La longue marche d'Éric Dubeau

«Aujourd'hui, mes chansons sont beaucoup moins nostalgiques qu'avant.... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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«Aujourd'hui, mes chansons sont beaucoup moins nostalgiques qu'avant.  Moins nombrillistes, je crois», soutient Éric Dubeau.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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Le musicien Éric Dubeau a lancé hier à la Galerie SAW d'Ottawa son nouvel album, Le temps d'être heureux, qui vient mette un terme à une «longue parenthèse artistique» de près 13 ans, pendant laquelle ce Franco-Ontarien qui détient une maîtrise en politique publique s'était consacré à «l'autre facette de [s] a personnalité», en occupant diverses hautes fonctions administratives au sein de divers organismes culturels.

Un petit passage éclair pour une prestation intime, en compagnie de Shawn Sasyniuk (guitare et percussions), coincée entre les gros spectacles donnés samedi à Sudbury, «dans une salle pleine à craquer», celui qui l'attend ce soir à Montréal, à la Place des arts, et le vrai spectacle ottavien, prévu en vitrine de Contact Ontarois, en janvier... à la fois impatient que s'éclaircisse l'horizon des tournées qui pourraient en découler, mais humble vis-à-vis de son travail.

Ce disque folk, son troisième en carrière - Par chez nous, en 1997, puis Coeur et âme, en 2001, l'ont précédé - a été enregistré avec une trentaine de collaborateurs, parmi lesquels ses vieux complices Sasyniuk, mais aussi Pierre Duchesne et John McGale (d'Offenbach), sans oublier l'omniprésente Geneviève Toupin, «une belle découverte», ainsi que Tricia Foster et une «amie de longue date» Anique Granger.

«C'est mon réalisateur, [M.Sasyniuk] qui a senti que ce serait une belle chimie. Il a été bien inspiré: ç'a imprégné l'album d'une sensibilité que je n'aurais pas pu apporter. [...] Une touche de classe et d'élégance», estime le musicien.

Moins nombriliste

Son come back, ce natif de Penetanguishene, Ottavien d'adoption, ne le voit ni comme «un retour aux sources», ni comme «une marche en arrière», notamment parce que, parvenu «à la fin de la trentaine [il n'a] plus les mêmes préoccupations [...] ni le même tempérament». «Mon regard sur ce qui m'entoure a évolué, tout comme mon approche de la musique. Aujourd'hui, mes chansons sont beaucoup moins nostalgiques qu'avant. Moins nombrilistes, je crois», se défend-il.

«Et je sais désormais ce qui est important pour moi. L'essentiel, c'est d'être heureux...», ajoute-t-il, en connaissance de cause.

Car, lorsqu'Éric Dubeau a pris ses fonctions au Conseil des arts de l'Ontario, en 2003, son contrat lui «interdisait d'endisquer et de tourner, pour éviter toute apparence de conflit d'intérêt». Sa carrière, pourtant, «allait très bien». «Si on m'avait dit, au début de cet hiatus [administratif], que ça allait prendre 13 ans avant que je sorte un 3e album, j'aurais répondu ''t'es malade!'' Surtout qu'il était déjà écrit.» Ce 3e album-là n'a jamais vu le jour, précise-t-il.

Trois années passent, «difficiles»: le gestionnaire est comblé, mais le créatif ronge son frein. Puis la flamme artistique s'est progressivement laissé étouffer.

Pris dans le tourbillon des réunions et des décisions à prendre, par centaine chaque jour, «j'ai cessé d'entendre la musique» intérieure. «Pour la première fois depuis mon adolescence, ajoute-t-il, je n'écrivais même plus de chansons».

L'inspiration revient

En 2008, un voyage en Amérique latine ravive la flamme. Perché sur les cimes des Andes, il entend le vent de la Patagonie lui susurrer une musique. Un tourbillon d'idées l'emporte. «Pour la première fois, des sujets m'interpellaient, des endroits m'inspiraient. Je me suis remis à écrire.»

Des thèmes évidents, des lieux connus mais pas communs, des rencontres habitent ses chansons. Des histoires simples. Au début, il doute de sa démarche. De sa pertinence. Puis se lance, encouragé par des artistes établis comme Robert Paquette et Marcel Aymar.

Explorer le monde, notamment la Croatie - qui nourrira le premier extrait, Élisa Danse - achève de révéler l'artiste qui sommeillait.

C'est pour mieux «renouer avec la création» qu'il a démissionné de son poste de directeur général de la Fédération culturelle canadienne française, cette année.

Il fait ses valises l'automne dernier, direction l'Espagne. Pas pour ses plages, mais pour les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Quelque 800 kilomètres arpentés à pied, pour faire le vide. Deux mois en mouvement pour retrouver sa voie et sa voix. Pour laisser respirer l'inspiration.

L'épreuve lui fera réaliser que tous ceux qui croisent sa route marchent en fait sur le même chemin, en quête d'un bonheur simple.

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