Scheherazade accords perdus

La violoniste Leila Josefowicz à la première canadienne... (Courtoisie, Malcolm Cook)

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La violoniste Leila Josefowicz à la première canadienne du concert Scheherazade.2 avec le Toronto Symphony Orchestra, le 4 mai à Toronto.

Courtoisie, Malcolm Cook

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Les innombrables versions édulcorées de Schéhérazade éclipsent combien ce personnage fut un modèle d'affirmation de soi. « Une femme indépendante qui lutte contre l'oppression masculine », résume Leila Josefowicz. La violoniste invitée interprétera la partition que le compositeur John Adams lui dédie, Scheherazade.2, accompagnée du Toronto Symphony Orchestra, le 7 mai à la Salle Southam du CNA.

Au début des contes des Mille et Une Nuits, un sultan est averti des infidélités de sa femme. Fou de colère, le monarque la tue puis décide d'épouser chaque jour une jeune vierge avant de l'exécuter au matin. Pour « arrêter le cours de cette barbarie », la fille du grand vizir, Schéhérazade, s'offre au sultan. Chaque soir elle commence le récit de contes si captivants que l'époux, le lendemain matin, renonce à l'exécuter...

Le compositeur américain John Adams avait promis à Leila Josefowicz d'imaginer une partition expressément pour elle. « Il cherchait l'étincelle », dit l'instrumentiste, fidèle interprète des oeuvres de John Adams depuis 15 ans. Une exposition sur ces contes traditionnels à l'Institut du monde arabe, à Paris, donnera le la au compositeur. 

« John a voulu soulever le voile et dissiper le flou autour de Schéhérazade », explique la violoniste canadienne. Il imagine ce modèle d'affirmation de soi en version contemporaine, de la place Tahrir où Schéhérazade pourrait bien manifester, à l'Inde, au Pakistan, à l'Afghanistan et plus généralement vers toutes ces régions où les femmes sont quotidiennement attaquées et opprimées.  

apprendre à S'affirmer

En musique, les quatre mouvements de la symphonie dramatique pour violon et orchestre épousent le destin d'une héroïne désireuse de s'émanciper. Le tableau orientaliste conservera seulement quelques touches discrètes de musique folklorique.

« Le deuxième mouvement, par exemple, exprime la façon dont elle entend mener sa vie sans être confinée dans les conventions. C'est intense, très rythmé, avec des moments de vraies turbulences et d'autres plus sereins. » 

Partition politique ? « John Adams répondrait que non, mais ce serait à prendre avec un grain de sel », prévient Leila Josefowicz. 

Elle aussi, à sa façon, a dû apprendre à s'affirmer dans un univers régenté par la discipline et l'excellence. 

« Mon père [le physicien Jack Josefowicz] a toujours rêvé d'être musicien, raconte-t-elle. Ces situations ne fonctionnent pas toujours; dans mon cas, si. »

Née à Toronto en 1977 de parents anglo-polonais, Leila Josefowicz a peaufiné son jeu au violon sous le soleil de Californie. Concertiste prodige repérée très jeune, elle enregistre sans tarder ses premiers albums, sous les labels Philips puis Warner. 

« À 20 ans, j'avais déjà interprété tant de répertoires classiques que je n'avais qu'une envie : collaborer avec des compositeurs vivants ! » Elle prêtera son coup d'archet inimitable à John Adams, et deviendra pour ainsi dire l'ambassadrice de son concerto pour violon.  

La pièce Scheherazade.2 est précédée de l'Ouverture Egmont, Op.  84 de Beethoven et de la Symphonie no 4 en mi mineur de Brahms. Dirigé par le chef d'orchestre Peter Oundjian, le Toronto Symphony Orchestra poursuit sa tournée le 8  mai à Montréal en compagnie de la soliste invitée.

Pour y aller

Quand ? 7 mai

Où ? Centre national des arts

Renseignements ? Billetterie du CNA, 613-947-7000; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787

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