Question de style: entre Vienne et Beijing

Le quatuor Mosaïques est formé aux trois quarts... (Courtoisie)

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Le quatuor Mosaïques est formé aux trois quarts de musiciens autrichiens et du violoncelliste français Christophe Coin.

Courtoisie

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J.-Jacques Van Vlasselaer
Le Droit

Un Quatuor qui bientôt aura 30 ans de jeu d'ensemble, venu de Vienne, capitale de l'empire du classique. Un orchestre qui bientôt aura quatre ans, venu de Beijing, capitale de l'Empire du Milieu. Le premier, respirant à l'aise le style classique. Le second, en quête de style «classique» derrière les notes. D'un côté, Haydn, Mozart et Schumann, comme s'ils y étaient. D'autre part deux oeuvres venus de Chine et du Tchaikovsky robuste, vertement vigoureux, fervent...

Nous parlons du quatuor Mosaïques venu ouvrir la saison hiver/printemps de la Société de Musique de chambre d'Ottawa et de l'Orchestre du Centre national des Arts de Chine en sa première tournée nord-américaine venu se présenter dans le lieu de jeu de l'aussi mal-nommé collègue canadien... Deux mondes!

L'unité du Mosaïques

Sans conteste, le premier parmi les quatuors jouant sur instruments «historiques», le Mosaïques est formé aux trois quarts de musiciens autrichiens et du violoncelliste français Christophe Coin. Extérieurement, ils ont l'air de quatre instrumentistes aguerris par les longues années dans la profession; mais dès qu'ils se mettent à l'oeuvre, le compositeur mène la barque de l'intérieur. Très vite, notre écoute se met au diapason de leur sonorité à la fois intime et étonnamment expressive. Il s'en dégage une chaleur et un naturel musical qui vous entraînent au coeur de l'oeuvre. En particulier, bien sûr, les classiques. Ici, ce Haydn de l'opus 103 ultime, inachevé, implacable et élevé, et d'une clarté ouvrant à l'essence. Une interprétation qui a dit du Menuet qu'il n'en était plus un, avec ses cadences brisées, ses silences, son instabilité même... et qui a dit de cet Andante (composé un an après) des «lancinances» qui préparent celles d'un certain Beethoven quelque 20 ans plus tard. Une douloureuse mélancolie modulée par Mosaïques, portée par une violence contenue, par un lyrisme harmonieux.

Ensuite, et même si le Mozart du K421 gravite autour de teintes sombres, l'interprétation du Mosaïques fut surtout toute de rayons de lumière, nées de l'intérieur de l'oeuvre, révélatrices du sourire dans l'Allegro si modéré, du lyrisme à la fois réverbérant et dépouillé de l'Andante, portant à bout de joie le «Trio» si autrichien sur la polyphonie de l'Allégretto-menuet, livrant avec grâce les variations de l'Allégretto final...

Schumann, dans le plus beau de ses quatuors (l'opus 41 no3), lui aussi, fut d'une plénitude musicale toute naturelle, de ce romantisme «biedermaier» de coeur, parti des brumes de l'Andante jusqu'aux danses stylisées du Finale, en passant par la rêverie vague du magnifique Adagio d'ombres et d'élans intérieurs. Deux courts rappels puisés dans les Scènes d'enfance du même Schumann (adaptées pour quatuor à cordes) ont clôturé ce concert né du son imaginé par les compositeurs et livré par des professionnels unis au service de la musique.

Chine et Occident:

le «violon rose»

Apprécions avant tout que les deux tiers des oeuvres au programme de l'Orchestre du Centre national des Arts de Chine étaient de compositeurs chinois. Peut-être pas les grands contemporains que sont Tan Dun ou Bright Sheng, mais des représentants notables de deux générations. En ordre chronologique: de 1959 le Concerto pour violon, intitulé Les amants papillons (très populaire en Chine) du tandem Chen Gang et He Zhanhao qui plonge dans les sons traditionnels pour les livrer aux instruments occidentaux en une oeuvre romantico-bucolique, genre mélancolique «soft», narratif à l'eau de rose pour violon et large orchestre. Dire que ce fut composé à l'époque où, chez les concurrents communistes, Chostakovitch prépara son déchirant Quatuor à cordes No8 et allait s'ouvrir à sa dénonciatrice Symphonie No13... intitulée Babi Yar!

Plus intéressant fut le Wu Xing (Cinq éléments) de Chen Qigang, devenu Français après avoir étudié avec Olivier Messiaen et dont les cinq vignettes sonores qui constituent cette oeuvre se souviennent tantôt de Ravel (pour l'eau et le bois), de Britten (pour le feu) et de Messiaen-même (pour le métal).

La seconde partie du concert fut réservée à Tchaikovsky et sa Symphonie No5. Cet orchestre jeune (la moyenne doit être de 30 ans) au jeu enthousiaste a certes l'avenir devant lui. Pour l'instant, soumis par son chef Lü Jia à une interprétation qui se cantonne dans les oppositions marquées, laisse peu de place aux sons intermédiaires, force certains violons à des pertes de tension, couvre les bois si nécessaires à la qualité sonore du grand orchestrateur qu'est Tchaikovsky. Ce fut aussi une interprétation qui s'occupait plus de la brillance présente des sons que de leur continuité. Une continuité à laquelle les grands chefs russes que j'ai entendus dans cette oeuvre, les Mravinsky, Markevitch, Rozdestvensky et aujourd'hui Mariss Jansons qui est le continuateur de leur école, donnaient une allure tout à fait... classique. La force sonore n'est pas toujours puissance de l'oeuvre.

Le violoniste soliste de Les amants papillons, Lu Siqing, s'est particulièrement fait apprécier grâce au rappel puisé dans Paganini, inventeur avec Liszt du vedettariat.

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