Jordan de Souza et un Requiem fluide

Il est bien dangereux, ce Requiem de Verdi. «Mortel», si j'ose dire. Car il est... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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J.J.VAN VLASSELAER
Le Droit

Il est bien dangereux, ce Requiem de Verdi. «Mortel», si j'ose dire. Car il est séduisant comme un opéra. Et plus d'un chef-Ulysse s'y est fait prendre. Dangereux aussi, parce qu'on peut facilement tomber dans les trappes du spectaculaire ou encore du pathétique, ou même de la pseudo-religiosité, alors qu'il s'agit d'une oeuvre où le tremblement devant l'infini inconnu qu'est la finalité humaine est celui d'un athée pour lequel le sacré est purement musical.

Et cela, sans parler du fait qu'il faut, devant des forces orchestrales, chorales et soli réunies, un chef qui sache bâtir une unité sonore où ces forces à la fois se poussent et s'équilibrent. Qu'il faut un quatuor de voix soli qui sache refléter cet accord difficile entre intimité, chant intériorisé, et vérisme, élans opératiques...

Eh bien, toutes les embûches ont été évitées par la direction quasi-appolinienne, clairement structurée, dégraissée, élégante et fluide de Jordan de Souza à la tête de l'Orchestre symphonique d'Ottawa et de la Société chorale d'Ottawa, dont il est le directeur artistique et chef de choeur principal.

Ainsi, les feux d'artifice du Dies Irae étaient contrôlés, le Sanctus était tout en musicalité, orchestre et choeur mouvaient harmonieusement, le quatuor de voix soli était soutenu avec une justesse de musique de chambre... plutôt que souffle angoissé, respiration assurée et confiante devant l'inévitable. Et cela servait bien la poésie que contient ce chef-d'oeuvre verdien.

Non seulement orchestre et choeur étaient pleinement épanouis, mais le quatuor vocal a surpris par sa tenue stylistique, ses prestations d'ensemble.

Mais en dehors de la qualité tout à fait honorable des voix masculines (le ténor Adam Luther qui a su bien gérer sa voix dans Ingenisco; la basse-baryton Mark Steven Doss qui en a fait autant dans le Confutatis), ce sont les voix féminines qui ont créé les instants d'écoute les plus riches d'émotion. Ainsi le mezzo Megan Latham, magnifique dans le Lux Aetherna et le superbe soprano Michele Capalbo, qui de ses graves nourris aux aigus flottants a ouvert ses interventions en cette véritable libération de soi qu'est la musique, réponse a la quête religieuse du Libera me.

Ce fut vrai aussi pour le merveilleux duo entre soprano et mezzo dans le Que dirai-je alors, malheureux que je suis?.

Cet événement fermait la saison de concerts du 50e anniversaire de l'Orchestre symphonique d'Ottawa. Un orchestre qui, sous la direction musicale de David Currie, est arrivé a un niveau de grande qualité.

Lors de la Saison 2015-2016, David Currie sera secondé par Alain Trudel. Deux chefs au tempérament musical très différents... La succession s'annoncerait? Et si le cinquantième de l'OSO se termine, le 75e de la Société Chorale d'Ottawa s'ouvre en septembre...

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