Sélection officielle, de Thierry Frémaux ****

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CRITIQUE / Il appelle «Julia», «Sean», «Marty» les vedettes du grand écran; possède le carnet d'adresses le plus envié de la planète; passe son temps dans les aéroports, les dîners d'affaires, les réceptions mondaines. Il fait la pluie et le beau temps de la planète cinéma et gère le plus important festival du monde.

Thierry Frémaux, grand manitou surbooké du Festival de Cannes, a tenu pendant un an son journal de bord. Incursion dans les coulisses de la préparation de Cannes 2016, avec notes et réflexions à la confidentialité déclassée. Dépaysement assuré! 

Faut-il aduler le Septième Art (ou du moins les potins du gotha cinéma) pour applaudir au générique de fin de Sélection officielle, plus de 600 pages au compteur - métaphore appropriée car Thierry Frémaux est aussi un cycliste passionné ? 

Coureur de fond des festivals internationaux, arbitre de la fameuse «sélection officielle» quand vient le printemps, il est également directeur de l'Institut Lumière, à Lyon. 

La semaine à Paris, le week-end à Lyon ou ailleurs. La famille comprendra, espère-t-il... Une vie (dé)vouée au cinéma, en somme.

Dans les rouages

Entre observations érudites et introspection, le délégué général du Festival de Cannes (son titre officiel) finit par peindre un tableau vivifiant de la vie cinématographique contemporaine. «J'ai envie de parler d'un métier, d'une époque et d'un cinéma qui change, écrit-il. Raconter le Festival de Cannes, aussi célébré que méconnu

Le compte à rebours est lancé, qui le mènera à la 69e édition du festival en 2016, comme chaque année depuis sa nomination, en 2001, quand il a succédé à Gilles Jacob. La préparation de l'événement relève d'un processus bien rodé qui s'accélère à l'approche de la cérémonie d'ouverture. 

Son journal intime campe aussi l'envers d'une société artistique forgée de doutes et de gros capitaux, d'amitiés à entretenir et d'opérations risquées. Les amateurs d'aveux intimes et de cancans de coulisses en seront pour leurs frais: c'est le regard aigu du cinéphile passionné, souvent critique, que porte le délégué sur lui-même et sur la machine cannoise; c'est la manière très précise dont il observe la production cinématographique internationale avec ses gros joueurs et ses nouveaux venus (plus rares...); c'est la passion avec laquelle ce Lyonnais propriétaire d'un tracteur (comme George Clooney, paraît-il) prend le pouls des sorties à venir et à encourager.

À petits pas prudents, Thierry Frémaux tente parfois la confidence. Ses inquiétudes face à l'état de santé fragile de Bertrand Tavernier, ses doutes vis-à-vis du partenariat avec la chaîne de télévision Canal + et son autre dada, la musique de Bruce Springsteen. 

Et la sélection, alors ?

Il faut attendre la page 488 pour savoir sur quels critères la prestigieuse sélection s'opère véritablement en compagnie des autres membres du comité: «eh bien, comme le ferait n'importe quel amateur: in fine, c'est au sentiment, à l'intuition, à la passion, à quelques instruments de mesure de l'opinion, si tant est qu'on puisse en prévoir l'humeur.» 

Une incursion passionnante et pleine d'élégance pour qui s'intéresse au cinéma international.




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