Concert entre deux chaises

Le soliste Emanuel Ax.... (Archives, LeDroit)

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Le soliste Emanuel Ax.

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Jean-Jacques Van Vlasselaer
Le Droit

À première vue, ce concert semblait fonctionner comme rampe de lancement pour la tournée du 22 au 31 octobre en Grande-Bretagne, véhicule musicale de la commémoration de la si meurtrière Première Guerre mondiale. En fait, il était à double fond, avec, entouré de quelques-unes des oeuvres symboles de la tournée, fruits de l'école «on-ne-peut-plus-anglaise», produits par Vaughan Williams, Elgar et notre Malcolm Forsyth, deux concertos pour piano avec aux commandes du clavier l'autorité paisible, le jeu naturel, intimiste, élégant, sans prétention au bruitage athlétique d'aucuns, les interprétations qui ne sont que musicalité de source de cet Américain né au Canada, Emanuel Ax.

Un double noyau venu des pays germaniques, oeuvres de l'Autrichien Mozart et de l'Allemand Strauss en une combinaison du Concerto No 14 en mi bémol majeur du compositeur de Don Giovanni et du Burlesque en ré mineur de celui de Salomé.

La fête à Babette

Mozart composa ce concerto pour son étudiante bien-aimée Barbara Ployer, dite Babette, et cette oeuvre qui, à prime abord, semble d'une relative innocence et simplicité l'est en fait bien moins. Mozart y glisse modulations nombreuses et pas mal d'instabilité de rythme, voire, par moments, des incertitudes tonales. L'interprétation d'Emanuel Ax nous l'a si bien dit. Ce ne fut pas seulement la fête à Babette, mais aussi celle de Wolfgang Amédée, qui lui y a tenu la main.

Coup de main dont Ax n'avait pas besoin, tant la grâce et la connivence mozartiennes l'habitent en toute modestie. Et si Mozart est bien de sa famille, on n'attacherait pas le Burlesque de Richard Strauss à son répertoire normal. Erreur! De cette oeuvre trop souvent rudoyée, martialisée, il a donné une rafraîchissante leçon de musique et ouvert les complexités rythmiques au chant et aux moments d'intimité qui s'y trouvent.

Sa complicité avec Feza Zweifel, le fin timbalier de l'orchestre, ainsi que la clarté d'exécution de la part du jeune chef d'orchestre Jayce Ogren, remplaçant Zukerman à cette occasion, en firent un délice, une oeuvre plus viennoise que teutonne.

L'interprétation très zukermanienne de la Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis, trop occupée à déployer largement les cordes dans leurs flux sensuels, semblait flâner dans son fluide tout en oubliant que l'oeuvre possède malgré tout une épine dorsale.

Ensuite, on aurait aimé que le très court «soupir» Sospiro se prolonge sous le violoncelle d'Amanda Forsyth, mais Edward Elgar ne nous en a pas donné l'occasion...

Enfin, il y a eu une des oeuvres majeures que l'OCNA amènera dans cette tournée pas comme les autres: La Ballade du Canada, du père d'Amanda, Malcolm Forsyth. En trois tableaux, le long de cinq poèmes, il passe du Yukon à Terre-Neuve, des rivières à l'océan, de l'espace à l'histoire... avec au coeur de la pièce, cette prise de conscience nationale que fut la première des guerres mondiales du xxe siècle. Il ne faut pas être musicologue pour se rendre compte que la musique et l'emploi de la chorale (quatre chorales réunies préparées par Duain Wolfe et Laurence Ewashko) s'inscrivent nettement dans la tradition chorale anglo-saxonne des Elgar, Delius, Vaughan-Williams, avec, ici, un choeur (de bonne élocution) au chant collé aux textes, avec un orchestre qui soigne les illustrations comme autant d'images sonores intercalées.

Il sera intéressant de savoir comment l'oeuvre sera accueillie dans le pays qui a connu Le Requiem de guerre de Benjamin Britten et les oeuvres de John Tavener et Thomas Adès.

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