Opéra Lyra suspend ses activités

Opéra Lyra a abruptement annoncé mercredi qu'elle «cesse ses opérations». Une... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Etienne Ranger, Archives LeDroit

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Opéra Lyra a abruptement annoncé mercredi qu'elle «cesse ses opérations». Une décision prise «à regret», mais «effective immédiatement», a souligné la compagnie d'Ottawa qui produisait des opéras depuis plus de 30 ans.

«Les revenus ne sont plus suffisants pour couvrir les coûts» de production, explique par voie de communiqué la compagnie, qui préfère fermer ses portes en plein milieu de sa 31saison d'activités.

Le spectacle Fidelio, qui devait prendre l'affiche au Centre national des arts (CNA) en mars est annulé, tout comme le sont la traditionnelle tournée automnale en milieu scolaire (une trentaine d'écoles devaient profiter d'Operation Superpower) et la miniproduction d'Etiquette et Regina, deux courts opéras en un acte, contemporains et canadiens, qui étaient prévus à la fin d'octobre hors du CNA.

Les problèmes financiers ne sont pas imputables au conseil d'administration actuellement en place. Les finances d'Opéra Lyra sont dans le rouge depuis longtemps. «Même avant 2008, c'était difficile. Trouver des sources de financement a toujours été un défi», reconnaît le président du c.a., Victor Rabinovitch.

Les ennuis financiers de l'organisme sont devenus flagrants en 2011: Opéra Lyra a dû clore sa 28e saison à mi-parcours, faute d'argent pour produire les deux spectacles prévus, Le Vaisseau fantôme et Tosca.

L'actuel c.a., qui siège depuis 2011, a donc «hérité de finances précaires et d'une lourde dette accumulée», rappelle le directeur général d'Opéra Lyra, John Peter Jeffries.

Ce rouge était toutefois moins vif depuis deux ans, estime le président du c.a., Victor Rabinovitch, qui voyait rapetisser la dette. «On a pris des mesures de contrôle. Opéra Lyra avait réussi à rationaliser ses coûts d'opération. On était parvenu à redresser» la barre. Mais la situation restait «précaire», convient-il, car les sources de revenus, elles, continuaient de fléchir «lentement» mais sûrement.

Conjuguées au «fardeau» financier datant d'avant 2011, ces «difficultés» ont provoqué «une pénurie de liquidités et un déficit insoutenable», même si la compagnie qu'il dirige avait «entamé le «long processus» visant à «reconstruire sa clientèle, élargir les campagnes de financement et réduire la dette».

Ventes «désastreuses»

Le «coup de grâce», estime M. Rabinovitch, a été porté par Le Barbier de Séville, présenté au CNA au début du mois d'octobre.

Les ventes de billets ont été désastreuses, mais «très inattendues, surtout», témoigne M. Rabinovitch, qui parle d'un manque à gagner de 185 000$ sur l'ensemble des quatre représentations. Le CNA était plein à 75% à 80% - ce qui constitue un taux de remplissage «normal» -, mais seulement 50% des fauteuils ont en réalité été vendus... un chiffre trop «loin des objectifs budgétaires». Et fatal à l'organisme qui produit chaque année deux spectacles de qualité professionnelle.

Les ventes de billets, les subventions gouvernementales, les dons philanthropiques et les partenariats commerciaux sont les quatre sources principales de financement d'une boîte de production.

Or, «les revenus de l'organisme étaient constamment en dessous des attentes», et ce, dans chacun des quatre volets, poursuit M. Jeffries.

«Tous les opéras dans le monde fonctionnent sur un modèle déficitaire, aucun ne fait de profits» même pas le fameux Met, souligne M. Rabinovitch.

Et «Opéra Lyra suit le modèle canadien», où les subventions gouvernementales comptent pour 25% du budget, tandis que la part du privé représente 25%.

Le 50% restant doit être comblé par les recettes à l'entrée. «On est toujours à la merci des ventes. Et là [avec le Barbier], on ne parvient pas à expliquer ce qui est arrivé», reconnaît le gestionnaire.

C'est «décevant», souffle-t-il, mais «ce n'est pas un problème de mauvaise gestion», assure-t-il.

Selon lui, la fin de l'aventure d'Opéra Lyra s'inscrit dans un phénomène plus global, qu'il illustre par la faillite du New York City Opera en 2013 et par la «fermeture» de l'opéra de San Diego, en 2014, faute de mécènes. Le parallèle avec San Diego n'est pas fortuit car cet opéra a rapidement rouvert ses portes, après avoir réuni deux millions de dollars grâce à une campagne de sociofinancement.

Pas de faillite... et petit espoir

En ce qui concerne Opéra Lyra, on parle de cessation d'activités et non pas de faillite, poursuit M. Rabinovitch, qui contemple encore - avec un «optimisme» très mesuré, car «il faut être réaliste» - la possibilité de relancer la vapeur.

«Avec 125 000$, on pourrait repartir», laisse-t-il entendre. Une bagatelle, pour le secteur privé. Sauf que la culture du don corporatif est assez mal implantée dans la grande région d'Ottawa-Gatineau, comparé à Montréal ou Toronto, où les grandes corporations investissent plus généreusement dans la culture, selon le président du conseil d'administration.

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