Les mères indignes de Nothomb

Frappe-toi le coeur, par Amélie Nothomb **, 180...

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Frappe-toi le coeur, par Amélie Nothomb **, 180 pages, Albin Michel

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CRITIQUE / Pour son 26e livre, Amélie Nothomb ausculte la cellule familiale en s'intéressant à la figure maternelle déviante. Mères mystérieuses, jalouses, dissimulatrices voire tyranniques, elles hantent ce curieux roman psychologique à l'écriture moins originale qu'à l'accoutumée.

En dépit de son titre inspiré d'une citation de Musset, Frappe-toi le coeur finit par apparaître comme le livre à la mode qui ne demande pas tant de vocabulaire ni d'inventivité dans ses tournures pour dépeindre les affaires de coeur. Pourtant, la matière tragique ne manque pas et l'écrivaine adulée est généralement réputée pour sa fantaisie.

Le personnage principal s'appelle Diane, enfant ignorée de sa jeune mère pimbêche et secrètement jalousée d'elle. Sans surprise, la malaimée fuit ses parents à son adolescence pour trouver refuge chez l'une de ses amies. Diane développe un sens de la résilience et trouve rapidement sa voie en médecine, quand, âgée de 11 ans et à la suite d'un accident, elle rencontre un médecin qui lui demande si elle veut vivre ou mourir.

À l'université, la jeune adulte s'éprend de son professeur, la cardiologue Olivia Aubusson, et l'admire au point de se dévouer entièrement à son bureau. L'emprise psychologique de la professeure sur l'élève rappelle furtivement le précédent Antéchrista, bien meilleure lecture à conseiller.

L'amitié entre les deux chercheuses se confirmant, la carriériste Olivia se révélera une autre mère indigne et méprisante à l'égard de sa propre fille.

Le roman est ainsi construit en miroir, deux histoires de mères perverses se reflétant dans le regard de la narratrice ; la seconde partie donne ainsi à son héroïne Diane la chance de « tuer la mère » (on ne dévoilera pas comment). Amélie Nothomb emploie des méthodes de scénario efficaces quoique grossières, qui réservent une fin trop rapidement ficelée en thriller.    

Phrases sans ombre destinées à être comprises sur-le-champ par la plus idiote des lanternes rouges ; fabrique de situations faites pour amener leur quota de petits faits vrais sur les personnages qui les vivent ; tout cela relève du best-seller charpenté. La sentimentalité - ou son absence - chez les mères (les hommes sont pratiquement absents du récit) se situe à mi-chemin entre règlements de compte familiaux et désir de s'extirper du fatum maternel.

On refermera l'ouvrage loin d'être convaincu, en essayant d'oublier certaines phrases du genre « Fidèle à son inexorable habitude, la vie continua. »




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