Michel Louvain, Monsieur Bonheur

Michel Louvain a beau remonter le cours du... (Rocket Lavoie, Archives Le Quotidien)

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Michel Louvain a beau remonter le cours du temps jusqu'aux Années Bonheur en compagnie de Renée Martel et Chantal Pary, cela ne l'empêche pas de conjuguer son plaisir de chanter, encore et toujours, au présent.

Rocket Lavoie, Archives Le Quotidien

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Michel Louvain a beau remonter le cours du temps jusqu'aux Années Bonheur en compagnie de Renée Martel et Chantal Pary, cela ne l'empêche pas de conjuguer son plaisir de chanter, encore et toujours, au présent. Entrevue avec un éternel passionné.

«Nous sommes trois artistes issus d'une même époque: celle de Jeunesse d'aujourd'hui, entre autres. Mais bon, il faut quand même que j'admette qu'à 78 ans, c'est moi le plus vieux du trio!»

Qu'à cela ne tienne, ce n'est certainement pas à son âge qu'il s'empêchera de s'amuser à danser, ni à chanter là où plusieurs (lui-même y compris!) ne l'attendent pas.

«On me parle encore de ma prestation sur Gangnam Style à Juste pour rire, près de deux ans plus tard! Dans Les Années Bonheur, Renée et moi faisons un pot-pourri de chansons country. Voilà bien un genre auquel je n'aurais jamais pensé toucher, moi qui ai toujours fait de la chanson d'amour!»

L'homme apprécie toutefois les défis et celui de s'approprier quelques airs country l'a vite séduit. Au point de commencer à fredonner le refrain de L'adieu au soldat, à l'autre bout du fil.

«J'ai dû apprendre plusieurs chansons, pour ce spectacle. Je les ai mémorisées en faisant du vélo, en Floride, cet hiver!»

Entre les moments où ils sont réunis devant la foule avec les six musiciens et choriste qui les accompagne, Mmes Pary et Martel et M. Louvain ont chacun droit à leur «petit bout de bonheur» seul avec les spectateurs.

«Je pense qu'on fait revivre de beaux souvenirs aux gens. Et à nous également», soutient-il.

C'est à cet instant-là que Chantal Pary reprend Pour vivre ensemble, par exemple.

Quant à Michel Louvain, il n'a «pas vraiment le choix», fait-il valoir. «Dès que je mets les pieds sur scène, les gens réclament que je chante La dame en bleu

Il prend toutefois un malin plaisir à les faire languir un brin.

«Dans ce temps-là, je leur réponds: "Attendez! Je suis en train de crémer le gâteau pour mieux mettre la cerise dessus!"» explique-t-il en éclatant de rire.

Pourtant, Michel Louvain ne cache pas avoir longtemps hésité à se lancer dans l'aventure des Années Bonheur.

«J'ai toujours chanté seul et je n'ai jamais vraiment aimé les spectacles-concepts de ce genre.»

Or, s'il a mis du temps à accepter de participer au projet, il ne regrette absolument pas sa décision aujourd'hui. Au contraire.

«Ça me rappelle mes débuts, quand, à 22 ans, je prenais la route avec La Poune, Manda Parent, Claude Blanchard et Jean Grimaldi, entre autres, pour jouer dans des petits théâtres minables, mal éclairés... Là, on est pas mal mieux organisés et on se produit dans des salles pas mal plus chic!»

Entre les deux, Michel Louvain reconnaît qu'il existe une constante: «On était heureux dans le temps, et on l'est encore autant maintenant de faire le métier qu'on aime par-dessus tout.»

Ce plaisir tient notamment à un élément essentiel, selon lui: la sincérité.

«Je le suis et le public aussi. Et ça, ça ne ment pas: ça se sent et se goûte au moment même où ça se vit!»

Et puis, avoue-t-il, lorsqu'il ne chante pas, il devient vite de mauvaise humeur parce qu'il s'ennuie: de la scène, de la musique, des gens.

«La retraite n'est pas pour bientôt. Et puis, avec cette tournée qui me tient occupé, je dois avouer que je m'amuse comme un fou!»

Et ce, malgré la maladie qui rôde.

Possibilité de report

L'état de santé déclinant de la mère de Renée Martel a occasionné le report des deux spectacles prévus à Québec, demain. Jusqu'à nouvel ordre, la représentation prévue à la Maison de la culture de Gatineau doit bel et bien être présentée - à guichets fermés - mardi prochain.

«Ça n'a pas été facile, au cours des derniers spectacles, pour Renée. Elle m'a souvent serré la main très, très fort, pendant certaines pièces, surtout lors de nos duos sur des textes de son père...»

