Lanois en mode symphonique

Daniel Lanois... (Yan Doublet, Archives Le Soleil)

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Daniel Lanois

Yan Doublet, Archives Le Soleil

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So de Peter Gabriel, The Unforgettable Fire de U2 et Oh Mercy de Bob Dylan comptent parmi les albums cultes qui portent la signature de Daniel Lanois. Considéré comme l'un des producteurs les plus influents au monde, le Hullois d'origine montera sur scène, jeudi, en compagnie de l'Orchestre du Centre national des arts le temps d'un concert qui s'avère un incontournable de la saison.

Joint à Toronto le mois dernier par téléphone, entre deux spectacles et un départ imminent pour l'Europe dans le cadre de sa tournée internationale avec Flesh and Machine, l'auteur-compositeur-interprète étonne par sa simplicité, son franc-parler et sa coolitude totalement assumée, et ce, malgré tous les Grammy accumulés au fil de son prolifique parcours.

«No way man! Au début, c'était hors de question, je ne voulais pas faire ce concert symphonique, s'exclame-t-il catégoriquement. Pour moi, ce genre de truc, c'est de la nourriture pour bébé. Ensuite, j'ai réfléchi et je me suis demandé comment je pouvais y trouver mon compte. Ça devait nécessairement passer par la création.»

Il a donc accepté l'invitation du Centre national des arts et s'est mis à la composition de deux oeuvres instrumentales qui seront présentées en primeur lors du spectacle. 

«J'ai créé un solo intitulé Crash Mountain et une autre pièce, Senegal, que je vais interpréter avec les musiciens. Je suis particulièrement fier du résultat. Mais je n'en dis pas plus!» clame-t-il en éclatant de rire.

Des succès comme Still Water, Jolie Louise et The Maker figurent aussi au programme, tout comme quelques compositions électroniques tirées de Flesh and Machine, son 12e opus en carrière.

«Pour cet album, j'ai bidouillé plusieurs instruments pour créer des sons inédits qui s'apparentent à une sorte de musique symphonique futuriste, explique-t-il. C'est le fruit d'expérimentations assez complexes.» 

«David Martin, celui qui adapte ma musique pour orchestre, doit sûrement se taper la tête sur le mur à tenter de décoder tout ça», lance-t-il, mort de rire.

Sur scène, l'artiste pourra se sentir «comme à la maison» puisqu'il aura avec lui son studio d'enregistrement au grand complet. Consoles, tables de mixage, amplificateurs et enregistreurs seront bien en vue afin que les spectateurs puissent témoigner de sa démarche.

«Ça fait partie du trip d'avoir mon équipement et de montrer en direct ce que je fais, dit-il avec passion. Je vais faire de l'improvisation durant le spectacle. Et puis, c'est sûr, j'aurai ma lapsteel et toutes mes guitares avec moi, question de faire quelques solos.»

«Vous savez, je suis né à Hull et j'ai grandi à Ancaster en Ontario, rappelle-t-il. Je suis fier de mes origines et j'espère que je pourrai transmettre cette énergie-là. Tout au long du concert, je vais parler au public et expliquer ce que je fais. Ce sera comme un gros party de cuisine. Everything's going to be relax, man, no stress

L'entrevue se terminera par un «bye, sweetie» bien senti, comme si on se connaissait depuis 20 ans, rappelant que ce sont souvent les plus grands qui sont les plus accessibles...

L'arrangeur et chef d'orchestre David Martin... (Courtoisie) - image 2.0

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L'arrangeur et chef d'orchestre David Martin

Courtoisie

Arranger avec l'oreille grande ouverte

Depuis mars, l'arrangeur et chef d'orchestre David Martin tend l'oreille aux moindres sons de la musique de Daniel Lanois. Patiemment, il décortique chacune des notes et tente d'en saisir toutes les nuances afin de les traduire dans des partitions symphoniques. 

