Sexe, drogues et années sida à New York

Tim Murphy s'est inspiré de pans de sa... (Courtoisie)

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Tim Murphy s'est inspiré de pans de sa propre vie pour écrire son livre.

Courtoisie

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Les années sida, dans le New York des années 80 et 90, Tim Murphy en a non seulement rendu compte dans de nombreux articles en tant que journaliste, il les a aussi vécues de l'intérieur. Lui-même gai et diagnostiqué séropositif en 2001, l'auteur américain expose toute l'humanité du combat mené par les militants de la cause dans L'Immeuble Christodora.

« J'ai grandi pendant cette période où le sida a explosé au sein de la communauté gaie... » 

Joint chez lui à New York plus tôt cette semaine, Tim Murphy s'interrompt. « C'est OK de dire ça, au sein de, ou c'est mieux de dire 'dans' la communauté gaie ? » s'enquiert celui qui se fera un devoir de répondre aux questions en français tout au long de l'entrevue.

« En fait, j'avais envie d'écrire autre chose que des articles, pour raconter une partie de mon histoire, celle de mes amis, de ma famille, de New York, reprend-il. La crise du sida n'est pas disparue du jour au lendemain : elle a laissé beaucoup de traces chez les survivants... »

Le quadragénaire ne cache pas qu'il a consommé de la drogue et qu'il vit avec le VIH. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles il a tenu à faire de la galerie de personnages peuplant son roman des êtres qui « ne sont pas des anges ».

Ainsi Mateo, en pleine rébellion face à ses parents adoptifs, se pique avec Hector, sous le regard de son chien. Mateo, qui est né d'Ysabel, une sidéenne issue de la communauté hispanique ayant pu prendre de l'AZT pendant sa grossesse pour s'assurer que son fils ne vienne pas au monde porteur de la maladie. Hector, qui a milité aux côtés d'Issy, pour justement permettre aux femmes séropositives comme elle d'être reconnues comme victimes aussi par le gouvernement, afin d'avoir accès à des médicaments.

Autour d'eux gravitent Milly et Jared, le couple d'artistes qui font de leur mieux pour permettre à Mateo de faire éclore son propre talent. Mais aussi Drew, l'amie amante de Milly ; Ava, fonctionnaire du département de la santé publique de New York devenue militante à sa manière ; Ricky, l'amoureux d'Hector, qui refuse de se faire dépister de crainte d'apprendre qu'il est atteint... et qui en mourra ; des militants avides de reconnaissance ou de pouvoir, des camés paumés, des politiques et personnalités bien réels, ceux-là (Liz Taylor, par exemple) qui se croiseront au gré des allers-retours dans le temps orchestrés par l'auteur. 

Autant de personnages ancrés dans un contexte socio-politique solidement documenté par lesquels Tim Murphy témoigne sans fard d'une époque, des chocs culturels entre petits bourgeois blancs (l'immeuble Christodora du titre est d'ailleurs devenu un symbole de la gentrification de certains quartiers new-yorkais) et communautés gaies, latines et noires, plus pauvres, notamment.

Certains de ses personnages se droguent, donc. D'autres baisent sans protection. « Parce que le sexe est parfois agréable, parfois moins. Des fois, c'est plein de joie. Des fois, c'est plein de peurs, soutient Tim Murphy. Il y a toutes sortes de raisons pour avoir des relations sexuelles : parce qu'on se sent seul, parce qu'on est amoureux ou juste parce qu'on est attiré physiquement par quelqu'un... »

Le New-Yorkais d'adoption (il s'y est installé au tournant des années 90), tenait à mettre en scène des hommes et des femmes crédibles, avec leurs qualités et défauts, à les « tricoter dans une vraie trame historique ».

Rendre une communauté humaine aux yeux de tous

« La crise du sida a eu ça de positif : elle nous a rendus, nous les membres de la communauté gaie, humains aux yeux du grand public. Le sida nous a poussés à lutter, à manifester publiquement, parce que nous n'avions rien à perdre : nous étions déjà en train de perdre et de pleurer tellement de personnes à cause de cette maladie ! »

L'opinion publique n'aurait pas évolué si les personnes infectées ne s'étaient pas alors regroupées ; si tous ces gens n'avaient pas combiné intelligemment leur volonté de changer les choses et les mentalités aux données scientifiques disponibles et à leur mobilisation solidaire, tient-il à répéter. 

« Je ne peux qu'espérer que mon roman permette à la nouvelle génération de comprendre que des gens comme mes personnages ont vraiment forcé la société a changé. »

Or, Tim Murphy considère que son roman prend une « nouvelle signification » avec l'arrivée au pouvoir de Donald Trump et de son équipe.

« Au cours des huit ans de l'administration Obama, il a été facile pour les hétérosexuels de croire que tout est maintenant OK pour la communauté LGBT. Mais rien n'est encore gagné ! » lance-t-il comme un cri d'alarme.

Car le journaliste et auteur craint le pire. « Nous entrons dans un avenir incertain, aux États-Unis et dans le monde, car Trump va probablement défaire tout ce qu'Obama a pu mettre en place pour la communauté LGBT, surtout pendant son deuxième mandat, alors qu'il n'avait plus d'élection à perdre. » 

« C'est inquiétant et un peu démoralisant de penser qu'on pourrait devoir de nouveau se mobiliser, comme il y a 30 ans, face à un gouvernement indifférent, et même hostile à la cause », conclut celui qui n'est donc pas prêt d'arrêter d'écrire.

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