Le franc succès d'Opera Lyra

Le conte (James Westman) et Susanna (Sasha Dijanian)... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le conte (James Westman) et Susanna (Sasha Dijanian) dans Le mariage de Figaro de Opera Lyra.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Jean-Jacques Van Vlasselaer
Le Droit

«Ah! Ainsi nous sommes tous contents.»

Cette phrase cueillie dans la dernière scène du Mariage de Figaro, chantée sotto voce sur une musique comme un hymne contemplatif, ô combien ambigu, pourrait bien s'appliquer au sentiment général d'un public comblé par cette «folle journée» d'échanges rapides, de répliques qui fusent, de quiproquos et de déguisements... et d'un nocturne fait de doute, présenté par Opera Lyra pour une dernière fois, le  28 mars, au Centre national des arts.

Et le public n'a pas tort: cette production sous la double houlette du metteur en scène Tom Diamond et du chef d'orchestre Kevin Mallon est, d'une certaine façon, un franc succès.

La qualité du chant et la vivacité dans la direction des chanteurs l'emportent sur le côté poétique et certaines des subtilités psychologiques. Il aura fallu, lors de la première de samedi, quelques scènes de réchauffement pour que les protagonistes puissent étaler tout leur talent.

Mais plus que l'inversion anecdotique de la situation géographique (le comte Almaviva devient noblion anglais) et que les décors passe-partout empruntés à l'Opéra de la Nouvelle-Orléans, ce sont les voix et la musique de Mozart qui ont emporté les suffrages.

Le Figaro de John Brancy est un baryton plus clair que basse. Brancy chante avec justesse, franchise; un peu sec par moments, il est en retrait évident, serviteur mi-revolté, mi-désarçonné par les événements, par rapport aux dynamos que sont les femmes créées par Beaumarchais.

Les voix de Susanne (Sasha Djihanian) et de la Comtesse (Nathalie Paulin) sont proches, situées dans la tessiture haute, toutes deux chantées en lignes pures, en phrasés justes. Ce qui n'excluait en rien chaleur et rondeur des phrases, inflexions et détails.

Sasha Djihanian a incarné une Susanne à la fois enjouée et sincère, merveilleuse dans son solo final; et Nathalie Paulin, en Comtesse mûrissante, a été tout aussi remarquable d'intelligence et de finesse, après son air d'ouverture un peu à froid.

Elle a été peu servie par contre par... ses vêtements: fut-elle à ce point négligée par son mari volage?!

Chérubin (merveilleuse Wallis Giunta) était vocalement ni trop clair, ni trop sombre, au timbre lumineux et à l'aisance mozartienne.

Un Chérubin, remuant, adolescent, mais poussé davantage côté cabotinage par la mise en scène surjouée de Tom Diamond. Wallis Giunta traverse «la folle journée» telle une étoile filante, alors qu'on aimerait retenir cet immense talent plus longuement du côté de la subtilité charnelle, du trouble des marées amoureuses de l'adolescence.

James Westman est un drôle de Comte: il lui manque le phrasé impérieux de ce potentat local, nostalgique du droit de cuissage.

Le Basilio d'Aaron Ferguson déguise une voix verte sous ce personnage d'intrigant hypocrite, de méchant homme précieux. La Barberine de Johane Ansell aurait été mieux servie si la mise en scène ne l'avait pas fait entrer après une pause mal définie entre les actes 3 et 4.

On y a perdu la sonorité feutrée, les courbes délicates, la mélancolie touchante de cette poétique cavatine qui ouvre sur les incertitudes de l'adolescence.

Il y a la musique de Mozart, plus subjective, enveloppée, sous Pinchas Zukerman. Kevin Mallon a opté pour des tempi contrastés, ralentissant pour les zones d'ombres, plus proche du romantisme que du style mozartien.

L'Ouverture était, ce soir-là, plus bredouillée que clairement pétillante.

Par instants, l'accord entre scène et fosse d'orchestre pouvait s'améliorer... La qualité intrinsèque de l'OCNA a permis une prestation sinon preste et poétique, tout au moins solide.

La participation chorale (Laurence Ewashko) fut excellente et la distribution chantée fut globalement l'une des meilleurs entendus ces 30 années de la vie d'Opera Lyra.

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