De la lecture au bout de son siège

Stéfanie Delestré est récemment devenue la toute première femme à prendre la... (123rf)

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Stéfanie Delestré est récemment devenue la toute première femme à prendre la tête de la mythique « Série Noire » française. Encore heureux que les écrivaines n'aient pas attendu cette nomination pour faire leur marque en littérature policière et ainsi prendre la relève d'Agatha Christie !
De la Québécoise Chrystine Brouillet, qui célèbre cette année les 30 ans de Maud Graham, à l'Anglaise Paula Hawkins, qui récidive après le succès de sa Fille du train, en passant par la Française Fred Vargas, qui fait reprendre du service à son attachant Jean-Baptiste Adamsberg, regard sur trois nouveautés - parmi tant d'autres ! - qui vous tiendront en haleine, chacune à sa manière.

À qui la faute ? par Chrystine Brouillet ***

Une histoire du passé qui revient hanter l'un. Une aventure entre deux amis de longue date dont les conjoints respectifs ne se doutent de rien qui finit malgré tout par créer des tensions entre les deux couples. Des garçons qui jouent au hockey ensemble et deux adolescentes qui s'avèrent les meilleures amies du monde. Un jeune victime d'une rondelle (malencontreusement ou intentionnellement dirigée vers lui ?). Un violeur impénitent qui sévit dans les rues de Québec. Une femme qui meurt parce qu'elle s'approche de trop près de certains secrets. Et un suicide qui chamboule tout. 

Intimidation, mensonges, petites et grandes trahisons, chantages et désirs de vengeance : tous les ingrédients sont réunis pour que Maud Graham et son équipe aient matière à réflexion sur le genre humain au cours de leurs nouvelles enquêtes parallèles.

Certes, pour pleinement apprécier cette incursion chez les gérant(e)s d'estrade, entre autres, il faut accepter que tous les fils tirés par Chrystine Brouillet finissent par former un même écheveau au final. Cela dit, on sent l'auteure en contrôle, non seulement des questionnements existentiels de ses personnages (dont ceux de Maud, aux prises avec la ménopause), mais aussi dans sa capacité à justement entraîner le lecteur sur plus d'un front à la fois. On prend donc un certain plaisir, sinon un plaisir certain, à plonger dans cette nouvelle intrigue, un verre de vin à la main, histoire d'accompagner la prose de l'épicurienne écrivaine comme il se doit.

. . . . . . . . . . 

Quand sort la recluse, par Fred Vargas ****

La dernière fois que j'avais croisé Jean-Baptiste Adamsberg, Danglard et consorts, c'était dans Sous les vents de Neptune (2004). J'étais ressortie de ma lecture de ce polar passablement remontée contre Frédérique Audoin-Rouzeau, alias Fred Vargas. Cette dernière avait fait traverser l'Atlantique jusque dans la région d'Ottawa-Gatineau à son personnage fétiche, ce qui aurait dû me plaire a priori. C'était sans compter un lac Pink... présumé rose et des dialogues en « québécois » trop caricaturaux pour que je puisse en rire autrement que jaune.

Bref, irritée et franchement déçue, je n'avais pas pris le temps de replonger dans un roman de Vargas depuis.

Je me suis toutefois laissée convaincre de lui redonner une chance, ce que je n'ai pas regretté du tout. Car force est de reconnaître que la Française maîtrise une plume à la fois poétique (ce qui n'est quand même pas peu dire, dans un genre encore trop souvent perçu comme une sous-littérature !) et résolument humaine.

« Tous deux enfants du Béarn, Adamsberg et Veyrenc avaient hérité de leur montagne quelque matière incassable, souplesse pour l'un, stabilité pour l'autre. Tandis qu'un souffle d'air pouvait emporter Danglard dans les terres de l'angoisse », écrit-elle, question de faire ressentir la nature profonde du trio d'enquêteurs.

Dans Quand sort la recluse, Fred Vargas tisse fort habilement sa toile autour des sens du mot : il est ainsi question autant d'araignées au venin pouvant être létal que de femmes choisissant de vivre isolées de tout et de tous, dans un heureux, pour ne pas dire savant mélange d'érudition et d'intrigues à dénouer.

Parce qu'il est également question de quelques décès troublants, ici. Du moins pour Adamsberg, qui y « voit », dans les brumes de ses pensées, la piste d'un meurtrier en série. Et qui, du coup, sera confronté à des pans de son enfance profondément enfouis.

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Au fond de l'eau, par Paula Hawkins ***1/2

Si, avec Vargas, on prend un réel plaisir à se promener dans les brumes existentielles d'Adamsberg, on plonge Au fond de l'eau pour les effets miroitants dont joue Paula Hawkins.

Obsédée par la rivière qui borde sa maison, Nel l'a non seulement documentée (plusieurs femmes s'y sont noyées, au fil du temps, souvent dans des circonstances troublantes), mais elle y est elle-même retrouvée morte quelque temps après le suicide d'une adolescente. 

Nel s'est-elle suicidée ou a-t-elle été tuée ? La réponse a beau sembler claire pour sa fille Lena, elle l'est moins pour Julia, la soeur de Nel, revenue dans leur ville natale pour s'occuper des funérailles de son aînée. Lena, qui cache des choses depuis le suicide de sa meilleure amie. Et Julia qui n'aura d'autre choix que de laisser remonter à la surface des souvenirs pour le moins traumatisants, si elle ne veut pas laisser sombrer sa soeur dans l'oubli. Tout ça pendant que Sean, le policier du coin, mène l'enquête ; que son patriarche Patrick veille au grain ; et que Nickie, l'excentrique du village, n'hésite pas à colporter ce qu'elle « a vu » autour du fameux « bassin des noyées ».

Manipulant sa plume comme un prisme, l'Américaine multiplie les éclairages et perspectives sur son histoire. Si on a l'impression d'accumuler un peu trop de points de vue sur l'affaire, Paula Hawkins évite néanmoins de nous faire complètement perdre le « focus » sur l'affaire... Qui rebondit plus d'une fois, à l'instar d'un caillou sur l'eau dont on a hâte de connaître le point de chute.




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