en vais à Crève Coeur/Te payer en douleurs», chante-t-il). De folie douce.

Mehdi Cayenne n'a jamais été à un oxymore près. La légèreté domine, tant dans les rythmiques et les grooves (un peu trip-hop) que dans les images proposées, où reviennent l'Absence et l'élément liquide. Les ambiances sont intimistes, entre chien et loup; pourtant, les mélodies demeurent claires et cristallines, servies sur un lit (aux draps encore délicieusement tièdes) de guitares acoustiques énergiques.

Malgré le sujet maintes fois remâché, on reconnaît la patte d'un artiste imaginatif, qui a su faire preuve d'une distance astucieuse - et appréciable.

Pour y aller

Où? Mercury Lounge

Quand? Le 4 novembre, 17h

Renseignements: www.mehdicayenneclub.com

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