Musiques délivrées de lois de la pesanteur

La musique ne dit pas seulement qui et d'où nous sommes. Vibrations de l'être,... (Courtoisie)

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Courtoisie

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J-Jacques Van Vlasselaer
Le Droit

La musique ne dit pas seulement qui et d'où nous sommes. Vibrations de l'être, oscillations nées de notre nature et traduite par les instruments de notre époque, elle plonge dans nos profondeurs pour tantôt y voisiner avec notre violence, tantôt créer nos rêves, ou encore ouvrir à notre inexploré et sonder l'inentendu... C'est ce qui s'est passé le temps de deux concerts. Celui, à Ottawa, de l'Orchestre du Centre national des arts (OCNA), sous la direction de son bientôt directeur musical Alexander Shelley, passant de Nikolaï à Korngold à Mendelssohn, léger comme un songe. Et ceux, à Chicago, par l'Orchestre symphonique de Chicago, dirigés par Pablo Heras-Casado célébrant les 90 ans de Pierre Boulez, explorant justement l'inentendu...

À la tête des orchestres, deux chefs dans la seconde partie de la trentaine. Une nouvelle génération, ô combien intéressante, techniquement claire, musicalement lumineuse.

Shakespeare en musique

Baguette preste, direction élégante: Alexander Shelley avait convié trois compositeurs du Vieux Continent - dont deux avaient été sur les listes nazi de musiciens bannis, Korngold et Mendelssohn - pour transformer en sons la poésie de Shakespeare. 

Sous sa direction, l'OCNA a délivré leurs partitions des lois de la pesanteur. On peut facilement dire que c'était un concert de rêve. Même l'ouverture pour «Les Joyeuses Commères de Windsor», d'Otto Nicolaï, trop souvent réservée aux fanfares des kiosques, semblait être dégagée de toute gravitation. Entouré de valses volatiles, Sir John y avait le pied délicat et les Commères toutes de charme. Quel bonheur aussi de retrouver le Korngold de la grande période créatrice, celle où il venait de composer «La Ville morte». La Suite pour «Beaucoup de bruit pour rien» (tirée des 14 extraits composés comme musique de scène) vaut le meilleur Richard Strauss. 

Et que dire de celle composée par Félix Mendelssohn pour «Le Songe d'une Nuit d'été» qui plonge dans l'imaginaire shakespearien comme Claude Monnet dans les couleurs des Nymphéas, tout en donnant aux mots qu'elle enveloppe un envol lumineux. Surtout que l'interprétation fut rayonnante de bonheur: chorale fraîche comme un jour de printemps; Meghan McPhee et Wallis Giunta, cantatrices épanouies comme un matin d'éte; Colm Feore, merveilleux d'aisance (en anglais; un peu moins en français), en synchronie avec la musique que rêva l'OCNA, comme un soir d'été où l'on découvre ce qu'est la relation amoureuse. Superbe!

Boulez en vrai

Deux concerts en un jour par l'Orchestre symphonique de Chicago (CSO). 

Le premier contenait des oeuvres-clé du répertoire boulezien, par lesquelles le compositeur français a défini le XXe siècle - Stravinsky, Bartok, Debussy, compositeurs essentiels pour comprendre le socle fondateur du siècle passé. Il y avait là aussi, bien sûr, une oeuvre importante de son imaginaire aiguisé: «Figures-Doubles-Prismes» qui montre bien le jeu binaire entre structure du matériau et celle de la composition, entre idée finie et celle non finie, entre répétition et variation, figure et structure... avec in fine une poésie du contemporain qui est aussi celle du poète René Char.

Il y eut également, à quelques heures de distance, une soirée dans la série «Au delà de la partition» intitulée «Le  rêve de Pierre» (Boulez, bien entendu) conceptualisé par l'architecte canadien Frank Gehry. Un «Rêve» créé par le compositeur Gerard McBurney avec des membres du CSO, aussi sous la direction du remarquable Pablo Heras Casado, avec des extraits de 16 (!) de ses oeuvres, de la lecture de poésie, des acteurs manipulant des écrans porteurs d'extraits filmés de commentaires par Boulez... L'imaginaire au pouvoir, des interprétations ou la perfection ouvrait sur le poétique.

Une merveille d'initiation mais aussi d'hommage à celui qui aura 90 ans, fin mars prochain, et qui aura été l'une des, sinon LA figure dominante dans la musique «sérieuse» de la seconde partie du XXe et de ce début du XXIe siècles...

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