Michel Louvain se souvient avoir appris le décès de son père «trois minutes avant de monter sur scène». C'était en 1973.

«J'ai éclaté en sanglots devant le public et un monsieur m'a alors crié de chanter pour mon père... C'est ce que j'ai fait, et ça m'a fait du bien, alors quand Renée me serre la main, je m'assure de la soutenir parce que je sais ce qu'elle vit.»

Dans les boîtes de souvenirs

Il est né Michel Poulin, le 12 juillet 1937, à Thetford Mines.

«Mais j'ai dû changer mon nom, pour faire plus artistique...» raconte le principal intéressé.

Comment a-t-il choisi de s'appeler Louvain, alors ? À cause de la chic enseigne à laquelle logeait le restaurant Au Louvain, à Montréal, où il était possible de manger un steak cuit sur charbon de bois à la fin des années cinquante.

Voilà quelques-uns des détails que le lecteur pourra apprendre ou se remémorer en parcourant Michel Louvain - Sans âge, publié par la maison d'édition Caractère.

Des émeutes qu'il provoque à ses débuts, il y a près de 60 ans, à sa fameuse chorégraphie sur Gangnam Style lors d'un gala Juste pour rire, en juillet 2013, Benoit Gignac trace le parcours d'un éternel passionné du métier.

«Quand Caractère m'a approché pour ce projet, j'ai mis à la disposition de l'équipe la trentaine de boîte dans lesquelles j'ai classé les articles, photos et archives personnelles en ma possession. Le livre reproduit une bonne partie de mon patrimoine.»

Rouvrir pour la première fois toutes ces boîtes ont fait remonter bien des souvenirs à la surface. «J'ai revu les funérailles de ma mère, de mon père... Des unes de journaux que j'avais oubliées... Ç'a été très émouvant.»

Michel Louvain se réjouit du résultat. «Le jour où je partirai, ce livre, lui, restera. Ça aussi, c'est émouvant.»

Chanter du Louvain... avec Michel

Ils sont 17 hommes (12 artistes plus le quatuor Tocadéo) à revisiter le répertoire de Michel Louvain sur Ils chantent Louvain. Ils proviennent de tous les horizons musicaux et représentent plus d'une génération, de Patrick Norman et Herbert Léonard jusqu'à David Thibault et Maxime Landry, en passant par Mario Pelchat.

«Je savais que des chanteurs allaient reprendre quelques-unes de mes chansons, mais ce n'est qu'au lendemain de l'hommage qui m'a été rendu au gala de l'ADISQ [le 26 octobre dernier] que j'ai su qui.»

Le projet lui avait été caché, pour lui faire une surprise.

«Entendre Paul Daraîche chanter Buenas Noches Mi Amor, ça m'a carrément jeté à terre!» lance d'ailleurs Michel Louvain en riant, à l'autre bout du fil.

Il a été tout aussi touché d'écouter chaque version, de La dame en bleu de Jean-François Breau à la Louise de Tocadéo, et d'ainsi constater que «tous avaient accepté de chanter du Louvain, ce que peu auraient fait, à une autre époque, il faut bien se le dire!»

Ce pont entre les générations lui fait plaisir. D'ailleurs, si Patrick Bourgeois a revisité Sylvie sur Ils chantent Louvain, le septuagénaire s'est en échange prêté au jeu de passer pour un Voyou sur le récent album de reprises des succès des BB. «Tony Bennett chante avec Lady Gaga. Moi, je pense que je fais la même chose à ma manière», soutient Michel Louvain.

Ce dernier n'a d'ailleurs pas l'intention de rester assis les bras croisés, lors du spectacle découlant d'Ils chantent Louvain, au Centre Bell, le 6 juin.

«Ils vont me rendre hommage, mais moi, j'ai dit au producteur que je voulais chanter avec les gars! C'est mon chef d'orchestre qui est en train de devenir fou, à cause de moi!» clame fièrement le septuagénaire, qui a bien l'intention de profiter de l'occasion pour partager le micro avec tout un chacun.

Et comme l'interprète n'est pas à un projet près, il mentionne au détour qu'on lui prépare «une grosse surprise» à Québec pour souligner son 80e anniversaire et ses 60 ans de carrière en 2017.

D'ici là, venait-il d'apprendre, nul autre que Daniel Bélanger lui a fait savoir qu'il aimerait lui écrire une chanson.

«Daniel Bélanger, tu te rends compte? s'exclame-t-il, heureux. Je viens de recevoir son numéro de téléphone et il faut que je l'appelle. Je n'en reviens pas!»

Comme quoi, Michel Louvain a encore quelques années de bonheur devant lui.

«En tout cas, j'ai intérêt à me garder en forme, si je veux en profiter!»

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