• Le Droit > 
  • Arts > 
  • Livres 
  • > Will James: une vie à cheval entre vérité et mensonges 

Will James: une vie à cheval entre vérité et mensonges

Dans Bénédiction, Olivier Dufault s'intéresse à la génèse de... (Courtoisie)

Agrandir

Dans Bénédiction, Olivier Dufault s'intéresse à la génèse de Will James.

Courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

«On ne peut pas s'attendre d'un roman sur un imposteur qu'il ne dise que la vérité», prévient Olivier Dufault, d'un ton mi-blagueur, mi-sérieux, à propos de son tout premier titre, Bénédiction. L'imposteur en question? Ernest Dufault, alias Will James, son nom de cowboy, auteur et dessinateur de talent - et affabulateur de premier ordre - ayant fait carrière aux États-Unis au début du siècle dernier.

Olivier Dufault a «beaucoup rêvé» à cet ancêtre (Ernest Dufault était le cousin de son arrière-arrière-grand-père) à force d'entendre son père «ajouter à la légende» après la sortie d'Alias Will James, le documentaire de Jacques Godbout, en 1988. Mentant sur ses origines, se disant orphelin et élevé entre l'Alberta et le Montana par un prospecteur et trappeur canadien-français «pour expliquer son accent», Ernest Dufault, dit Will James, est pourtant né en 1892 à Saint-Nazaire où il a grandi, avant de tout plaquer à l'âge de 15 ans (sa famille, le Québec et l'école), en 1907, pour devenir cowboy dans l'Ouest.

Il a été emprisonné au Nevada après avoir volé du bétail, «un passage quasi obligé quand on était cowboy à l'époque», puis soldat, cavalier dans les rodéos, cascadeur au cinéma, illustrateur et auteur (on lui doit 20 titres sur la vie quotidienne dans les ranchs). Il a également épousé Alice, qui découvrira pour sa part l'existence de la mère et du frère de son ex-mari... lors des funérailles de ce dernier, mort d'une cirrhose à 50 ans.

Mythomane

«C'est le genre de personnage qui ne s'invente pas! clame en riant Olivier Dufault. Toute sa vie, Will James a joué du mensonge et de la vérité, a vécu entre succès et tragédie. Du moment où j'ai pris conscience de son potentiel de fiction, je me suis dit qu'un jour, j'allais écrire un livre sur cet être qui était surnommé Bullshit Bill par plusieurs. Jusqu'au jour où j'ai eu peur que quelqu'un d'autre ait la même idée que moi et le fasse avant!»

Le professeur de lettres montréalais a dès lors entrepris des recherches sur cet Ernest Dufault qui s'est «inventé» en devenant Will James. Il a lu ses biographes et ses 20 titres (dont son plus connu, Smoky), s'imprégnant de «tout l'esprit du cowboy qu'il a voulu transmettre» par le biais de ses crayons, en signant autant des romans que de nombreux dessins. Le Montréalais a visité le Nevada, est monté à cheval pour en goûter l'air sec de ses grands espaces.

«J'ai découvert tout un continent, à travers lui!»

Dans Bénédiction, Olivier Dufault s'intéresse toutefois à la génèse de Will James. Il déploie donc sa trame autour de ce moment «charnière» et «crucial» où les portes de la Nevada State Prison se referment sur lui, jeune Canadien français, alors qu'il vient d'être condamné pour avoir volé quelque 30 vaches à une riche famille du coin.

«Du moment où Ernest Dufault est incarcéré sous... (Courtoisie) - image 2.0

Agrandir

«Du moment où Ernest Dufault est incarcéré sous le nom de William Roderick James dans les registres officiels de l'État du Nevada, il devenait pour de vrai, ou pour de faux, Will James.»

Courtoisie

«Pour moi, ça marquait la fin de sa jeunesse et de son apprentissage de cowboy, et un point de non-retour dans son parcours: il est vraiment devenu quelqu'un d'autre à partir de ce moment-là», renchérit le romancier.

Ce dernier insiste: il s'est lui-même amusé à brouiller quelques pistes, donnant ici et là dans un flou artistique délibérément entretenu, entre autres dans les dialogues. 

«Bénédiction est biographique, mais n'est pas une biographie.»

Il n'en demeure pas moins que son talent d'artiste ne relève pas seulement de la légende.

«Dès l'enfance, Ernest a voué un réel amour aux chevaux. Ç'aura ensuite été l'élan, la grande inspiration de Will. Tout ce qu'il voulait, c'était de pouvoir vivre avec des chevaux. C'est pour ça qu'il a quitté le Québec.»

Et qu'il s'est dès lors attelé à la tâche de se créer de toutes pièces une nouvelle identité.

«Comment a-t-il fait pour se débrouiller et vivre dans tous ces mensonges? À mon avis, il était mythomane. En tout cas, son imposture est le plus beau des terrains de jeu, pour un auteur!» lance Olivier Dufault.

Il s'étonne, par ailleurs, qu'aucun des romans de Will James n'ait été traduit au Québec. Seule son autobiographie, L'Enfance d'un cow-boy solitaire, a été publiée par un éditeur d'ici, soit Boréal, en 1989.

«J'aurais cru que par chauvinisme, on se serait emparé de son oeuvre. Mais non! Le seul roman de Will James traduit dans son intégralité en français, Smoky, l'a été chez la maison française Actes Sud, en 2013 [NDLA soit quelque 85 ans après la parution de la version originale]! C'est une aberration, à mes yeux, ne serait-ce que parce qu'au moins une dizaine de ses titres sont franchement dignes d'être lus.»

Bénédiction se termine au moment où Will James arrive sur la côte Ouest. Il n'est pas encore devenu cascadeur à Hollywood, n'a toujours pas rencontré son idole, le peintre Charles Russell, ni écrit quoi que ce soit d'autre que quelques lettres à ses parents, non plus.

Il n'a surtout pas encore rencontré Alice Conradt, Miss Nevada, qu'il mariera en 1920 sans jamais lui révéler sa véritable identité pour autant. À son décès, 22 ans plus tard, son ancienne épouse aura la surprise d'apprendre qu'il lègue tous ses biens à... Ernest Dufault.

«J'aimerais bien raconter ce pan de son histoire. En fait, je ne pensais pas écrire autant de pages sur ce moment précis [ce qui l'a mené en prison, son incarcération et ses conséquences] de sa vie...» avoue Olivier Dufault, au détour de la conversation.

Bénédiction pourrait-il, dans ce cas, n'être que le premier volet d'un diptyque, voire d'une trilogie sur le personnage? «Qui sait? Disons que j'ai tout le matériel pour écrire au moins une deuxième partie», mentionne l'auteur, comme une promesse qu'il souhaiterait grandement pouvoir tenir.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer