Dialogue avec le maestro Alexander Shelley

Alexander Shelley, le nouveau maestro de l'OCNA... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Alexander Shelley, le nouveau maestro de l'OCNA

Patrick Woodbury, LeDroit

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À 35 ans, le Britannique Alexander Shelley entame officiellement sa première saison à la barre de l'Orchestre du Centre national des arts. Rencontre avec le maestro.

Allure décontractée, ton chaleureux, regard aussi franc que pétillant d'intelligence: tout, dans l'attitude du nouveau maestro de l'OCNA suggère l'ouverture au dialogue, à la rencontre avec l'autre. Autant avec une oeuvre qu'avec les musiciens. Sans oublier le public.

Alexander Shelley incarne totalement ce désir de partager sa passion pour la musique.

«Par la musique, nous touchons à l'âme d'un compositeur pour l'interpréter avec la nôtre, dans l'espoir de toucher celle des gens qui nous écoutent. C'est là toute la beauté de notre métier: offrir une expérience certes éphémère, mais que nous vivons ensemble.»

Alexander Shelley n'avait pas un an qu'il s'amusait déjà au clavier du piano familial.

«Nous avons récemment retrouvé une photo sur laquelle on me voit à huit mois en train de piocher plus qu'autre chose sur les touches», raconte le maestro, tout en fouillant du bout de l'index dans son téléphone intelligent pour montrer ladite photo.

«Zut! Elle doit être dans mon autre téléphone...» regrette-t-il après quelques secondes de recherches.

De l'autre côté de la baguette

Qu'à cela ne tienne, il a donc joué du piano, enfant, à l'instar de ses parents, tous deux pianistes de concert. Puis, comme sa grand-mère, joué du violoncelle, dont il a fait «[s] on instrument».

«D'aussi loin que je me souvienne, la musique a été présente dans ma vie. Comme une langue en soi. En fait, je pourrais même dire que la musique a été la première forme de langage que j'ai assimilée.»

Puis, en 2005, il remporte le prestigieux concours de direction d'orchestre de Leeds. Et fait définitivement le saut de l'autre côté de la baguette.

«En devenant chef, je n'ai pas arrêté de jouer de la musique, soutient-il. Au contraire, quand je dirige un orchestre, j'ai l'impression de jouer de tous les instruments!»

Cela dit, il reconnaît qu'il n'aborde évidemment plus une oeuvre de la même manière.

«En tant que musicien, quand je recevais les partitions d'un compositeur, je commençais à jouer, instinctivement, pour ressentir la pièce. Aujourd'hui, en tant que chef d'orchestre, mon premier rapport est nettement plus cérébral.»

Sa lecture se teinte d'un besoin de comprendre la structure de l'oeuvre, les intentions du compositeur. Il analyse les harmonies, les mouvements, l'orchestration.

«Pour moi, lire une partition ressemble à lire un poème. À première vue, on s'intéresse à la signification des mots. Or, si on prend le temps de regarder comment ces mots sont mis en page, les espaces blancs ou la disposition parfois éclatée du texte, on s'ouvre à une autre dimension de ce que le poète veut exprimer. Parce que la forme s'avère aussi importante que le fond pour capter toute la musique d'un poème!»

Question de vocabulaire

Entre les membres de l'orchestre et lui, tout devient dès lors question de vocabulaire. Pour non seulement faire jaillir les notes, mais aussi les silences qu'elles sous-tendent. Par cette symbiose entre physique et émotion.

Avant même de savoir qu'il en deviendrait le directeur artistique, Alexander Shelley avait déjà «eu la chance» de pouvoir travailler avec les musiciens de l'OCNA à titre de chef invité, au cours des six, sept dernières années.

Depuis sa nomination, il approfondit ce lien essentiel, pour que d'un geste, d'une manière de se tenir devant eux, tous comprennent ce qu'il souhaite entendre d'eux.

Respect, confiance et relations humaines: ces termes reviennent fréquemment dans ses réponses.

«Pinchas Zukerman m'a transmis un orchestre au sommet de son art, non seulement sur le plan technique, mais sur le plan humain.»

Il cite Charles «Chip» Hamann en exemple.

«Avant d'entendre Chip jouer, je n'aurais jamais pu imaginer qu'il était possible de soutirer un pianissimo aussi subtil d'un hautbois. Rares sont les hautboïstes qui atteignent un tel niveau de maîtrise de leur instrument! lance Alexander Shelley d'un ton admiratif. Pouvoir compter sur des musiciens aussi talentueux et prêts à dialoguer avec moi, les compositeurs que j'ai choisis et le public, ça ne peut qu'ouvrir de nouvelles dimensions à mon propre travail.»

Une touche de français

«Parler une autre langue, c'est comme entraîner un muscle. Mon français manque encore un peu trop d'entraînement pour que je me sente totalement à l'aise pour faire une entrevue dans cette langue», soutient Alexander Shelley.

Ce dernier a étudié en français pendant une dizaine d'années. «C'était ma deuxième langue», mentionne celui qui a lu en version originale les Zola, Sartre, Beauvoir et

Baudelaire. «Ah! la poésie de Baudelaire! Quelle découverte ç'a été!»

À 18 ans, le Britannique est parti pour l'Allemagne afin d'y poursuivre ses études en musique. Il en est aujourd'hui à sa septième saison comme chef de l'Orchestre symphonique de Nuremberg. Pas étonnant que les mots pour exprimer le fond de sa pensée lui viennent plus facilement en allemand qu'en français - quand il ne parle pas anglais, évidemment.

«Ma mère parle très bien français et j'ai passé une partie de l'été à pratiquer avec elle. J'aspire à m'adresser au public en français dès que je le maîtriserai de nouveau assez pour improviser aussi librement qu'en anglais», promet toutefois le maestro.

L'enfance dans tous ses états

Pour ses concerts inauguraux, Alexander Shelley a sélectionné des oeuvres déclinant les Échos de l'enfance. «J'apprécie les rétrospectives permettant de voir l'évolution d'un artiste visuel. J'aime encore plus visiter une exposition proposant un thème. Ça permet de voir comment des artistes d'horizons différents l'interprètent», explique-t-il.

Il cherche donc lui-même à faire entrer en dialogues des compositions contemporaines canadiennes avec des oeuvres ayant transcendé temps et espace. Ainsi, l'exubérance de The Wand of Youth de l'Anglais Elgar fera écho à la lumineuse Symphonie no 4 en sol majeur de l'Autrichien Mahler. Mais aussi à Dear Life, pièce commandée à Zosha Di Castri, inspirée d'une nouvelle de sa compatriote écrivaine (et prix Nobel) Alice Munro. «Il n'y a rien de rassurant dans l'oeuvre de Zosha Di Castri. Il y flotte un sentiment de peur, évoquant le film d'horreur. J'ai hâte de voir comment les spectateurs réagiront à cette pièce!» fait valoir le maestro.

Pour y aller

Quand? Les 16 et 17 septembre, 20h

Où? Centre national des arts

Renseignements: 1-888-991-2787; TicketMaster.ca

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