L'Imparfaite amitié, par Mylène Bouchard ****

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CRITIQUE / 

D'abord, il y a la forme, éclatée. Prenant l'aspect de confidences d'une mère, approchant de la cinquantaine, à sa fille. Mais aussi celle de lettres adressées à l'un ou l'autre des personnages; d'étonnants tableaux typographiques; de pages arrachées à des carnets de voyage; de dialogues visant à «redéfinir» un mot précis (robe, hymen, pareil...); de citations; du Registre des lièvres (soit les hommes qui ont croisé sa route et celle de ses trois meilleures amies).

Ensuite, et surtout, il y a le fond. Amanda, qui doit son nom au bâteau de chêne du capitaine Laurent Tremblay. Comme si en venant au monde quelques heures après que la goélette eut flambé sur l'eau, en 1967, elle naissait de ses cendres et n'avait ainsi d'autre choix, des années plus tard, que de prendre le large, le feu au corps et à l'âme, pour ne pas prendre l'eau. Il y a donc cette quête de sens et de sensations d'une femme qui choisit de quitter son Isle-aux-Coudres pour prendre ses distances d'un amour naufragé. Puis qui décide de tomber amoureuse d'une oeuvre d'art, dans une galerie de Prague, sans pour autant s'y attacher autrement que du regard afin de pouvoir larguer les amarres une fois de plus au moment où la gravure est vendue...

«Choisir, c'est s'inscrire dans la beauté de la durée. C'est encore ce qu'il y a, dans les relations humaines, de plus émouvant

Si la manière de raconter peut déconcerter a priori, elle finit par créer un mouvement de vagues qui transporte le lecteur. Le berce et le secoue tour à tour; le fait voyager sur ses propres mers intérieures. Partirait-on, comme Amanda, si l'on savait son conjoint en perte de repères et de moyens, ou resterait-on là, en cale sèche depuis un certain temps déjà, de peur de ne pas correspondre à ce que les autres attendent de soi? Mylène Bouchard sillonnne ici le sentiment amoureux et les amitiés (notamment hommes-femmes) par monts et par vaux, tout comme la capacité de trouver le bon port pour soi et la nécessité de sonder l'absence, afin d'éviter les écueils des relations. Elle vogue sur ces flots existentiels, tantôt réconfortants, tantôt tumultueux, sans jeter l'ancre dans la morale, ni les certitudes absolues. Sinon celle, viscérale, que «vivre au bord de sa vie, ce n'est pas assez».

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