Les petits frissons de la grande Histoire

Le spectacle Légendes d'un peuple - Le collectif... (Martin Roy, LeDroit)

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Le spectacle Légendes d'un peuple - Le collectif a réuni plusieurs artistes sur scène vendredi soir.

Martin Roy, LeDroit

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Petite leçon d'histoire impromptue, vendredi soir, à la salle Jean-Despréz, où Alexandre Belliard et une poignée d'artistes issus du collectif ayant endisqué ses Légendes d'un peuple se sont faits «porteurs de mémoire». Une leçon d'histoire... et de complicité.

Les uns après les autres - mais à l'unisson -, Belliard, Jorane, Salomé Leclerc, Éric Goulet, Marie-Hélène Fortin et Stéphane Archambault sont venus incarner une caravelle d'illustres précurseurs dont les rêves ou les actes ont façonné la Neuve France.

En poésie, en musique et en images, ils ont ressuscité ces visages et ces voix opiniâtres de pionniers, politiciens ou poètes, ces Riel et Papineau, ces Marie Rollet et Marie-Anne Gaboury... tous ces «gens batailleurs» qui, contre vents, marées, blizzards ou mesures de guerre, du Saint-Laurent jusqu'au Klondike et d'Acadie jusqu'en Louisiane, ont lutté pour tracer les sillons du fait français en Amérique du Nord.

Une leçon d'histoire... et d'émotion.

Car malgré les images et documents d'archives parfois projetées à l'écran, le ton n'est jamais docte. Légendes d'un peuple ne tient pas du manuel scolaire, mais de la rencontre poétique. C'est un creuset de chansons, pas de biographies.

Ponctué d'interventions du prof/barde Belliard - qui alterne entre digressions didactiques et anecdotes personnelles -, le spectacle se déploie tel une fresque contée.

Ce qui nous transporte n'est plus le vent de l'Histoire, mais ce souffle polyphonique, celui des neufs artistes qui lui font écho. Oui, neuf. La bande est accompagnée de trois musiciens ultracompétents: Denis Ferland et Hugo Perreault aux guitares et basses et Guido Del Fabbro au violon.

Difficile de ne pas être touché par ces éclats de voix qui, à l'unisson, sonnent comme un cri de ralliement.

Difficile de ne pas se sentir happé par le territoire «épormyable» ainsi dessiné, ce pays «de luttes» et «de mains tendues», «façonné dans le courage et la sueur», pour reprendre les mots chantés par Fortin et Archambault (de Mes Aïeux), lorsque le duo entonne en harmonies En un seul peuple rapaillé, en ouverture du concert.

Mais on n'est pas là uniquement pour se péter collectivement les bretelles. Particulièrement saisissant fut le dialogue entre Jorane, son violoncelle orageux et la voix solennelle (enregistrée) de la poétesse innue Joséphine Bacon, sur Je sais que tu sais, bouleversante de colère contenue.

La semi-pénombre permanente installée par la mise en scène incite à une humilité commune, non à la flamboyance des interprètes. Leur talent n'en est que plus éclatant. Eric Goulet ne brillait-il pas durant La star du rodéo, sur le poète radical Denis Vanier?

Salomé Leclerc aussi était vibrante dès qu'elle prenait la guitare, que ce soit pour évoquer le cofondateur de Montréal, Chomedey de Maisonneuve, pour raconter d'une voix poussiéreuse l'épopée d'Émilie Fortin, ou pour camper le bras-de-fer entre Donalda Charron et son patron E.B. Eddy. L'auditoire était remué. On a entendu bien des «ohhh!» et des «merci!».

«Les allumettières, c'est un boulevard... Eddy, c'est juste une rue!» a fusé une voix dans le public. «Compte sur moi pour la répéter, celle-là», a aussitôt rétorqué Belliard.

Le collectif a «refermé les livres» avec Un Canadien errant, que le public ne s'est pas fait prié longtemps pour entonner en choeur.

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