Partition pour une vie bohème

Montrez-moi vos mains, par Alexandre Tharaud ****, Grasset, 224...

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Montrez-moi vos mains, par Alexandre Tharaud ****, Grasset, 224 pages

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CRITIQUE / Certaines plumes autobiographiques trompettent leur passion, jouent les sentiments à la grosse caisse, pour bien faire entendre leurs sérénades. D'autres, plus subtiles mais plus rares, laissent venir la poésie dans leurs textes et déclament leurs mots en adagio. Alexandre Tharaud est de celles-là.

À petites touches délicates, ciselées de phrases courtes et détails efficaces, le pianiste nous partage son quotidien de musicien soliste en tournée internationale. Une approche de la vie d'artiste à contre-courant de la conception romanesque que l'on peut s'en faire.    

«Je voyage en apesanteur. Ne pas se poser pour ne pas tomber. Je ne visite que théâtres et chambres d'hôtel. Je vole. Ma valise jamais tout à fait ouverte, en son coeur une partie de ma vie que je protège de tous vents», écrit-il. Ainsi va la carrière du grand pianiste, un jour à Tokyo, le lendemain à Stockholm, New York ou Berlin. Être bohème s'accompagne d'ajustements pour trouver l'équilibre - à cause des insomnies récurrentes, beaucoup de cachets, quelques longueurs de piscine-, dans le but ultime d'être prêt à la prestation programmée bien souvent des années à l'avance. 

«Le concert approche. Je l'attends. Une vie à attendre. Mes lits, mes hôtels, mes aéroports, mon siège d'avion, ma loge: autant de salles d'attente. Mon corps est une salle d'attente

Peu d'ouvrages partagent avec une telle précision et délicatesse de sentiments la réalité d'un artiste en tournée. C'est pour Alexandre Tharaud une école de vie itinérante, un prisme pour visiter chaque pays où il est invité à se produire dans les plus grandes salles de concert. Petites manies (il ne dort que dans des chambres au numéro 9) teintées d'hypocondrie, grandes réflexions introspectives sur ce choix de vie extraordinaire et rappels historiques fort éloquents : il fut une époque où l'écoute des concerts n'avait rien de religieux. Les spectatrices idolâtraient Franz Liszt, véritable rock star du XIXe siècle. Elles s'arrachaient même ses mèches de cheveux ! On apprendra aussi que la position du pianiste, sur scène, n'a pas toujours été la même... Cette autobiographie éclairée et fort éclairante pousse l'auteur à faire le point sur les origines de sa passion qui le rapproche de certains professeurs, dont une certaine Mme Taccon à laquelle il rend un hommage profondément touchant.         

Autour du soliste-vedette gravitent une faune d'accordeurs, tourneurs de partition et publics, tous différents. Les pages les plus hilarantes du livre sont consacrées aux différentes toux (avec conseils pour y remédier). 

Incontestablement, Alexandre Tharaud connaît son sujet et n'aime pas moins la musique que ses multiples protagonistes. Dernière note d'une partition bouleversante: la description d'un rêve dans lequel, encore une fois, chaque mot, chaque émotion sonnent juste.




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