Taqawan, par Éric Plamondon ****

Le Quartanier, 224 pages...

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CRITIQUE / Éric Plamondon écrit comme d'autres vont à la pêche. De sa plume aux effets aussi chatoyants que subversifs, il taquine quiconque pourrait être tenté de mordre à l'hameçon. À la surface de ce Taqawan (qui renvoie, en langue mi'gmaq, au saumon qui revient de la mer à sa rivière natale), il laisse donc flotter quelques clichés sur les relations entre Blancs et Mi'gmaq - et, par la bande entre les gouvernements fédéral et provincial, aussi. Or, c'est pour mieux ferrer le lecteur et lui faire remonter le cours de l'histoire jusqu'à Restigouche, en Gaspésie, en ce mois de juin 1981.

C'était au temps des premiers guichets automatiques des Caisses populaires et de la révélation d'une certaine Céline Dion à la télévision, nous rappelle l'auteur né au Québec et aujourd'hui installé en France. Le 11 juin, jour de son autrement fatidique 15e anniversaire, sa protagoniste fictive subit les contrecoups de la par trop réelle confrontation qui a lieu ce jour-là entre les pêcheurs autochtones (dont son père) et les nombreux policiers Sûreté du Québec déployés à Restigouche pour une question de droits de pêche au saumon... Autour d'Océane évoluent notamment Yves, le garde-chasse ayant viré capot; Caroline, Française venue enseigner au Québec; William, l'«Indien» solitaire; et Pesant, de la Commission des droits de la personne. 

Entre les effluves grinçants de roman noir qui baignent Taqawan, Éric Plamondon remet l'histoire en perspective, trace des parallèles entre la bataille de Restigouche de 1760 et celle de 1981. Mi-figue, mi-raisin, il alterne les références populaires et encyclopédiques d'hier à aujourd'hui. Du coup, et par le biais de chapitres courts, coiffés de titres savoureux, il plante un décor à la fois familier et érudit, qui fait sourire (parfois jaune) et réfléchir (beaucoup).

Plus qu'affaire de vengeances, de magouilles et de turpitudes, Taqawan est affaire de (devoirs de) mémoire. Empreint d'images fortes autant que de sang, de sueur, d'humus et d'eau, ce foisonnant roman traite du besoin de savoir d'où on vient pour mieux comprendre où on va. Comme l'alevin qui, devenu grand, revient frayer là où il est né...




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