Redonner droit de cité à la parole francophone

Andrée Lacelle, poète lauréate de la Ville d'Ottawa... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Andrée Lacelle, poète lauréate de la Ville d'Ottawa

Etienne Ranger, Le Droit

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«Enfin! Il s'agit d'une reconnaissance du français instituée, officielle. Une reconnaissance qu'on a dans nos tripes, en état de désir, depuis longtemps!» lance Andrée Lacelle. Qui entend bien traduire sa nomination à titre de Poète lauréate francophone de la Ville d'Ottawa pour les deux prochaines années dans un enracinement et un hommage aux bâtisseurs d'expression française qui ont contribué à faire de la capitale nationale ce qu'elle est aujourd'hui.

«Je sens que ça s'en vient, cette reconnaissance de ville bilingue... En tout cas, ma contribution sera pleine et entière par rapport à cette question-là: la parole francophone est elle aussi ancrée sur le territoire, depuis la fondation de cette ville qui est devenue Ottawa», renchérit la fière Franco-Ontarienne.

Elle cite les religieuses, entre autres, ces femmes soignantes et enseignantes qui ont joué un rôle vital dans le développement de la communauté, «qui ont contribué à créer l'avenir qui est notre présent». 

«Je n'oublie rien et ma prise de parole a indéniablement une fonction identitaire, en tant que femme et en tant que francophone.»

À titre de Poète lauréate, celle qui écrit dans son plus récent recueil que «le lien est le lieu», veut justement explorer le lieu comme lien, notamment en abordant Ottawa par sa géomorphologie. 

«Je veux proposer une poésie du concret, voire du quotidien, et remonter aux sources, littéralement, en m'intéressant aux cours d'eau qui façonnent notre paysage, de la rivière des Outaouais au canal Rideau, en passant par les criques et les ruisseaux...»

À partir du budget qui lui est alloué pour organiser des événements dans le cadre de ses fonctions (le programme des Poètes lauréats est financé à hauteur de 25 000 $ par année, somme partagée avec Jamaal Jackson Rogers, son homologue anglophone), Mme Lacelle souhaiterait aussi tendre des ponts entre la poésie et les arts visuels, voire avec la musique, lors d'une exposition autour du thème de l'eau, l'an prochain. 

«Je veux remettre la poésie au coeur de la ville, de nos vies. Ottawa est une ville d'accueil. Elle est, à l'instar du poème, un espace ouvert où tout est possible.»

Se visiter par le biais des mots

Après Demain l'enfance, Andrée Lacelle pensait qu'elle n'écrirait plus. Quatre ans et quelque 50 poèmes plus tard, elle en rapaillait une quarantaine et lançait La Visiteuse lors du dernier Salon du livre de l'Outaouais. Ce recueil a l'aspect d'un journal intime, comme «une autobiographie de la psyché», explique la principale intéressée.

«Aucune racine ne me définit / or j'habite mes pas», écrit-elle.

«Il s'agit de l'ultime invitation à être, à se visiter, jusqu'au fond de soi!» clame Mme Lacelle.

Si elle a mis tant de temps à «aller au bout de ce souffle», c'est qu'elle a voulu creuser les «sillages et fissures de l'âme». Ce faisant, la poète a également ciselé un dialogue entre «je» et «elle», entre «visiteuse visitée et visitée visiteuse», entre naissance et mort, entre donner et recevoir, entre intime et universel, dans une quête de sens à donner non seulement à ses mots, mais au chemin parcouru.

Cet espace de dialogue avec elle-même, en quelque sorte, s'est ouvert lorsqu'au détour d'une salle du Centre Pompidou, à Paris, la Franco-Ontarienne est tombée face à face avec L'Objet invisible (Mains tenant le vide), il y a près de 10 ans déjà. Cette sculpture «austère» de Giacometti l'y «attendait», elle en est convaincue.

«Je suis restée là longtemps, à l'observer. À me laisser envoûter par ses mains, ouvertes, dont on ne sait si elles offrent ou reçoivent. Il y a aussi le titre de l'oeuvre évoquant l'invisible, cet invisible qui m'a toujours intéressée...»

Telle une figure récurrente dans son oeuvre, sa Visiteuse est une femme en mouvement, qui bouge, «qui essaie d'aller le plus loin possible, d'avancer, toujours». Tendue à la fois vers l'autre et vers soi.




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