Jeunesse: le temps de l'envol

Gabriel Robichaud, lauréat du prix Jeunesse... (Martin Roy, Le Droit)

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Gabriel Robichaud, lauréat du prix Jeunesse

Martin Roy, Le Droit

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Un Pépére attachant et son Ti-Gars en latence adolescente. Un lac, un village déserté, des oiseaux invincibles, des bouteilles remplies de secrets, des coups de feu. Une mystérieuse fille qui vient brasser les eaux stagnantes du quotidien. Et des falaises à faire pousser comme des ailes pour affronter ses peurs. Pour enraciner son regard dans le paysage de son enfance et pouvoir voir plus grand, plus loin, en embrassant l'horizon adulte s'ouvrant devant soi. Bienvenue sur les rives du Lac aux deux falaises de Gabriel Robichaud.

Quand on lui a commandé une pièce pour adolescents, l'Acadien de souche transplanté à Ottawa depuis quelques années savait d'instinct ce qu'elle ne serait pas: «une histoire d'amour boboche dans un environnement scolaire». «Ce n'est pas ça que j'aurais voulu voir comme spectacle, en tant qu'ado.»

Il n'était pas non plus question pour le le comédien et auteur de 27 ans de faire accessoirement une place aux ordinateurs, téléphones intelligents et réseaux sociaux. Au contraire, Gabriel Robichaud avait envie d'aborder sa pièce par la ruralité bien plus que par l'urbanité.

«On snobe tellement l'idée de ruralité! C'était important, pour moi, de redonner sa place à un milieu qui a tant à offrir au niveau de l'entraide et de la solidarité.»

Or, tant Ti-Gars que le village non loin duquel il habite avec Pépére s'embourbent. «Ti-Gars s'ennuie parce qu'il est pris dans sa routine et ses peurs. Il entretient son immobilisme et il n'a personne d'autre à blâmer que lui, pour ça.»

Jusqu'à l'arrivée de la Fille du lac, «un genre d'index qui le poke et qui, parce qu'elle arrive à le faire sortir de ses gonds, le fait avancer».

Comme il a «toujours habité près d'un cours d'eau», peu importe la ville où il se pose, Gabriel Robichaud a planté son décor autour d'un lac. Ainsi qu'une falaise à faire «repousser», et une autre, marquée de deux croix, que Ti-Gars se mettra en tête d'escalader.

«Cette falaise, elle existe: c'est le mont Sugarloaf, près de Campbellton. Les deux croix y auraient été tracées à la mémoire d'une mère et de son fils qui auraient tenté d'y grimper. Cette idée m'a servi d'ancrage dans la réalité.»

Tout comme existe ce Texan rencontré lors d'un voyage et qui, dormant avec son fusil sous son lit, lui a inspiré certaines scènes. Ou encore les nombreuses parties de cartes jouées avec son propre grand-père... aux blagues «parfois un peu plates, comme celles de Pépére», confie-t-il en riant.

Autrement, ses personnages évoluent dans un non-lieu, «à la fois un partout et un nulle part», comme le qualifie l'auteur, qui avait le goût de creuser la veine du réalisme magique dans sa pièce.

Finaliste du Prix littéraire Le Droit - Poésie en 2015 pour son recueil Les Anodins (couronné d'un prix Éloize l'an dernier), Gabriel Robichaud se  considère «plus comme un comédien qui écrit que comme un auteur qui joue»: «J'écris parce que j'ai un rapport à la scène.» 

Et ce rapport aux mots, il est physique, qu'il prête corps et voix aux textes des autres ou à ses poèmes. «Le comédien inspire ce que j'écris. À l'inverse, mon rapport aux mots a aussi changé, depuis que j'écris. Je suis plus conscient de leur portée, de leur possible.»

Question de souffle

C'est pourquoi, quand est venu le temps de transposer son texte en livre, il a tenu à ce qu'aucun signe de ponctuation ne vienne contraindre l'imaginaire du lecteur. Ni son souffle. «La ponctuation peut être un piège, parce qu'elle impose une intention. Je tenais à laisser les phrases se créer de manière vivante dans l'esprit des gens, en permettant des sens qui pourraient être différents des miens.»

Quant à la notion d'invincibilité des oiseaux échappant aux coups de feu de Pépére, elle symbolise «non pas la capacité de ne pas briser, mais celle de passer à travers les périodes plus difficiles, de ne pas avoir peur de foncer, malgré ce qui nous fout parfois la chienne», évoque l'auteur.

Entre l'écriture d'une prochaine pièce et d'un nouveau recueil de poésie, Gabriel Robichaud se prépare aussi à représenter le Nouveau-Brunswick lors des prochains Jeux de la Francophonie, en Côte d'Ivoire, cet été.




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