S'appartenir, selon Boogat

Boogat... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Boogat

Patrick Woodbury, LeDroit

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Sur la pochette de son nouveau disque, Neo-Reconquista, mariant plus que jamais la musique pop occidentale aux influences latino-américaines de Boogat, le rappeur québécois brandit fièrement son sarape, tel un étendard.

Cette couverture de laine rayée, dont l'origine se perd dans la nuit des temps précolombienne, est devenue un symbole identitaire pas seulement mexicain, mais panculturel. Les pays voisins se sont approprié le sarape, et «les Mexicains eux-mêmes ne savent pas trop d'où elle vient, ce que ça représente, ni quelle technique de tissage particulière» elle exige, suggère Boogat.

Ce sarape apparaissait déjà sur la pochette d'Eldorado Sunset, disque par lequel Boogat - né d'une mère mexicaine et d'un père paraguayen - embrassait ses racines. Écrit entièrement en espagnol, l'album fut couronné de deux prix Félix en 2013. Il lui a aussi ouvert les portes du Mexique et du sud des États-Unis, où Boogat a donné une soixantaine de spectacles au cours des deux dernières années.

Quête d'identité...

«Ça représente mes origines, mais aussi la recherche d'une identité, qui est le thème central de mon oeuvre».

Il y a deux ans, on le voyait emmitouflé dans cette couverture protectrice qui le cachait. Cette fois, il s'assume. «Le côté drapeau, c'est une façon de s'afficher. De dire à quel pays j'aspire.» Pas un État, mais un pays métaphorique.

Citoyen du monde? Non. Boogat a beau se sentir partout chez lui, et être attaché à ses deux cultures, il ne se sent appartenir à aucun territoire, sinon celui de la famille. «De toute façon, à Paris comme à Montréal, on est moins des citoyens que des clients des États. Des usagers.»

Ce faux drapeau, à l'instar des thèmes abordés et du métissage musical de son disque, joue en réalité avec l'idée de frontières poreuses, artificielles, résultantes provisoires des guerres et des conquêtes territoriales.

«Les frontières n'ont jamais empêché les mouvements de population», ni l'uniformisation culturelle à grande échelle, estime Boogat, illustrant son propos par l'influence maure au Mexique, et par la croissance florissante de la culture chicanos. «D'ici à 30 ans, les États-Unis compteront autant d'hispanophones que d'anglophones», postule le rappeur, qui a étudié l'histoire à l'université.

Le titre du disque fait d'ailleurs référence à «la période de reconquête des droits civiques» en Amérique latine, au siècle dernier. Le propos est engagé, «mais ce n'est pas un truc politique ancré dans un territoire précis. Neo-Reconquista s'efforce d'avoir une vision plus large, une pertinence globale, par rapport à ce qui se passe mondialement.»

... et pertinence globale

Les antagonismes servent de fil conducteur à ce disque où Boogat aborde de front tant les «conflits sociaux, sous l'angle de la pauvreté ou de gentrification», que «le conflit à l'état pur, avec une chanson qui parle d'un combat à mort entre un singe et un loup».

Il s'intéresse aussi au conflit «interculturel» Nord-Sud. Dans Los Tabarnakos, morceau clin d'oeil à Elvis Gratton, le rappeur explore «la relation entre les Québécois et le tourisme du tout-inclus, tout en faisant des liens avec les Snowbirds, l'indépendance du Québec, les rivalités historiques entre les francos et les anglos».

Un propos humaniste? L'artiste se trouve «trop pessimiste» pour cela. «Je ne pense pas dénoncer, et je ne cherche à convaincre personne. Je suis de nature réaliste, alors je me contente de prendre des "photos".»

Boogat a la ferme intention de partir à la conquête des marchés du Sud avec ce disque ultra-métissé. Ses structures mélodiques ont été façonnées pour être le plus universel possible.

«J'ai eu énormément de chance au Québec, avec ce succès, et j'ai vraiment réalisé un rêve en chantant en espagnol... Mais je suis conscient qu'ici, j'ai probablement atteint un plafond.»

Pour y aller

OÙ? Centre national des arts

QUAND? 22 mai, 19h30

RENSEIGNEMENTS: 1-888-991-2787 ; www.ticketmaster.ca

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