Au musée de l'espoir avec Nina Berkhout

Tout comme l'héroïne de son premier roman, Le... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

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Tout comme l'héroïne de son premier roman, Le Musée des espèces disparues, Nina Berkhout travaille au Musée des beaux-arts du Canada.

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

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Est-ce que l'art peut sauver du désespoir? Le beau, donner un sens à une existence ou, du moins, mettre du baume sur les peines? Pour l'auteure Nina Berkhout, cela ne fait aucun doute. En cette ère où tout va vite, parfois trop, rien ne vaut une visite au Musée des beaux-arts du Canada pour «trouver un espace où il est possible de réfléchir, de respirer, de ralentir, de s'inspirer» devant Plouie, Pourville de Monet ou La Ligne de cent pieds.

L'entrevue a lieu dans le grand hall vitré du MBAC, où Nina Berkhout travaille en tant que coordonnatrice éditoriale du magazine de l'institution. Et où Édith, l'héroïne de son premier roman intitulé Le Musée des espèces disparues, est employée elle aussi.

«J'avais envie que les gens réalisent toute la richesse de la collection du Musée, de leur rappeler que cette collection leur appartient, qu'ils y ont accès!» lance Mme Berkhout.

Et puis, pour créer, elle a aussi besoin de s'ancrer dans ce qu'elle connaît. «Comme je viens travailler ici tous les jours, que je fais mes courses dans le marché By, que je jette parfois un regard par la vitre à l'intérieur du Château Lafayette, par exemple, ce sont naturellement devenus des points de repère, des éléments du décor du roman.»

Sous sa plume, Édith grandit à Ottawa, entre les tableaux de son père Henry, amateur d'art et de nature ; les concours de beauté où sa soeur aînée Vivienne règne en princesse... sous la poigne ferme de leur reine mère Constance; le premier boulot dans un Coin Shoppe où Édith nettoie et classe des pièces de monnaie de collection. «Son côté collectionneuse, ça vient de moi!» confirme l'auteure en riant.

Puis, survient Liam, qui n'a d'yeux que pour Vivienne, mais dont Édith tombera éperdument amoureuse. Au point d'en oublier d'être heureuse. Sinon quand elle rentre au travail et s'attarde à la beauté flamboyante ou discrète qui l'y entoure.

Le mot du jour: cryptozoologie

Nina Berkhout savait qu'elle voulait mettre en scène une relation sororale. «Je connais la dynamique d'être la petite soeur, cette sensation de n'avoir jamais connu la vie sans son aînée. Je me demandais ce qu'on devient quand on perd de vue celle qui a toujours été là, avant soi. À quel point peut-on devenir prête à tout pour la sauver malgré elle? J'avais donc déjà Édith en tête.»

La trame de ce qui allait devenir son premier roman s'est toutefois dessinée à la suite d'un courriel. Abonnée à un service, Nina Berkhout recevait quotidiennement un «mot du jour». «Je trouvais ça chouette de nourrir mon vocabulaire et mes connaissances de cette façon. Un jour, j'ai reçu le mot cryptozoologie. Je n'avais aucune idée de ce que c'était!» relate-t-elle.

En s'intéressant à la définition du terme, tout un monde s'est ouvert à elle. «J'ai été fascinée par cette idée de quête d'animaux dont aucune preuve scientifique ne permet de dire s'ils existent ou pas, soit parce qu'ils n'ont pas été observés depuis de très nombreuses années, soit parce qu'ils n'ont jamais été vus», fait valoir cette ancienne étudiante en mythologie.

D'où la passion d'Édith pour les licornes, dont elle est convaincue d'avoir vu un spécimen bien vivant lors d'une balade en montagne avec son père, près de Lake Louise.

«Pour moi, la licorne incarne l'imagination de l'enfance qu'on perd en vieillissant. D'ailleurs, Édith oublie qu'elle a déjà été convaincue d'en avoir vu une...»

Jusqu'au jour où, des années plus tard, au Musée, elle se retrouve nez à museau avec Le Rêve d'enfant. «La licorne de Damien Hirst est prise au piège, emprisonnée sous plexiglas. Elle symbolise la perte de l'enfance, tout en y ramenant Édith. Comme la madeleine de Proust, en fait!»

À ce chapitre, Nina Nerkhout s'est donné la liberté d'installer à demeure Le Rêve d'enfant au MBAC. Dans la vraie vie, l'oeuvre n'y a été présentée que pendant quelques mois, le temps de l'exposition La vie en Pop, à l'été 2010.

La cryptozoologie lui a également inspiré le personnage de Theo, cet homme âgé et attachant, qui cherche dans les tableaux de Gauguin la preuve de l'existence d'un oiseau rare, mystérieux.

«Pour Édith, le Musée, les oeuvres d'art qu'elle peut y voir tous les jours, et Theo sont des sources d'espoir auxquelles elle a besoin de croire.» Car son héroïne est entourée de cryptides: Henry, Constance, Vivienne, Liam sont tous des êtres perdus ou en voie de disparition... Dès lors, le Musée est tout le contraire de son milieu familial.

Une araignée appelée Maman

Or, si plusieurs autres tableaux (Le Pin de Tom Thomson) et installations (le Motet pour quarante voix de Janet Cardiff) apparaissent au gré des pages, c'est l'impressionnante Maman de Louise Bourgeois qui y occupe la place de choix. «Encore plus que la licorne, je considère que Maman est le coeur de mon histoire», soutient Nina Berkhout.

D'abord, parce que l'auteure, qui a grandi à Calgary et étudié à Toronto, a fini par s'installer dans la région de la capitale fédérale, en 2006. En décrochant  un boulot au MBAC, elle s'est ainsi retrouvée à travailler à «un coin de rue» de l'Institut Bruyère où sa mère a fait son cours d'infirmière, à 18 ans.

Ensuite, parce que Constance («qui n'a rien à voir avec ma mère!»), s'avère plus prédatrice que protectrice envers Vivienne. À travers l'aînée, la mère assouvit ses propres désirs. «Comme une araignée, Constance tisse une toile autour de Vivi, pour l'empêcher de prendre ses distances...»

Cette relation de contrôle entre mère et fille, Nina Berkhout se souvient de l'avoir observée lorsqu'elle prenait des cours de danse, petite. «J'ai tellement vu de mères pousser leur enfant parce qu'elles réalisaient ainsi leurs rêves par procuration... Je voulais explorer ça, aussi.»

Édith aura cependant beau être prête à tout pour Vivienne, elle finira par comprendre qu'il est «impossible de vouloir à la place de l'autre».

Et ce n'est qu'alors que la magie de l'espoir pourrait bien la rattraper...




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