Le ciel est bas sur Maniwaki

Il ne fait pas bon être un des... (Martin Roy, LeDroit)

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Il ne fait pas bon être un des personnages de Maniwaki, le nouvel album de Francis Faubert, où tout le monde cherche un peu de lumière sous des soleils qui s'écroulent.

Martin Roy, LeDroit

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Un fils «poussé tout croche, pogné entre la rage et l'écorche», implorant sa mère de lui apprendre à endurer l'existence. Un amoureux déconfit, désarmé et transi face à sa belle aux moeurs légères. Et que dire de cet homme à bout, qui se fera exploser la cervelle dans son driveway, sous les yeux consternés de son fils?

Décidément, il ne fait pas bon être un des personnages de Maniwaki, le nouvel album de Francis Faubert, où tout le monde cherche un peu de lumière sous des soleils qui s'écroulent, et où l'espoir se distribue au compte-gouttes.

«C'est comme si chaque personnage voulait atteindre un bonheur impossible. Mais ils sont un peu condamnés à ne pas voir le soleil», résume l'auteur-compositeur-interprète.

«Je me suis inspiré d'un ami proche à qui cette histoire est arrivée à peu près mot pour mot. Je me suis juste arrangé pour que ça rime», expliquera l'artiste à propos de sa chanson Volcan, mettant en scène un violent suicide.

Poésie tournée vers l'espoir

Une chanson «dure, c'était rough à dire, à avouer, de la même façon qu'il m'en avait parlé», mais pourtant «écrite très rapidement», comparé aux quelques chansons plus personnelles que le guitariste a colligées ici - dont la touchante Chaque fois, sorte de promesse tourmentée mais heureuse adressée à sa jeune fille, où papa jure de tout faire pour la «sortir de l'ombre» qui rôde, tout en la remerciant de faire la même chose, à sa façon et à son insu. Berceuse sur laquelle la chanteuse Myëlle - sa blonde - a posé sa voix sur les choeurs.

«La chanson qui m'a pris le plus de temps à écrire, c'est celle avec le personnage qui demande à sa mère de prier parce qu'il ne croit plus en rien. Ce gars-là, c'est moi», laisse-t-il entendre au sujet de Moman. Ces deux morceaux ont mis quatre ans à s'extirper de lui.

Pour Francis Faubert, la poésie de Montebello n'est pas noire. «Tragique», certes, mais d'un gris qui ouvre la porte à l'espoir, dans le sens où «les personnages de Maniwaki sont un peu tous en transition; c'est souvent la fin de quelque chose».

Période sombre

La chanson-titre, où l'on rencontre son père, un camionneur de profession, présenté comme «un gars qui n'a jamais vu l'horizon autrement qu'à travers la vitre de son camion», permet à l'artiste d'évoquer «un gars qui en a assez de faire des sacrifices, et qui lâche tout pour partir sur une balloune» soudaine.

«Je me suis rendu compte, après coup, que la mort, tant au sens [propre] qu'au sens figuré, n'était jamais bien loin, dans ces chansons. Il y a un avant et un après.» C'est effectivement le cas de Volcan, où la transition, plutôt brutale, se lit plutôt comme une rupture.

Le disque correspond à «une période de ma vie un peu sombre; je quittais Montréal pour revenir à Duclos, c'était une grosse période de transition et, visiblement, ç'a déteint sur les tounes», souligne en riant celui qui s'est d'abord fait repérer aux festivals de Granby puis de Petite-Vallée, avant de se hisser en finale des Francouvertes, édition 2012.

En compagnie de Dany Placard et de Mathieu Vézio à la batterie, il a signé un disque «très différent» de son premier disque, un éponyme qui flirtait avec le country, parce que «je trouvais que le country laissait une belle place aux histoires, simples et accessibles, sans que j'aie à me casser la tête avec des progressions harmoniques complexes».

Musicalement, Maniwaki est rugueux et orageux, porté par les grondements d'«arrangements viscéraux». «C'est un disque qui me ressemble plus. Du folk garage. Un truc assez grunge. Moi je viens de l'école du rock: c'est ce que j'écoute et c'est le disque que je voulais entendre», dit-il.

«En ce moment, je trippe ben gros des trucs qui tiennent des années 1970 dans la démarche et l'esthétique», prévient ce fan inconditionnel de «tous les projets que réalise Dan Auerbach», des Black Keys. «Je me nourris aussi beaucoup de Jack White, Alabama Shakes, et du vieux Black Sabbath», énumère le guitariste.

Le disque a aussi reçu le soutien moral et les conseils avisés de Dan Boucher, autre sympathique Poète des temps gris. On n'est guère surpris d'apprendre qu'Antoine Corriveau - celui des Ombres longues, un autre bel écorché - viendra épauler Francis Faubert en tournée, puisqu'il fait désormais «partie intégrante du band», depuis cette semaine.

Mais l'auteur-compositeur-interprète n'est pas déprimé. L'histoire de son père est «romancée». Et les personnages de Maniwaki sont fictifs, même s'ils sont largement «inspirés des gens du village», précise l'artiste, qui s'est accordé une licence poétique afin d'«accentuer un peu le misérabilisme» et les claques sur la gueule.

R'tourne pas danser, qui ferme l'album, est selon lui plutôt «optimiste». «Je voulais finir le disque avec une chanson un peu plus lumineuse, ou avec un sourire en coin, pour rappeler que ce n'est que de la comédie, tout ça». On se sent obligé de modérer: la chanson parle quand même d'une effeuilleuse, dont le chum lui souffle «on va s'en sortir» au troisième couplet... mais oui, la mélancolie y est moins cafardeuse.

Maniwaki sera lancé le 11 octobre au festival Coup de grâce de Saint-Prime (bastion de Fred Fortin, qui avait réalisé le mini-album Duclos - St-Prime de Faubert), puis à Montréal, le 13 octobre.

La joie des guitares abrasives

Duclos, c'est le village natal de Francis Faubert. Un bled d'une trentaine d'âmes situé à 11 km à l'est de Lac-des-Loups, «très creux» dans l'Outaouais. Le musicien est désormais résident de Montebello, mais il a vécu un an dans le chalet de son grand-père à Duclos, profitant du studio d'enregistrement d'un proche cousin pour préparer les maquettes de ce disque dont il a ensuite confié la (co)réalisation à Dany Placard.

Placard y manie aussi la basse, la guitare et les synthés Farfisa. C'était déjà lui qu'on retrouvait aux manettes de l'éponyme Francis Faubert.

«On a travaillé comme deux ados dans un garage de sous-sol. On a beaucoup ri, même si le disque est assez sombre. On est allé à fond la caisse dans les fuzz, les distorsions des guitares abrasives et les volumes. On a beurré épais...»

Pour y aller

Où? Cabaret la Basoche

Quand? Vendredi 16 octobre, à 20 h (en plateau double avec Dany Placard)

Renseignements: 819 243 8000; www.ovation.qc.ca

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