Un début de saison vibrant

Le chef Pinchas Zukerman et le violoniste Itzhak... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Le chef Pinchas Zukerman et le violoniste Itzhak Perlman, lors du lancement de la saison de l'Orchestre du CNA, jeudi soir.

Etienne Ranger, LeDroit

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JEAN-JACQUES VAN VLASSELAER
Le Droit

Depuis que Pinchas Zukerman gère les destinées musicales de l'OCNA, son festival d'ouverture de la saison se termine toujours par le gala organisé au profit de la Fiducie nationale pour la jeunesse et l'éducation du Centre national des arts, initiative qui sera certainement l'un des legs les plus importants de son mandat. Tous deux, festival et gala, en cette saison ultime, ne pouvaient porter qu'en long et en large sa signature personnelle. Il a été ainsi pour le contenu du festival, essentiellement dédié à la première école de Vienne, et pour le gala où l'altiste-violinste-chef d'orchestre s'est fait entourer de ses amis musiciens, dont le premier, le violoniste-chef d'orchestre Itzhak Perlman.

Schubertissmo

Bien qu'il n'ait que 17 et 18 ans, Schubert dans ses deux premières symphonies s'inscrit déjà parfaitement dans les paramètres conceptuels de la première école de Vienne. Symphonies à quatre mouvements (vif-lent-dansé-vif), organisation « classique » des mouvements, tout en marquant son extrême admiration pour le trio royal « viennois », Haydn, Mozart, Beethoven, en leur empruntant idées musicales, rythmes décalqués, tout en étant déjà entièrement lui-même... On est génial ou l'on ne l'est pas....Ses deux premières symphonies, qui pendant longtemps ont été les moutons égarés de la programmation symphonique des orchestres, semblent faire un retour en force sur le répertoire. Toutes deux se retrouvaient en première partie du programme du dernier des concerts du festival de l'OCNA comme une erreur compensée. Les deux en jeu-miroir, alors que dans les 45 saisons précédentes, la première symphonie n'a été jouée qu'une seule fois et la seconde, deux fois...

Je venais par ailleurs d'entendre ces deux symphonies par l'Orchestre symphonique de Chicago sous Riccardo Muti en juin dernier, et il faut dire que par rapport à leur interprétation très spacieuse et puissamment articulée, le Schubert de Zukerman et de l"OCNA a plusieurs longueurs viennoises d'avance. Musicalement étincelantes, l'OCNA les ouvre à leur souplesse sonore, leur joie dans la sonorité, à ces rayons de bonheur qui les traversent et qui sont immanquablement schubertiens.

Moins heureuse, beaucoup moins, fut l'interprétation du puissant Concerto no 20 de Mozart qui sous les doigts certes agiles du pianiste Jeremy Denk s'embarquait dans une exécution désordonnée, tatillonne... Il n'avait ni le souffle, ni ne permettait à l'oeuvre la réflexion bien plus profonde que contient ce concerto en ré mineur. Du Mozart « mozartillonant » saupoudré d'une poétisation de surface. Tout cela, loin de la vigueur du tragique qui l'habite et qui en fit le concerto favori de Beethoven... Et ce jeu erratique n'a pas rendu l'accompagnement orchestral aussi facile et épanoui qu' il ne l'est normalement quand Zukerman s'exprime en Mozart à la tête de son orchestre.

Monstres sacrés

Le Gala fut sans nul autre pareil. Une programmation faite de chefs-d'oeuvre (Mozart, Bach, Mendelssohn), une unité d'esprit : du « classique » d'un bout à l'autre. Aux commandes, deux monstres sacrés (Perlman et Zukerman), entourés de plusieurs générations d'« anciens » de l'Institut d'été que Zukerman avait fondé à son arrivée au CNA. On s'en doute, Perlman et Zukerman sont bien plus que des monstres sacrés : ce sont aussi des pédagogues qui préparent ceux qui prendront le relais, soignant ainsi la nécessaire pérennité du monde « classique ». Il y avait là une toute jeune adolescente, Diana Adamyan, étincelante dans « La ronde des lutins » de Bazzini : virtuose certes, mais aussi avec un archet bien posé, déjà d'une belle envergure.

Il y avait dans le Concerto pour deux violons en ré mineur de Bach, avec le violon de Zukerman en ancre second, Daniel Khalikov, assuré, net, dans le Vivace ; Jessica Linnebach, expressive, lyrique, mature, naturelle, dans le Largo ; Anne-Estelle Médouze, vibrante, merveilleuse de présence sonore dans l'Allegro final.

Mais comment ne pas avoir senti qu'en toute simplicité, en un dialogue de proximité naturelle, la conversation musicale fertile, fine et d'une réelle profondeur entre Perlman et Zukerman dans ce chef-d'oeuvre des chefs-d'oeuvre qu'est la « Sinfonia Concertante pour violon et alto » de Mozart... frisait les sommets. À garder dans sa mémoire musicale. Tout comme par ailleurs les deux derniers mouvements de l'« Octuor pour cordes » de Mendelssohn par tous les solistes réunis auxquels s'étaient ajoutés l'alto de Jethro Marks et le violoncelle fulgurant de Julia MacLaine. Étourdissant de finesse et d'envol musical.

Ce Gala, une fois n'est pas coutume, fut une vraie fête musicale. Et qui a rapporté 917 000 $ à la Fiducie nationale pour la jeunesse et l'éducation du CNA. Ce qui en est aussi le but.

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