Cowboys fringants et colères d'Octobre

Octobre «est un album de constats difficiles», témoigne... (Édouard Plante-Fréchette, Archives La Presse)

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Octobre «est un album de constats difficiles», témoigne le bassiste des Cowboys, Jérôme Dupras.

Édouard Plante-Fréchette, Archives La Presse

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Après la période rock de Que du vent, estivale et festive, Les Cowboys fringants arrivent en Octobre, avec des tounes d'automne toujours fougueuses mais passablement amères.

«On a senti le besoin de dire haut et fort notre sentiment d'écoeurement [vis-à-vis de] la direction que prend la société», grince Jérôme Dupras.

Octobre «est un album de constats difficiles», témoigne le bassiste, en même temps qu'«un polaroïd de notre état d'esprit» face à une «situation d'urgence». «C'est triste, car plutôt que d'aller vers des solutions, on s'en éloigne», déplore-t-il. 

L'ambiance du nouvel album est effectivement morose. Les feuilles mortes s'échouent au même rythme que les illusions de jeunesse. 

«C'est un disque aux couleurs automnales, avec beaucoup de guitares, de la reverb, et une dimension plus politique - et plus poétique», analyse-t-il.

Octobre marque aussi un «retour à l'engagement politique». Jean-François Pauzé, qui signe l'essentiel des textes, «a cristallisé le ras-le-bol qu'on avait face à la politique».

Et M. Dupras de poursuivre, quasiment d'une traite: «Ces dernières années, les faux départs de l'action collective nous ont beaucoup affectés. On voit monter une radicalisation des sociétés modernes, un retour à l'individu, à la protection des acquis. L'individualisme et le consumérisme sont devenus dogmatiques en Occident. [...] On est en plein coeur d'un écocide (contraction d'écosystème et génocide). La forte érosion [de l'altruismes et la solidarité] nous touche au plus profond de notre ADN, nous qui sommes de gauche, du côté de l'action collective et des consensus.»

L'album est donc «factuel, il présente les choses comme elles sont, avec des mots durs».

Un miroir

Les Cowboys ont changé leur fusil d'épaule. Plutôt que de taper sur leurs cibles habituelles - les riches, le pouvoir ou l'industrie -, Jean-François Pauzé et ses acolytes préfèrent interpeller la collectivité.

Mais en visant cette masse - à présent perçue comme une coquille vide -, les flèches des Cowboys ciblent évidemment l'auditeur lambda qui se cache dedans.

Le quatuor lui reprochera ici son indulgente «apathie», là son conformisme ou son assimilation.

Plusieurs chansons poussent assez loin l'exercice culpabilisant: leur auditoire de vous-et-moi se transforme métaphoriquement en troupeau de chevreuils aveuglés, en moutons dociles, ou en lombrics sans colonne vertébrale.

Les Cowboys «ne veulent pas être moralisateurs», nuance Jérôme Dupras. Mais le groupe voulait tendre «un miroir pour rappeler à tout un chacun dans sa voiture [...] qu'il continue de penser juste à son nombril. Et le motiver à agir».

Mais le disque refuse d'être «cynique» ou distant. «Au contraire, on s'inclut parmi les coupables» qui «génèrent ou cautionnent» au quotidien, par leur silence complice, ces modèles de société.

Sauf qu'Octobre, à nos oreilles, respire moins la révolution que la résignation. On le mentionne à Jérôme Dupras, qui se raidit un peu, lui qui le voit au contraire comme «un cri du coeur en forme de "Non!"».

«Il faut savoir dire non clairement, pour pouvoir ensuite poser des actions collectives», laisse-t-il entendre en rappelant le «Non! et tout devient possible», slogan du manifeste L'Élan Global (visant à sortir le Québec de sa dépendance au pétrole) dans lequel Les Cowboys se sont récemment impliqués.

Non, ils n'ont pas baissé les bras, rassure-t-il. «C'est sur le terrain que notre engagement prend forme», à travers diverses «gestes proactifs et actions concrètes» menées par le biais de La Fondation Cowboys fringants, poursuit-il. Il en profite pour mentionner l'initiative Nos forêts chantées, lancée la semaine dernière afin de sensibiliser les adolescents à la chanson en même temps qu'aux enjeux forestiers.

Non, le groupe ne déprime pas. L'album s'est fait dans la joie et comprend même quelques «chansons plus humoristiques», rappelle-t-il en mentionnant Marine Marchande (un duo avec Frannie Holder, de Random Recipe), ainsi que par des «chansons d'amour et de paternité». Plus aigres-douces que véritablement joyeuses, tient-on à préciser.

Deux batteries sur scène

Le côté plus chahuteur des Cowboys, c'est sur les planches qu'on le retrouvera. Pas de déprime en perspective, mais une «attitude festive», car «la musique doit servir à passer un bon moment», sourit le bassiste.

La prochaine tournée - qui passera par la Maison de la culture de Gatineau le 7 avril 2016 - sera tonitruante, grâce à l'apport d'une deuxième batterie, en remplacement de la section de cuivres qui les a régulièrement accompagnés, indique-t-il.

L'autre changement majeur fut «notre envie de travailler, pour la première fois de notre carrière, avec des réalisateurs de l'extérieur. Parce qu'on avait l'impression d'avoir fait un peu le tour du jardin, dans nos inspirations, à l'interne».

Le groupe ne voulait absolument pas travailler avec un Québécois. «Ça fait 20 ans qu'on est dans le paysage culturel, chacun a une opinion sur nous. [...] On craignait de tomber sur un collaborateur qui veuille trop changer... ou pas assez.» Octobre a donc été réalisé aux États-Unis, en compagnie de Gus Van Go et Werner F., duo déjà complice des Trois Accords, des Vulgaires Machins et de Xavier Caféïne.

«Ça été une aventure passionnante. On est très contents des couleurs de l'album, qui diffèrent de ce qu'on faisait avant.»

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