Opera Lyra tend la main aux francophones

Le directeur artistique d'Opera Lyra, Timothy Vernon... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Le directeur artistique d'Opera Lyra, Timothy Vernon

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Son français est plutôt rouillé - «Je n'ai pas eu l'occasion de parler le français de façon aussi constante depuis que j'ai quitté McGill», s'excuse-t-il - mais Timothy Vernon a la ferme intention de l'améliorer en cours de mandat.

Le nouveau directeur artistique d'Opera Lyra (OL) a travaillé près de 15 ans à l'Université McGill. «Culture», «naïf», «atmosphère», etc.: ponctuer ses phrases de mots français semble d'ailleurs l'amuser beaucoup.

En cours d'entrevue, le maestro promettra même - hilare - de ne s'adresser qu'en français au nouveau chef de l'Orchestre du Centre national des arts (CNA), Alexander Shelley, histoire que les deux nouvelles recrues du CNA pratiquent ensemble.

Improbable. Mais la blague est un bon indice de l'enthousiasme et la jovialité du personnage. Elle en dit long, aussi, sur son ouverture et sa volonté de séduire les communautés francophones des deux côtés de la rivière, avec lesquelles Opera Lyra a un peu perdu contact, avoue-t-il.

Deux groupes francophones aux réalités distinctes - il ne l'ignore pas - sur lesquels il compte beaucoup. Il veut les «attirer». Moins pour leur vendre des billets que pour voir «plus de nos frères et soeurs francophones» participer aux productions, en régie et au sein du choeur.

«Le choeur d'un opéra, c'est sa moelle épinière. Les chefs viennent et repartent. Les directeurs artistiques aussi. Mais le choeur, c'est vraiment ce qui le structure et lui donne son souffle.»

«Je regarde de l'autre côté de la rivière en me demandant ce que je peux faire pour impliquer davantage les Québécois.»

«Je viens de l'Ouest, alors je suis peut-être naïf, mais je crois que toute la communauté des arts de la scène devrait travailler ensemble à tisser des liens. S'il y a un endroit ou cela est possible, c'est bien le milieu des arts, qui s'est toujours tenu à distance des tensions historiques. Si la rivière est un symbole [de division], alors soyons un pont supplémentaire...»

«Après 35 ans à Victoria, j'ai fini par acquérir quelques petites notions de ce qu'est l'art de l'opéra et la business de l'opéra.» Le Pacific Opera Victoria, dont il préside la direction artistique depuis 35 ans, se targue de connaître le plus haut taux de fréquentation de tout le Canada (6,6% de la population, soit le double de l'opéra qui occupe la deuxième place, souligne-t-il), en plus d'avoir un puissant moteur de financement, huilé par des mécènes qu'il a réussi à fidéliser.

Le maestro estime avoir appris «comment rejoindre et attirer» un public. En 2008, il a reçu la médaille de l'ordre du Canada pour son rôle dans le développement de l'art lyrique.

De grandes ambitions

M. Vernon connaît déjà Opera Lyra: il a eu l'occasion de monter La flûte enchantée et Faust avec la compagnie ottavienne. C'est aussi lui qui dirigera le Fidelio de Beethoven, en mars prochain.

Il veut ardemment «que la capitale du pays ait une grande compagnie» d'art lyrique. Da stature nationale, et non plus seulement régionale.

Opera Lyra a «longtemps eu une approche trop conservatrice du répertoire, estime M. Vernon. Or il faut éviter de sous-estimer le public.» Il souhaite ardemment élargir l'éventail du répertoire d'OL. «Cet art couvre 400 ans. À nous de le rendre intéressant et excitant.» Un bol d'air frais pas nécessairement synonyme d'avant-gardisme.

Il se dit conscient des «défis» auxquels fait face Opera Lyra, «qui a failli s'écrouler, il y a deux ans». Ses finances sont encore dans le rouge, «mais moins qu'avant; on a repris un très bon cap». L'organisme reste encore fragile au plan du mécénat. «Je veux changer cela», martèle-t-il.

Pour renouveler son public, OL devra être plus actif sur la Toile et accroître les tournées scolaires, croit-il.

«Il faut s'entourer des bonnes personnes, ré-insuffler de l'énergie au sein du conseil d'administration.» Mais «il n'y a pas de solution toute faite; ma baguette de chef n'est pas magique.» Il faut donc, avant tout, «bien connaître sa communauté». Le mot reviendra comme un leit-motiv' au cours de cet entretien. Car Timothy Vernon, ne voyant qu'«une grande famille», rêve de cimenter un «esprit de corps».

«Il y a beaucoup de boulot, convient-il, mais on a un atout énorme: celui de pouvoir travailler avec cet orchestre magnifique». Et le précieux soutien du CNA, note-t-il.

Timothy Vernon ne sera toutefois dans la capitale qu'à temps partiel, car il conservera ses fonctions à la barre du lointain Pacific Opera Victoria.

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