Les travers de la péri-urbanité

Borealium Tremens est le premier roman du jeune auteur... (Courtoisie, Sophie Gagnon-Bergeron)

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Borealium Tremens est le premier roman du jeune auteur Mathieu Villeneuve.

Courtoisie, Sophie Gagnon-Bergeron

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Fils d'une mère élevée en village du côté du Lac-Saint-Jean et d'un père forestier ayant grandi au Saguenay, Mathieu Villeneuve a puisé à la source de la rivière Péribonka autant qu'aux racines des peupliers baumiers pour « reprendre possession » de ces espaces vastes et oubliés pour écrire son premier roman.

Hommage aux « territoires vécus et imaginaires » qu'il arpente depuis l'enfance, ainsi qu'aux rivières et traces humaines englouties sous les eaux harnachées, Borealium Tremens fait écho à sa « volonté de revendiquer la richesse du roman du terroir et l'actualité du roman de la terre noir ».

« J'ai grandi dans cette dualité-là, entre urbanité et ruralité, et j'ai appris à l'accepter », soutient Mathieu Villeneuve, joint par Skype alors qu'il était en résidence d'auteur à la Maison Gabrielle-Roy, à Saint-Boniface.

Son écriture se gorge tantôt de l'alcool consommé par ses personnages ; tantôt des déluges ayant marqué, voire façonné l'histoire de sa région natale, dont celui de 1996 ; tantôt du sang prélevé par des tiques proliférant au point de rendre les orignaux fous ; tantôt des relents des déversements de l'Alcan.

Elle goûte la vase des lits de rivières où dorment les vestiges des villages submergés à cause des barrages d'Hydro-Québec ; la poussière levée par les véhicules dans les rangs de Sainte-Monique, près d'Alma (rebaptisé Saint-Christophe pour les besoins de sa cause) ; le terreau des champs mêlé à la sueur des fronts de celles et ceux qui les défrichent.

Elle farfouille l'âme de ses personnages, déclenche leurs cauchemars, joue de leurs rêves et pulsions. Entre carré amoureux, pulsions de vengeance, quête dévorante et délires éthyliques.

« En fait, avec Ville de Saguenay qui n'arrête pas de s'étaler, avec les terres utilisées comme tourbières pour verdir les banlieues nord-américaines et avec la maladie de Lyme que j'ai moi-même attrapée parce que les tiques sont de plus en plus nombreuses, Borealium Tremens est un roman sur la péri-urbanité et ses conséquences », fait valoir Mathieu Villeneuve.

Or, si la péri-urbanité a d'indéniables impacts sur la faune et la flore, elle peut en avoir aussi sur les humains. 

Après s'être perdu sur les routes américaines dans l'espoir de s'y retrouver, David, le personnage principal et alter ego de l'auteur de 27 ans, rentre dans son coin de pays à la mort de son grand-oncle. Il revient notamment transporté par son intention de reprendre la terre du défunt pour la cultiver, envers et contre Steeve et Tony, les père et fils voisins, qui ont des vues sur ledit lopin.

David est également mû par son désir de retaper la « Maison brûlée » familiale pour mieux... y écrire un premier roman qui marquera « au fer rouge » la littérature. 

« Moi aussi, au début, j'étais animé par une ambition dévorante et habité de grandes prétentions, avoue Mathieu Villeneuve en souriant à l'écran. Son découragement m'a peut-être atteint souvent, en cours d'écriture, mais là s'arrêtent quand même mes ressemblances avec David ! »

Cela dit, l'envie de son héros de retourner vivre en milieu rural n'est pas sans faire écho au sien. Mathieu Villeneuve caresse encore, pour sa part, l'idée de mettre en place un éco-village dans le rang 7, à Sainte-Monique, avec arbres fruitiers et à bois, potagers, petit musée familial et... résidence d'auteur.

Et à l'instar de David, le principal intéressé aimerait « [s]'ensauvager, disparaître et changer de vie, comme il a fait ».

On ne s'étonne donc pas que ses personnages soient tous plus ou moins déchirés entre liberté et enracinement.

Hommage à Maria Chapdelaine...

Comme on n'est pas surpris de l'omniprésence de la figure de proue du roman du terroir, Maria Chapdelaine, dans son Borealium Tremens, que ce soit par les références faites aux romans de Louis Hémon et au film de Gilles Carle, ou à son controversé Hymen, surnom donné à la sculpture commandée à l'artiste Ronald Thibert (Femme et Terre, de son vrai titre).

« J'ai lu le roman deux fois. Une première, à 13 ans, au secondaire, et j'avais détesté ça parce que je ne réussissais pas à comprendre, se souvient Mathieu Villeneuve. Je l'ai relu il y a deux ou trois ans et là, j'ai saisi ce que j'avais à y apprendre. Je suppose que je devais en savoir plus sur l'histoire du Saguenay et sur l'importance de la religion à cette époque-là pour y arriver. Pour toucher à l'essence de ce personnage grandiose toujours arrêté dans ses élans par la petitesse du peuple. »

Or, le classique de Louis Hémon n'est pas pour autant son roman du terroir préféré. L'auteur de 27 ans avoue plutôt avoir un faible pour Marie Calumet. Il n'en demeure pas moins que c'est à Maria qu'il lève son chapeau, à sa manière, dans Borealium Tremens.

D'abord, parce que Lianah est elle-même courtisée par trois hommes (David, son frère Alexis et Tony) et « qu'elle va elle aussi choisir la voie de la facilité ».

Ensuite, parce que son nom, Lianah de Mirecap, est l'anagramme « le plus joli et satisfaisant » de Maria Chapdelaine que Mathieu Villeneuve ait composé.

... et clin d'oeil à Moby Dick

Le principal intéressé fait également un clin d'oeil à Moby Dick en évoquant une figure légendaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean : l'orignal blanc, que Tony n'a de cesse de traquer.

« Si Achab [le capitaine dans le roman de Melville] fait référence au roi d'Israël, Tony, lui, est une sorte d'héritier princier d'une campagne désertée. L'orignal blanc est une bête mythique que certains prétendent avoir vue, mais dont la présence n'a jamais été authentifiée, et que Tony pourchasse d'un bout à l'autre des mers d'asphalte », conclut Mathieu Villeneuve.




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