La souvenance et la grâce d'Alexander Shelley

On a pu apprécier, au-delà de sa technique... (Etienne Ranger, LeDroit)

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On a pu apprécier, au-delà de sa technique élégante, la perception sonore qu'Alexander Shelley apportera à l'OCNA: celle d'une clarté habitée, d'une transparence portée par la plénitude des instruments.

Etienne Ranger, LeDroit

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Jean-Jacques Van Vlasselaer

Collaboration spéciale

Le Droit

Alexander Shelley, le tout nouveau directeur musical de l'Orchestre du Centre national des arts (OCNA) a inauguré la saison 2015-2016 par un concert-gageure sous le signe de l'enfance vécue.

Un concert au programme d'une haute qualité et aux interprétations qui l'étaient autant. Un concert à nombreux paliers, où la musique ouvre à l'écoute réelle et à la réflexion. Et qui, de la naïveté inaugurale d'un Elgar en son opus 1, orchestré dans sa maturité dense, piécettes de jeunesse ensoleillées par le romantisme victorien, à la complexe «naïveté» de la Symphonie n° 4 de Mahler, ce «paradis» que seule l'enfance permet... avant «l'enfer» adulte des trois symphonies suivantes, présentait la première mondiale de Rien que la vie (Dear Life), de la compositrice canadienne Zosha Di Castri, écho profond d'une mémoire d'enfance traversée d'angoisses et d'une conscience rédemptrice, basé sur l'émouvante nouvelle de l'écrivaine Alice Munroe.

Programme riche, en effet, et qui inaugure bien une saison où l'on retrouvera Mort et transfiguration de Richard Strauss et une version orchestrale de Tristan et Isolde de Wagner, tous en quête de rédemption...

Si la partition sonore de Zosha Di Castri s'ouvre autant aux brûlures intérieures qu'aux cris et chants de la terre, c'est le texte d'Alice Munroe (adapté par Merilyn Simonds et porté par la pacifiante voix de Martha Henry) qui en est le fil conducteur. Dans la production de Donna Feore, le texte est de plus illustré par les superbes photos naturalistes, en blanc et en noir de Larry Towell, doublement projetées sur fond de scène et sur rideau transparent, et enveloppant le son orchestral comme un commentaire subconscient, lequel traduit en oscillographes mouvants, s'inscrit sur ce rideau à vie intérieure. En fond d'orchestre, malheureusement quasi inaudible, le soprano limpide, argentin de Erin Wall, que l'on retrouvera plus tard dans La vie céleste de Gustav Mahler, cette finale aérienne, éthérée, liliale de la Symphonie n° 4.

La clarté habitée du maestro

Et c'est justement dans ce chef-d'oeuvre que l'on a pu apprécier, au-delà de sa technique élégante, de sa battue nette, la perception sonore qu'Alexander Shelley apportera à l'OCNA: celle d'une clarté habitée, d'une transparence portée par la plénitude des instruments, plus apollinien que dionysiaque, mais droit au coeur de l'oeuvre. L'on a pu y retrouver, par-delà la tranquille sérénité, les ombres profonds et les emportements nets mahlériens.

Oui, il y avait, en particulier dans le troisième mouvement, né du silence, et le quatrième, disparaissant dans un autre silence, doublé celui-là de résolution, ce que Thomas Hardy aurait pu dire de cette musique: «Je semblais là où j'étais avant ma naissance, et après ma mort, peut-être.»

Mahler ne demandait-il pas que «la musique illumine notre intérieur»? Alexander Shelley nous l'a rappelé avec une grâce qui sera sa signature...

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