La famille revue par Emma Donoghue

Emma Donoghue... (Courtoisie)

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Emma Donoghue

Courtoisie

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Si Emma Donoghue avait confiné Jack et sa mère dans une pièce d'où l'enfant n'était encore jamais sorti dans Room, elle s'éclate complètement hors les murs, avec Les Loteau plus un. Place à une famille élargie, menée par deux couples (un formé de deux papas et l'autre de deux mamans) et comptant sept enfants (biologiques ou adoptés)... et un grand-père aux valeurs plutôt conservatrices qui retontit au sein de ce clan « bruyant et un peu fou » sans l'avoir vraiment demandé. Et qui devra s'en faire accepter autant qu'il devra s'ouvrir à leurs différences.

« Je suis la dernière de huit enfants, alors les chicanes, les alliances, les uns qui parlent fort et les autres qui préfèrent le silence, toutes ces dynamiques familiales sous un même toit, je connais ! » clame en riant l'Irlandaise d'origine et Canadienne d'adoption de 47 ans.

Elle-même ouvertement gaie et mère de deux enfants, Emma Donoghue connaît aussi la réalité de grandir sur une île « majoritairement blanche et catholique ». Avec ce roman - sa première incursion en littérature jeunesse - elle voulait donc non seulement mettre en scène une famille nombreuse, mais surtout « célébrer » la tolérance et le multiculturalisme qu'elle a fortement ressentis et embrassés en s'installant au Canada, il y a quelque 20 ans.

« En fait, c'est une amie qui m'a suggéré d'écrire une histoire pour les jeunes qui mettraient en scène une famille avec deux mères, raconte Emma Donoghue. La première question qui m'est alors passée par la tête, c'est : 'Pourquoi pas aussi avec deux pères ?' »

Dès lors, c'est le clan Loteau au grand complet, dans toute sa diversité et ses couleurs, qui lui est apparu. Avec tout ce que ç'a pu comporter de dossiers (et « sous-dossiers sur leurs caractéristiques précises ! » indique la « matriarche ») sur chacun dans son ordinateur. « J'aime le fait que la moitié de la population de Toronto soit issue de l'immigration comme moi. À mes yeux, Les Loteau plus un est un hymne à Toronto et à sa vie urbaine foisonnante, et au Canada où je me suis sentie acceptée dès que j'y ai mis les pieds. »

Un clan métissé serré

Papadum et Papaye s'aiment, donc. À l'instar de Mamandine et Mamenthe. Ensemble, ils élèvent Sic, Catalpa, Sapin, Aubépine, Sumac, Bruyère (alias Bruno) et le petit dernier, Chêne. Ils entremêlent des racines indiennes, écossaises, autochtones, jamaïcaines, philippines, allemandes, alouette. Ils sont riches (ils ont gagné à la... loto, « ce qui me permet de ne pas tous les faire travailler à l'extérieur »), mais recyclent, récupèrent, jardinent. Ils pratiquent divers sports et l'école à la maison. Ils mettent également en valeur les traditions et cultures de chacun, tantôt lors de leurs « moments partagés » avec l'un ou l'autre des parents, tantôt dans leurs assiettes.

« Mes enfants mangent du spaghetti et du pain blanc ! J'aime le fait que les Loteau cuisinent des plats que ni moi, ni les miens n'avons goûtés ! » lance l'auteure en éclatant de rire de plus belle.

De plus, la quadragénaire n'hésite pas à mettre en scène Bruyère qui, du haut de ses quatre ans, réclame de se faire appeler Bruno et arbore une tête rasée « pour ne plus se faire traiter de fille par des étrangers ».

« Bruyère est un personnage vraiment important pour moi. Dans une famille où les parents sont du même sexe, il n'y a aucun rôle qui soit traditionnel. Dans un tel contexte, la question de genre se pose peut-être plus spontanément, naturellement pour un enfant. » 

Plus que tout, de par leurs origines métissées serrées et leur rapport décomplexé à leurs identités (notamment sexuelles), les Loteau forment donc un groupe ouvert aux différences de traits de caractère et aux divergences d'opinions.

Or, « pour créer un contraste », Emma Donoghue a préféré à des voisins hostiles un étranger... naturel et oeuvrant de l'intérieur. Ainsi, l'arrivée d'Ian, le père de Papaye, chamboulera particulièrement le quotidien de Sumac (qui devra lui céder sa chambre). Mais Ian, avec ses idées bien arrêtées sur la famille entre autres, confrontera aussi adultes et enfants dans leurs repères, valeurs et certitudes.

« Il y a quand même quelque chose de paradoxal dans le fait que les quatre adultes invitent à vivre avec eux un vieil homme qui tiendra des propos racistes envers leurs enfants et homophobes envers eux. Ça ramène d'ailleurs à la vaste question de ce à quoi tient une famille : à la génétique seule ou à la nature des liens qui nous unissent à ceux qui nous élèvent, qui nous entourent ? » soulève la Torontoise.

Chaque membre des Loteau devra - ou, du moins, tenter de - trouver sa propre réponse à cette question dans ce roman aux accents tragi-comiques.

Dans les yeux de Sumac

Si Emma Donoghue a choisi d'écrire son roman par le biais de Sumac, c'est entre autres pour éviter les comparaisons avec Jack, le héros de Room (que plusieurs ont découvert dans son adaptation cinématographique).

« Il était par ailleurs plus facile de lui faire tenir le rôle d'observatrice puisqu'à neuf ans, elle se situe au milieu de la fratrie. Malgré son petit côté sérieux, voire intellectuel, elle peut quand même rapporter et commenter ce qui se passe avec candeur et humour. »

L'écrivaine restera « fidèle » à sa narratrice, à son ton souvent mi-figue, mi-raisin et à ses points de vue sur les gens et évènements pour la suite des choses. Car les (més)aventures des Loteau se déclineront en série, explique-t-elle. Y aura-t-il autant de tomes que de membres de la famille ? « On verra bien ! » répond-elle gaiement à l'autre bout du fil, se contentant de mentionner que sa smala sera de retour pour « au moins quelques titres encore ».




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