Le chemin vers soi de La femme qui fuit

Quand elle s'est pointée à Ottawa pour arpenter les quartiers ayant vu grandir... (Archives, La Presse)

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Quand elle s'est pointée à Ottawa pour arpenter les quartiers ayant vu grandir et mourir sa grand-mère, Anaïs Barbeau-Lavalette ne pouvait prévoir que sa plume la ramènerait dans la région en tant que présidente d'honneur du prochain Salon du livre de l'Outaouais.

«On dirait que je suis la trajectoire du saumon, qui revient à la source!» clame-t-elle gaiement à l'autre bout du fil.

Car ses premiers pas de romancière, c'est ici qu'elle les a faits, lancée sur la piste de Suzanne Meloche, cette grand-mère qu'elle n'avait pas connue. Conjointe du peintre Marcel Barbeau. Presque signataire du Refus global. Poète et artiste. Femme à hommes. Et mère ayant abandonné ses deux enfants en 1952.

«Quand j'ai entrepris de percer le secret de cette femme, il n'y avait pas de ligne de pudeur, soutient sa petite-fille. Tout ce que j'ai trouvé, je l'ai écrit. Tout ce qui m'a manqué, je me suis permis de l'imaginer.»

Si elle ne s'est pas imposé de censure, c'est parce qu'elle était poussée par «la tendresse», alimentée par un «carburant de réconciliation».

«Je me suis d'ailleurs surprise à l'aimer, cette femme, en l'écrivant, avoue Anaïs Barbeau-Lavalette. Parce que j'ai fini par la rencontrer, à force de creuser dans son histoire. Elle n'était pas juste une 'abandonneuse' d'enfants.»

En tant que cinéaste (Le Ring et Inch'Allah, entre autres), Anaïs Barbeau-Lavalette se décrivait comme une «visiteuse» dans le monde littéraire. Elle avait déjà signé Je voudrais qu'on m'efface et Embrasser Yasser Arafat. C'est toutefois La femme qui fuit qui l'a «enracinée» dans le milieu. «Grâce aux lecteurs», tient-elle à préciser.

Un an et demi après la sortie de son roman, couronné de plusieurs distinctions (Prix littéraire France-Québec, Prix des libraires), l'artiste se dit tout aussi surprise qu'émue de la réaction du public à la trajectoire filée de sa grand-mère et à la sienne.

«Je n'aurais jamais pu me douter de l'ampleur du phénomène, raconte-t-elle. Chaque jour, je reçois quatre, cinq témoignages de gens qui m'ont lue. Ça demeure quelque chose de très émouvant pour moi, ces moments de partage.»

Elle se réjouit d'autant plus que La femme qui fuit a touché un large spectre de personnes, des premiers lecteurs aux plus aguerris, de tous les âges et horizons.

Comme si le livre tombait à point nommé, dit-elle.

«Il y a quelque chose d'universel dans le paradoxe qu'incarne ma grand-mère. Tout le monde est, un jour ou l'autre, tiraillé entre le besoin de totale liberté et la volonté de s'enraciner, de s'engager. Or, ces deux soifs, ces deux élans, ne vont pas toujours bien ensemble...»

Anaïs Barbeau-Lavalette croit également que sa manière de plonger dans un Québec peu raconté compte pour beaucoup dans la réception chaleureuse des gens.

«On a rarement évoqué le Refus global, ces hommes et ces femmes qui créaient et aspiraient à changer la société à leur manière, en les racontant ainsi de l'intérieur.»

Une fougue qui interpelle la nouvelle génération

Aujourd'hui, La femme qui fuit est étudié dans une quarantaine de cégeps. «Lorsque je vais à leur rencontre, je constate à quel point les jeunes s'identifient à la fougue de ces artistes et ce, peu importe s'ils sont nés ici ou viennent d'ailleurs: ils se reconnaissent dans ce désir de sortir du moule.» 

Comme elle-même s'y est reconnue, écrivant «sans trafiquer» son élan, transportée par la sincérité et l'ardeur de ses propres mots.

«Ça me fait chaud au coeur que ce soient justement cette authenticité et fougue qui ont été ressenties, reçues par le public. Ça me donne envie d'y retourner, puisque je me fais beaucoup plus confiance, maintenant.»

Entre l'intime et le public, le coeur de la présidente d'honneur du SLO ne balance pas tant qu'il s'emballe à l'idée de rencontrer les gens. «On offre un livre au Monde qui finit par résonner dans l'intimité de celui ou celle qui le lira. Chaque livre vit donc dans un espace unique, puisqu'on s'adresse à l'individualité du lecteur, qui est un pays en soi. Le thème du Salon, [Intime et public], je l'ai vraiment reçu dans cette optique du partage, de la rencontre.»

C'est d'ailleurs pourquoi Anaïs Barbeau-Lavalette sera présente au SLO tous les jours.

Pour y aller

Du 23 au 26 février

Palais des congrès de Gatineau

819-775-4873; slo.qc.ca




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