Écrire au coeur du silence et des secrets

L'auteure britannique Fiona Barton a enrichi son roman... (Courtoisie)

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L'auteure britannique Fiona Barton a enrichi son roman La veuve de son passé de journaliste.

Courtoisie

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La Britannique Fiona Barton a couvert les faits divers pour le Daily Mail pendant une trentaine d'années. S'inspirant d'une affaire qu'elle a suivie «de loin» à l'époque, elle a imaginé ce que pouvait cacher le silence d'une femme voyant son conjoint accusé d'un crime horrible. Et si La Veuve cherchait pour sa part à survivre, entre ce qu'elle sait et ce qu'elle tait?

«Quand j'étais journaliste, j'appréciais beaucoup rencontrer les gens provenant de tous les horizons, ceux qui n'étaient pas nécessairement au coeur de l'histoire que j'avais à couvrir, mais qui étaient affecté par le drame, qu'il s'agisse de la conjointe, des voisins, etc.» explique Fiona Barton dans un français coulant, qu'elle dit continuer à «améliorer» depuis qu'elle s'est établie en Dordogne.

Ce qu'elle trouvait plus que tout fascinant, lorsqu'elle les interviewait, c'était d'«apprendre ce qu'ils savaient... ou préféraient ignorer», justement.

D'où son intérêt pour Primrose, l'épouse du médecin anglais et tueur en série Harold Shipman, arrêté en 1998 et reconnu coupable d'avoir euthanasié 15 de ses patientes âgées. Des enquêtes subséquentes ont déterminé que le DShipman aurait fait plus de 200 victimes, au cours de sa carrière.

«Primrose Shipman accueillait les patients, au cabinet de son mari. Savait-elle ce que qu'il faisait? A-t-elle préféré fermer les yeux sur ses faits et gestes pendant tout ce temps, afin de ne pas avoir à admettre sa propre culpabilité? Toujours est-il que cette femme a accompagné son mari pendant tout son procès, sans jamais dire un mot à qui que ce soit. Elle n'a jamais accordé d'entrevue. C'est ce silence qui me fascinait: je me demande encore ce qu'elle savait...» raconte Mme Barton.

Ainsi, quand elle a cessé de pratiquer le journalisme en 2008, l'idée de La Veuve s'est mise à lui trotter dans la tête. Elle a senti que le temps était peut-être venu «d'essayer d'écrire autre chose que des articles». 

Un couple et ses secrets

Elle-même mariée depuis plus de 35 ans maintenant, Fiona Barton soutient qu'on a beau penser tout savoir de l'autre, dans un couple, il demeure impossible de connaître son partenaire parfaitement.

À la base de son roman, il y avait donc deux amants aux prises avec leurs secrets, c'est-à-dire Jane, mariée à Glen, subitement accusé d'avoir enlevé la petite Bella.

Or, Jane a toujours voulu avoir des enfants, sans que cela soit possible. Glen, lui, consommerait de la pornographie, notamment juvénile, sur Internet. 

L'auteure laisse ainsi délibérément planer le doute sur qui pourrait avoir le plus à gagner, à kidnapper Bella.

«Ce n'est pas tant l'aspect thriller que le côté psychologique touchant Jane qui m'importait. Toute son existence risque d'être détruite si Glen est reconnu coupable», fait-elle valoir.

Ce faisant, Fiona Barton utilise le matériel des dossiers qu'elle a signés sur la pédophilie et la pornographie juvénile quand elle était journaliste,  pour aujourd'hui étayer ses thèses de romancière. 

«J'ai rencontré des groupes d'hommes qui se disaient innocents sous prétexte qu'ils ne faisaient que regarder les images produites par d'autres... Il y a aussi ceux qui se défendent en disant que ce ne sont pas de vraies gamines qu'ils regardent, mais des femmes qui s'habillent comme telles, et qu'ils sont donc eux-mêmes des victimes...» mentionne-t-elle. 

Les risques d'exposer ses enfants sur Internet

En évoquant également les réseaux sociaux sur lesquels certains parents exposent parfois en toute inconscience leurs enfants, Fiona Barton souhaite envoyer un message aux adultes. 

«En tant que parents, nous avons la responsabilité de ne pas rendre nos enfants accessibles à n'importe qui, sur Internet. »

«Pour ma part, je ne publie plus de photos de mes petits-enfants depuis longtemps sur Facebook, enchaîne-t-elle. Et j'ai réussi à convaincre ma bru de ne plus le faire non plus.»

Habituée à écrire sur des gens ordinaires confrontés à des situations extraordinaires, Mme Barton a fait de Jane sa narratrice principale. Seule La Veuve s'exprime au «je». Jane n'en est pas moins entourée de deux autres personnages cruciaux: Kate, la journaliste; et Bob, l'enquêteur. Ils permettent à l'auteure d'ouvrir des perspectives sur l'affaire, tout en offrant d'autres points de vue sur son héroïne.

À travers Bob, Fiona Barton peut rendre compte de la pression (publique et politique) que subissent les policiers pour trouver des coupables à tout prix dans une histoire sordide aussi médiatisée. Et de leur instinct qui leur fait parfois tourner les coins ronds.

Par le biais de Kate, l'ex-journaliste témoigne du milieu tel qu'elle l'a connu. Et aimé.

«En mettant en scène Kate, je voulais rendre justice à un métier qui n'est pas toujours apprécié à sa juste valeur, tout en en révélant des côtés parfois moins glorieux.» 

Monnayage de l'exclusivité d'une entrevue avec Jane; mise en scène de la rencontre entre la mère de la petite Bella et Glen, son présumé bourreau; pression exercée sur Kate par son patron pour livrer la marchandise: Fiona Barton soulève plus d'un enjeu éthique.

«Mais au final, qui manipule qui, dans cette histoire: Jane ou Kate?» demande-t-elle.

Là est peut-être toute la question.




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