«Je connaissais Daniel Lanois de réputation, mais pas sa musique, avoue-t-il bien humblement. J'ai découvert un univers remarquable composé de ballades, de chansons inspirées de l'Acadie, un peu country, folk, blues, et une musique ambient d'une richesse insoupçonnée.» 

David Martin baigne dans la musique depuis toujours. Il a occupé le poste de trombone solo de l'Orchestre symphonique de Montréal et de l'Orchestra London, où il fut également chef d'orchestre résident. Il a dirigé des concerts «pop» partout aux États-Unis et au Canada. Comme arrangeur, il a réalisé des projets pour des ensembles symphoniques et des artistes comme Robert Charlebois, Isabelle Boulay, Corneille, Sylvain Cossette et Lara Fabian.  

Jusqu'au jour du concert, jeudi, les deux artistes auront échangé uniquement par téléphone pour créer cet ultime événement symphonique qu'offrira le natif de Hull, celui-ci ne souhaitant pas répéter l'expérience pour l'instant.

Un concert privé... au bout du fil

M. Lanois lui a également fait parvenir des «démos» dans lesquels il joue, chante et explique sa vision et ses attentes envers l'orchestre.  

«Il est absolument charmant, s'exclame David Martin. Non seulement il m'a fait des enregistrements, mais il me téléphone aussi. Il s'accompagne à la guitare et m'interprète deux versions d'une chanson et me demande quelle tonalité je préfère. Vous vous rendez compte? Un artiste de cette envergure qui m'offre un concert privé au bout du fil, c'est pas rien, ça!»

Pour quelqu'un de la trempe de M. Martin, adapter symphoniquement des chansons «normales» avec paroles, accords et mélodie ne pose pas de grands défis. Par contre, il en va tout autrement avec la musique expérimentale de M. Lanois, qui n'a aucune structure spécifique.

«Avec l'électronique, il rend méconnaissable les guitares ou autres instruments. J'ai mis trois heures juste pour décoder les quatre premières mesures de Two Bushas, pour reproduire un son avec, par exemple, un violoncelle, une flûte ou des contrebasses. J'ai orchestré trois de ses musiques électroniques, alors faites le calcul», rigole-t-il. 

Il y aura une seule répétition - vous avez bien lu: une seule! - réunissant Daniel Lanois, M. Martin et l'orchestre, le jour même du concert. 

«Nous ferons des ajustements jusqu'à la dernière minute, souligne l'arrangeur et chef d'orchestre. C'est très risqué, mais je ne suis pas inquiet, les musiciens sont des virtuoses. Et puis je serai là, sur scène, pour les diriger. On va tous se regarder dans les yeux et surfer sur la vague.»

Selon lui, l'expérience que M. Lanois s'apprête à vivre est un luxe inouï.

«Je n'ai jamais eu cette chance d'entendre mes compositions interprétées par un orchestre. Comme maestro, je peux vous dire qu'il n'y a rien de plus enivrant que de se faire "pousser" - sur scène - par la musique d'une soixantaine d'interprètes. Daniel Lanois tombera en extase, ça, j'en suis certain», soupire-t-il, un brin d'envie dans la voix.

L'auteure-compositrice-interprète Basia Bulat... (Courtoisie) - image 3.0

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L'auteure-compositrice-interprète Basia Bulat

Courtoisie

Basia Bulat sur scène

À la demande de Daniel Lanois, Basia Bulat viendra présenter des versions orchestrales de son album Tall Tall Shadow, en lice au prestigieux prix Polaris l'an dernier.

L'auteure-compositrice-interprète canadienne d'origine polonaise lui avait rendu hommage en chantant Shine lors du Gala des prix du Gouverneur général pour les arts de la scène en 2013.

Pour y aller

QUAND? Jeudi 30 avril  

OÙ? Salle Southam du CNA  

RENSEIGNEMENTS: Billetterie du CNA; TicketMaster.ca, 1-888-991-2787

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