La liberté retrouvée de Mélanie Brulée

Mélanie Brulée... (Courtoisie)

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Mélanie Brulée

Courtoisie

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Mélanie Brulée est Débridée, comme l'indique le titre de l'album qu'elle lance mardi à Toronto. Mais débordée, aussi.

On vole à la chanteuse originaire de Cornwall quelques minutes au téléphone, dans la foulée du dévoilement de la programmation d'un off festival raccroché à la grande Franco-Fête qui égayera Toronto en juillet, pour coïncider avec les Jeux panaméricains.

La Fondation canadienne pour le dialogue des cultures l'a embauchée pour programmer des artistes dans les bars du centre-ville de la Ville-Reine, où Mélanie Brulée a installé ses pénates en 2012.

C'est une nouvelle corde à son arc. Mais elle se sent comme un poisson dans l'eau au sein de cette communauté artistique torontoise «petite, mais vibrante» qui l'a accueillie à bras ouverts, et dont la solidarité transcende les langues et les deux solitudes, laisse entendre la chanteuse bilingue.

«J'ai été attachée de presse, un temps. Surtout pour apprendre à me réseauter moi-même. Maintenant, je peux dire que j'ai un chapeau de diffuseur», explique celle qui s'est mise à la guitare «sur le tard, à 21 ans, lors d'un périple en Australie», où elle a commencé par la base, en musicienne de rue, «buskant» et passant le chapeau.

Aujourd'hui, la néo-Torontoise chante au sein de la formation country-folk rétro The Ole Fashion. En parallèle, elle a fondé le collectif Ladies in Waiting, destiné à occuper les artistes entre deux tournées, et avec lequel elle a déjà enregistré deux compilations. Elle a aussi signé la musique de la pièce Mister Baxter, montée par le réputé Théâtre Passe Muraille.

Un long carnet d'adresses

Son carnet d'adresses s'étoffe rapidement. À preuve: la longue liste de collaborateurs et d'invités qui apparaissent sur Débridée. Sur ce disque délicieusement pop-rock, on trouve notamment Benoit Morier (complice de Chic Gamine, Geneviève Toupin, marijosé) à la réalisation et Anique Granger, avec laquelle Mélanie Brulée sillonne le Canada depuis deux ans, à l'écriture des textes. Les arrangements sont signés James Robertson (Lindi Ortega, Scarlett jane), Gary Craig (Bruce Cockburn, Jadea Kelly, Blackie & The Rodeo Kings). Sans oublier les copains montréalais: André Papanicolaou et Simon Blouin, acolytes de Vincent Vallières.

«Je suis chanceuse de les avoir avec moi. Mais je crois que ce qu'on donne à l'univers finit par nous revenir. [...] C'est pas mal moi la nouvelle, sur cette scène, alors je veux sentir que je participe et que je m'intègre à cette communauté. D'où cette envie de collaborations.»

Contrairement à Sucré/salé, minialbum bilingue et «folk-cabaret» paru en 2012, Débridée comprend 10 pistes en français (à quelques incartades lexicales près, notamment sur la bilingue Naked).

«Ma mission, c'est d'introduire les gens (de Toronto) à la musique francophone», se réjouit Mélanie Brulée qui, après sept ans passés en Australie, a réalisé avec frayeur qu'elle commençait à perdre sa langue natale.

C'est à la fin 2013, à Paris, où la Franco-Ontarienne profite d'une résidence d'artiste payée par le Conseil des arts de l'Ontario pour se lancer à fond dans l'écriture poétique, qu'est venu le déclic et l'inspiration pour son disque. «L'idée d'origine, c'était simplement de tenir un journal de bord, en m'inspirant de ce que je vivais.»

Puis, par hasard, elle entend le mot «débridé», qui l'accroche instantanément. Le mot, en toute logique, fait résonner en elle le sentiment de liberté qui l'habite, l'envie d'être dans le moment présent.

Mais il lui trotte dans la tête au point de le hanter. Car son père, qui était entraîneur de chevaux dans la région de Laval, s'est suicidé après avoir longtemps souffert de dépression. «Je ne savais pas à quel point je n'avais jamais dealé avec le fait que j'avais perdu mon père quand j'étais jeune.»

En lui permettant progressivement de «recoller les sentiments», l'écriture du disque est devenu un hommage au disparu. Qui s'exprime jusque dans le concept graphique de la pochette, dessinant une femme-oiseau à tête de cheval, captive d'une cage invisible.

Vivre ses sentiments

«Les chansons ont beaucoup à voir avec la santé mentale, qui est un sujet un peu tabou, et avec la dépression que moi-même je ressens parfois. Aujourd'hui, je pense qu'il ne faut pas avoir peur de vivre ces sentiments négatifs. C'est mieux que d'être numb (engourdie)», estime celle qui, depuis un an, anime des ateliers sur la confiance en soi, par lesquels elle enseigne aux jeunes à penser positivement, à verbaliser leurs peurs et à plonger plus profondément dans leurs émotions, notamment à travers la musique qu'ils apprécient.

Légères, malgré la densité des arrangements, les mélodies que compose Mélanie Brulée respirent d'une joie de vivre pop-rétro qui cache plutôt bien les nuages maussades qu'elle évoque en entrevue.

«Peut-être que des enfants vont entendre mes chansons et les chanter. Je veux donc que mes mots ne manifestent pas d'énergie négative.»

Pour y aller

OÙ? Blacksheep Inn

QUAND? 22 août

RENSEIGNEMENTS: 819-459-3228; www.theblacksheepinn.com

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