Le dernier coup de baguette du maestro

«Enseigner la musique devrait être obligatoire dans toutes...

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«Enseigner la musique devrait être obligatoire dans toutes les écoles, parce que chaque note est comme une graine pouvant devenir un jardin», martèle Pinchas Zukerman qui enseigne lui même à la jeune violoniste Chieri Tomii (de dos).

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Au terme du concert de samedi soir, Pinchas Zukerman déposera sa baguette de chef de l'Orchestre du Centre national des arts. Une baguette qu'il a fait sienne pendant 16 ans, à titre de maestro et de directeur artistique de l'OCNA.

«Ce n'est pas tant le nombre d'années passées quelque part qui s'avère le plus important, mais ce qu'on accomplit, pendant ces années. Des tournées ici et à l'étranger aux disques enregistrés, je ne crois pas que nous aurions pu faire mieux, ni plus. Nous avons évolué ensemble, les musiciens et moi. Je suis devenu un meilleur violoniste, à leur contact. Parce que j'ai eu le temps de réfléchir à la musique, de répéter avec eux, de les diriger et de jouer en leur compagnie», fait valoir M. Zukerman.

Rencontré lundi soir - tout juste avant une séance de travail avec les 71 participants de l'Institut estival de musique qu'il a créé en arrivant à Ottawa (voir l'encadré) - Pinchas Zukerman semble toutefois peu désireux de se laisser aller à l'émotion, ni au réminiscences inutiles.

Le choc du changement

«J'ai trop de beaux souvenirs pour n'évoquer qu'un moment en particulier, décrète-t-il. En fait, chaque fois qu'une personne m'abordait sur la rue pour me parler du concert qu'elle avait vu la veille, c'était ma récompense. Parce que c'est pour cette raison que je fais de la musique: pour la partager.»

Quant à la Neuvième de Beethoven qu'il proposera en guise «non pas d'adieu mais d'au revoir», il l'a «déjà dirigée», tient-il à préciser, notamment devant le prince Charles lors de la tournée de l'OCNA au Royaume-Uni, en octobre dernier. Tout comme il a «déjà» été entouré de sa conjointe, la violoncelliste solo Amanda Forsyth (qui quitte elle aussi l'OCNA), et de sa fille, la soprano Arianna Zukerman, lors de concerts précédents. «Plus que moi, c'est le public qui semble appréhender le choc du changement. Or, le changement n'est pas une mauvaise chose. Il marque une transition, la possibilité d'un nouveau départ, tant pour l'orchestre que pour le public», raisonne le maestro.

À son arrivée à Ottawa, en 1999, ce dernier avait trois objectifs.

Primo, augmenter le nombre de musiciens à au moins 60, afin de grossir les rangs de l'orchestre et d'élargir son répertoire. Ce qu'il a convaincu Peter Herrndoff (qui venait lui aussi d'arriver au Centre national des arts, à titre de président-directeur général) de faire, appuyé dans sa démarche par les musiciens.

Deuxio, établir différents programmes d'éducation afin d'être partie prenante du développement des artistes de demain. «Sans musique, nous ne sommes collectivement, socialement et culturellement, rien! Enseigner la musique devrait être obligatoire dans toutes les écoles, parce que chaque note est comme une graine pouvant devenir un jardin!» martèle M. Zukerman, qui a fait de ce sujet son leitmotiv.

Tertio, oeuvrer à utiliser les nouvelles technologies pour favoriser les échanges de connaissances et d'expériences musicales aux quatre coins du Canada, voire du monde.

«Il y a encore tant de possibilités à explorer. Et il faut, pour le financement de nos orchestres et de nos programmes ainsi que l'avenir de la musique, travailler de concert avec les bailleurs de fonds privés, non seulement en les convaincant d'investir, mais en les impliquant, afin qu'ils sachent vraiment pourquoi ils le font. Pour qui, ils le font.»

Pinchas Zukerman quitte néanmoins satisfait du chemin parcouru au cours de son mandat à la tête de l'OCNA. Et libéré de certains aspects.

«Je n'ai plus à me farcir de réunions maintenant! Je peux donc me concentrer à jouer de la musique et à partager ma passion, avec les gens comme les musiciens de la relève!» lance-t-il dans un éclat de rire.

Le violon de Chieri Tomii et l'enseignement de Pinchas Zukerman

Pinchas Zukerman écoute avec attention la violoniste Chieri Tomii. Elle livre la sonate pour violon et piano Le Printemps de Beethoven, devant lui et une centaine de musiciens participant à l'Institut estival de musique du Centre national des arts et de membres du public.

Il lui indique d'un mouvement de bras comment elle devrait moduler son interprétation. Il claque des doigts pour marquer le tempo. « Raconte-moi une histoire ! », lance le maître, en s'emparant de son propre instrument pour lui faire entendre ce qu'il veut dire. À la fois exigeant et drôle dans ses commentaires, M. Zukerman est visiblement dans son élément.

Chieri Tomii a eu une première classe de maître avec lui en octobre dernier, à Londres, lors de la tournée de l'OCNA au Royaume-Uni. « Une petite demi-heure en sa compagnie », mentionne la Japonaise de 23 ans, qui s'est installée à Londres en 2011 pour poursuivre ses études musicales à l'Académie royale.

Elle en voulait plus. Pinchas Zukerman lui a proposé de poser sa candidature pour l'Institut estival de musique. Son séjour de trois semaines intensives dans la capitale réjouit celle qui joue du violon depuis l'âge de deux ans.

Plus jeune, Chieri Tomii faisait l'aller-retour Nagano- Tokyo chaque dimanche pour étudier auprès du réputé Koichiro Harada, fondateur et premier violon du Quatuor de Tokyo. « Dès mes premiers cours, M. Harada m'a dit : Écoute Pinchas Zukerman jouer, et apprends !' C'est mon héros, et je me sens privilégiée de pouvoir l'écouter et apprendre avec lui, pour vrai, aujourd'hui ! »

Vlessard@ledroit.com

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