Un refuge de dualité pour Ariane Moffatt

Ariane Moffatt évoque ses jumeaux et son amoureuse... (Ivanoh Demers, La Presse)

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Ariane Moffatt évoque ses jumeaux et son amoureuse dans 22h22, son nouvel album.

Ivanoh Demers, La Presse

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Mère de jumeaux depuis l'été 2014, Ariane Moffatt la-maman-débordée avait pris le pas sur la musicienne. Jusqu'à ce qu'un soir, tard - à 22h22 précises - rare moment de répit de sa journée, le cadran lui fasse de l'oeil à travers ce signe étrangement gémellaire.

La scène se répétera ensuite, avec une déconcertante régularité d'horlogerie. Au point que l'artiste finit par y voir un signe du destin, un «appel onirique», presque cosmique, à créer.

«Ça faisait six mois que j'avais les mains pleines... c'est dans cette minute de silence précieux que j'ai senti pour la première fois qu'il y avait un peu de place pour moi», se souvient la jeune maman.

Ces 60 secondes caressantes, bercées «entre l'éveil et le sommeil» ont été comme «une transition vers la créativité», dit-elle, visiblement ravie d'avoir retrouvé son «exutoire».

L'album auquel elle allait donner naissance, elle le voulait dream pop (pop onirique), à l'image de la sensation de flottement dans lequel baignaient ces minutes de «rêve lucide». C'est un disque «plus new age, avec très peu de guitares, où l'électro est partout». «Je voulais explorer l'électronique dans une optique plus planante, douce et onirique.»

idées contraires réconciliées

Ce disque «féminin et minimaliste», dont la couleur qu'elle imagine violacée lui évoque «un ciel en transition, un ciel d'été en fin de journée», allait logiquement s'appeler 22h22. Il se réveillera dans les bacs des disquaires mardi matin.

Et puisque sa «seconde vie» artistique trouve son élan dans «une série de '2'», autant pousser le concept plus loin.

Aux deux mamans (Moffatt et son amoureuse, Florence Marcil-Deneault) et aux deux bébés (Paul et Henri, apprend-on en lisant le livret, où ils sont crédités sur le morceau Matelots & frères), se grefferont deux coréalisateurs (son «grand ami» Jean-Philippe Goncalves, déjà collaborateur en studio à l'époque de Tous les sens, est venu compléter de son yang le yin de Moffatt) et, pour finir, un album qui «parle de la vie et de la mort, et porte en lui la dualité de la vie en général».

Dans une complémentarité complice, le binôme cherchera à marier les oppositions et à harmoniser ses propres divergences.

«En travaillant sur certaines chansons, on a fait des tests en jouant parfois des trucs différents, les deux en même temps», illustre-t-elle. «On a des idées souvent contraires, mais [...] je voulais travailler dans le confort; avec lui, je savais que le quotidien ne serait pas trop brusque.»

Lui-même papa d'un petit Gaspard de moins d'un an, «Jean-Phi partage la même réalité que moi; on avait les mêmes contraintes d'horaires». Car l'époque où les expérimentations sonores d'Ariane et ses amis pouvaient librement empiéter sur les heures de sommeil est révolue. La priorité demeure le cocon familial, même si l'artiste s'épanouit dans la bulle de son studio: «Je revenais à la maison revigorée», dit-elle sans ambages.

Elle continue ses explorations sonores, mais perd moins de temps. «Être maman m'a apporté une rigueur et une discipline qui m'a servie. En studio, je suis plus spontanée qu'avant.»

Et puis elle s'économise, 'triche' un peu en faisant faire le travail par sa marmaille ou par ses fans.

Sur Matelots & frères, on entend les jumeaux «pianoter sur leurs guitares et leurs claviers» d'enfants. Un certain don pour la musique «se transmet, et c'est cute à voir» dit l'heureuse maman, qui a aussi enregistré le babil des nourrissons sur son iPhone, avant de reconstruire une mélodie et de lui trouver un habillage électronique.

Sur Toute sa vie, pièce qui clôt l'album, une cinquantaine d'internautes ont répondu à l'appel de Moffatt qui voulait orchestrer ce qu'elle appelle un «choeur magique», constitué des voix de fans anonymes.

«C'est comme une vague qui me permettait de terminer l'album en allant vers les autres. Je ne voulais pas être trop hermétique dans mes propos [sur ce disque où] j'aborde avant tout une période de vie très personnelle. Je trouvais ça un peu trop 'moi, moi, moi'.

«Ouvrir ainsi les choses donne un portrait plus global du petit feu intérieur qu'on porte tous et toutes», estime-t-elle. 

Les 2 cheminées, titre derrière lequel se cache l'Incinérateur des Carrières, avec ses deux cous de girafes «inséparées», permet à la Montréalaise de «jouer sur le symbole de [s] es jumeaux» tout en claironnant l'amour qu'elle voue à sa blonde (exercice qu'elle poursuit sur le premier extrait, Debout).

L'élue de son coeur est remerciée sur le livret, mais pas créditée. «Flo est l'inspiration de ce disque. Sa présence est partout. [...] Sur MA, c'était différent: elle avait été tellement omniprésente qu'elle était pratiquement la directrice artistique».

Dans ce calme ouaté résonne pourtant «un cri du coeur [à vocation] plus sociale», Les tireurs fous, où perce l'inquiétude maternelle face à la violence du monde à laquelle seront confrontés ses enfants. 

«La violence grandit sous nos yeux. On a de moins en moins le contrôle, et c'est nous qui avons semé ça...» dit-elle de cette chanson composée au Nouveau-Brunswick, dans la foulée des événements qui ont secoué Moncton, en juin, lorsqu'un jeune déséquilibré a ouvert le feu sur des policiers, faisant trois morts et deux blessés.

«Pendant qu'on était en studio, ça continuait de péter de partout», se désole Ariane Moffatt en évoquant la fusillade d'octobre au Parlement d'Ottawa et l'attentat à la rédaction de Charlie Hebdo, en France.

«La musique de Tireurs fous traite de mon rêve intérieur idéal», comme un refuge à l'heure où la violence trouve de nouveaux chemins pour se faire «glorifier», dit Ariane Moffatt. Ce qui ne l'empêche pas de songer à mettre au monde à son tour - les jumeaux ayant été portés par sa douce.

«Reprendre le collet de la création» aura été «extatique», pour la maman-artiste. Les pincements au coeur qu'elle ressent sont plutôt dus à la perspective «épeurante» de vivre «le changement et le tiraillement» qui l'attendent avec la tournée à venir, qui l'éloignera de ses trois amours.

Ariane Moffat viendra défendre 22h22 à Ottawa le 16 avril (Théâtre du CNA) puis à Gatineau le 8 octobre (salle Odyssée).

Pour y aller

OÙ? Théâtre du CNA

QUAND? 16 avril, 19h30

RENSEIGNEMENTS: 1-888-991-2787; www.ticketmaster.ca

***

OÙ? Maison de la culture

QUAND? 8 octobre, 20 h

RENSEIGNEMENTS: 819-243-2525; www.odyssee.ca

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