L'enfant qui, de Jeanne Benameur, ***1/2

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CRITIQUE / 

C'est affaire de mémoire. De souvenirs qui, ayant marqué l'âme, le coeur et le corps au fer rouge, n'en finissent plus de coller à la peau, de se mu(r)er dans le silence du vide ou de ressurgir tels des fantômes du passé alors qu'on croyait les avoir abandonnés sur le bord de la route de l'enfance. C'est affaire de perte : celle d'une femme disparue, peut-être morte, mère pour l'enfant, amante pour l'homme et bru jamais vraiment aimée pour l'aïeule. C'est affaire de deuil, donc. De repères à retrouver ; de pied à reprendre dans la réalité.

Dans L'enfant qui, Jeanne Benameur entrelace les trajectoires de ses trois personnages laissés derrière par cette femme « à la jupe rouge fanée ». Celle-ci est repartie aussi subitement qu'elle est entrée dans la vie de l'homme devenu père dans sa foulée. Ainsi, il y a cet homme ayant pris l'habitude de crier dans la maison, prisonnier de ses craintes face à ce qu'il ne peut contrôler, incapable de s'affranchir d'une routine dans laquelle il enracine ses certitudes et habitudes. Parce qu'il y a sa mère à lui, pétrie par les mains du destin entre la terre et le ciel d'une marelle, et qui a dès lors préféré restreindre les possibles aux sentiers battus.

Il y a surtout ce gamin, se réfugiant dans la forêt en compagnie d'un chien qu'il est le seul à voir, « adossé à l'absence » de sa mère partie trop tôt. Mais disparue non sans lui avoir transmis sa langue et un irrépressible désir de liberté. D'oser voir plus loin, rêver plus fort, espérer plus haut que les murs ancrés dans la peur de l'inconnu. Car à la question existentielle « Est-ce que les lignes tracées sur la paume des mères dessinent la seule maison que nous puissions habiter ? », l'enfant aura besoin de trouver au plus profond de lui les réponses qui lui permettront de marcher à son propre rythme, d'ouvrir de nouveaux chemins pour déployer son regard dans des horizons qui n'appartiendront qu'à lui seul. Pour assumer sa suite des choses.

Avec un onirisme qui enveloppe le lecteur entre songe et réalité, Jeanne Benameur dessine délicatement les portraits de ces trois êtres confrontés à leur peine et leur incapacité à la partager.

L'enfant qui

Jeanne Benameur

Actes Sud, 128 pages

***½




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