Un Falstaff tonique qui fera date

Gerald Finley... (Courtoisie)

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Gerald Finley

Courtoisie

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Jean-Jacques Van Vlasselaer
Le Droit

La Canadian Opera Company (C.O.C.) garde ses habitudes: une «saison» en trois manches avec chacune deux opéras.

Cet automne la C.O.C. est très italien et tournant du siècle avec ce Falstaff de 1893 alors que Verdi s'apprête à être octogénaire et revenu des tragédies humaines, ainsi que ce Madama Butterfly de 1904 d'un Puccini entre Japon et États-Unis à la rencontre de l'interculturel...

La C.O.C. tient aussi à un autre rite: celui de présenter une des productions dans le mode «traditionnel», couplée à l'après Gérard Mortier, celle de conception théâtrale ouverte sur la modernité. Madama Butterfly s'est engluée les ailes dans les banalités des clichés resservis par Brian MacDonald, tandis qu'un autre metteur scène canadien, Robert Carsen, dans une production tonique, transférée dans les années cinquante a proposé un Falstaff en fabuleuse interprétation d'un opéra sans âge.

Cela fait longtemps qu'une prestation d'ensemble à l'opéra me fera dire que le bonheur est possible. Bonheurs visuel et musical; une mise en scène de Carsen pétillante d'intelligence, d'invention; un orchestre en une interprétation (Debus) tonique et ample, une brochette de chanteurs au sommet de leur art, tous Canadiens par surcroît.

En effet, à côté de l'immense vedette internationale qu'est devenu Gerald Finley, Falstaff à l'égo aussi gros que le ventre mais constamment dépassé par les événements, fanfaron et touchant, baryton riche, Falstaff aussi juste qu'il est le Don Giovanni de notre époque, Figaro ou encore l'inoubliable Jaufré Rudel, Prince de Blaye dans L'Amour de loin...

Il y a l'époustouflante présence de Marie-Nicole Lemieux dans une Mistress Quickly, un puissant Ford, aussi sûr de lui, qu'il est maté par sa femme Alice, imperturbable organisatrice de la déconfiture de la confrérie des testostéroniens incarnée par une Lyne Fortin on ne peut plus à l'aise... Autour d'eux une équipe remarquable: le beau Fenton de Frédéric Antoun, la coquine Nannetta de Simone Osborne, la fine Meg de Lauren Segal, l'indiscret et licencieux duo de Colin Ainsworth et Robert Gleadow en canailles cleptomanes qu'on découvrira à la fin... écossais.

Croyez-moi: il n'y a pas un instant que l'éclat de rire musical verdien et la truculence shakespearienne ne vous emporte pas dans cette production sans pareille.

Et l'avoir placée dans les années cinquante plutôt que dans celle des Joyeuses Commères de Windsor, dans cette Angleterre de la jeune Elisabeth II n'est, en effet, pas si différente de celle d'Elisabeth Iere. Celle où l'Empire fait place aux quatre garçons de Liverpool, où la chasse à cour rencontre les millionnaires texans, où un jour Nannetta ouvre le chemin à Lady Di qui elle fera la place à Kate... Ensembles à truculence rossinienne, soli remarquables, idées foisonnantes: ah, ce cheval que Carson adore placer dans ses productions... Mistress Quickly en kilt, sac à main discret, fichu sur la tête, bottes aux pieds, comme si la reine était revenue de Balmoral... Cette cuisine américaine de toutes les folies... Une fête, je vous le dis. Ne ratez pas ce Verdi qui nous dit que le monde est fou (25 et 29 octobre, 1er novembre).

Le premier acte est vraiment sans aucun intérêt, le choeur se demande ce qu'il fait sur scène. Les personnages secondaires sont autant de marionnettes-clichés surannés et la scène d'amour qui la clôt est une épreuve pour tout amoureux. Le second acte tient mieux, possède un certain rythme, s'éveille au dépit, aux irritations de Cio Cio devenue Mme Pinkerton... et le troisième acte finit sur le hara-kiri qui n'a pas su choisir entre le mélodrame et la tragédie.

L'orchestre livre une prestation solide sous la direction de Patrick Lange; les voix sont tous honorables mais le jeu est insatisfaisant, sauf dans le cas de Sharpless, seul être à traits humains sur scène... Pour les inconditionnels de l'opéra-poncif et des geishas qui se font avoir par les marins américains (jusqu'au 31 octobre).

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