Roche, papier, roman... de l'amour

Près de 20 ans après avoir remporté le Prix littéraire Le Droit -... (Courtoisie)

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Près de 20 ans après avoir remporté le Prix littéraire Le Droit - Jeunesse pour son recueil de nouvelles Masques, et deux romans publiés sous le pseudonyme Clara Ness plus tard, la Gatinoise d'origine et Parisienne d'adoption Marie-Ève Lacasse signe à visage découvert Peggy dans les phares. Au nom de l'amour.

Marie-Ève Lacasse venait de rencontrer «sa» Mlle Roche à Paris quand elle a partagé avec elle le fruit de ses recherches sur une autre Roche, Peggy de son prénom celle-là, qui fut le grand amour de Françoise Sagan. À force d'accumuler des bribes sur la vie de cette femme entourée d'une aura de mystère, la journaliste pigiste a eu envie d'en faire le sujet d'un article. Sa conjointe l'a alors mise au défi: «Tu ne vas pas écrire un article sur Peggy Roche: tu vas écrire un roman! Et si tu le publies, je t'épouse!»

Ainsi, alors que Peggy dans les phares atterrit sur les tablettes des librairies des deux côtés de l'Atlantique, Marie-Ève Lacasse s'accorde non seulement le droit de renouer -avec brio - avec l'écriture romanesque sous son véritable nom, mais aussi celui d'être femme, libre et amoureuse. 

Dix ans séparent Peggy dans les phares des deux romans qu'elle a signés Clara Ness (Ainsi font-elles toutes et Genèse de l'oubli). Dix ans au cours desquels «beaucoup de choses ont changé» dans la vie de journaliste, conceptrice publicitaire, libraire de la Gatinoise qui s'est installée à Paris en 2003 pour y poursuivre ses études - et notamment articuler son mémoire de maîtrise autour du poète, photographe et écrivain français Denis... Roche! Elle s'est mariée, a eu un enfant, s'est divorcée, aussi. Avant de tomber amoureuse de nouveau, et que Mlle Roche la confronte à sa vraie nature.

«Opter pour le pseudonyme de Clara me permettait de m'inventer une vie d'écrivaine, comme si Marie-Ève ne le méritait pas. Comme si je n'assumais pas qui j'étais», confie sans fard l'auteure de 34 ans, lors d'une entrevue réalisée par Skype.

«Cette fois, j'ai eu envie de m'accorder le droit d'être toutes ces femmes que je suis derrière mes masques et d'accepter que, malgré mes contradictions et chemins de traverse, il s'agit de mon destin.»

Pour enfiler ses «nouveaux habits» et du même souffle faire sortir Peggy de l'ombre de Françoise, Marie-Ève Lacasse a toutefois eu recours à ses techniques d'enquête journalistique. 

20 ans de passion recousue pièce par pièce

De ses rencontres (incluant Marie-Thérèse Bartoli et Denis Westhoff, la secrétaire et le fils de Françoise Sagan, entre autres) à ses consultations d'archives du magazine Elle («une vraie mine d'or!»), elle a lentement mais sûrement glané les éléments d'un «portrait en creux» de Peggy Roche.

Née en 1929, cette dernière a été mannequin, designer, propriétaire de boutiques. Elle a également été mariée deux fois avant de céder à cette pulsion latente qui la poussait inexorablement vers le «petit monstre» Sagan. Peggy qui était malgré tout plus libre, plus assumée dans son homosexualité que Françoise, «plus bourgeoise» et «plus immature» sur le plan émotionnel. Au point où les deux femmes se sont vouvoyées toute leur vie. Et où, par exemple, Sagan obligeait sa partenaire à sonner à la porte de leur appartement comme n'importe quel invité, lorsqu'elles recevaient...

Peggy était «un peu fascinée par l'humiliation que lui faisait subir Françoise, qui était quant à elle une enfant gâtée de l'amour», soutient Marie-Ève Lacasse.

De ces nombreux fragments, l'auteure a conçu le patron de Peggy dans les phares. En alternant entre le «tu» intime de Peggy s'adressant dans sa tête à Françoise et une narration omnisciente. En juxtaposant les années marquantes de leur trajectoire respective afin de créer du mouvement dans sa matière première.

D'une photo (prise dans la chambre que son héroïne partageait avec Françoise Sagan, rue du Cherche-midi, et qui figure en couverture du roman), elle a brodé quelques phrases sur le cheval de bois qu'on y aperçoit. Elle a épinglé sa propre angoisse à ne pas recevoir le coup de fil attendu de sa conjointe lors d'un voyage à celle de Peggy s'inquiétant pour Françoise, retrouvée inconsciente dans une chambre d'hôtel en Colombie, en 1985, dès les premiers chapitres.

«Il fallait que Françoise ne puisse pas prendre toute la place, qu'elle soit dans le coma, quoi, pour me permettre d'installer Peggy en avant-plan, pour la rendre d'emblée attachante par la bienveillance dont elle fait preuve envers la femme qu'elle aime déjà depuis un certain nombre d'années, à ce moment-là», explique Marie-Ève Lacasse.

Cette dernière se défend bien de signer ici une biographie de Peggy Roche: «Ça demeure un roman, une mise en scène de son histoire d'amour avec Françoise Sagan.»

En finir avec les masques

Il s'avère par ailleurs fascinant de constater que Marie-Ève Lacasse, pour ressortir de l'anonymat, se penche sur un couple qui a ainsi tenu cachée sa vie commune pendant quelque 20 ans. Comme si, de Masques à Peggy dans les phares, une boucle se bouclait, dans son propre parcours. À l'écran de notre ordinateur, la principale intéressée se recule dans sa chaise et marque une pause.

«Je n'avais pas songé à ça... Mais c'est très intéressant, le lien que tu fais... C'est d'ailleurs dans de tels moments que le rôle du lecteur prend tout son sens: quand il nous force à réfléchir à des parallèles qu'on n'avait pas faits soi-même!»

Au final, les Roche lui «auront porté chance», se réjouit celle qui se mariera le 24 juin prochain, «le jour de la fête nationale des Québécois, parce que c'était important pour [elle]», précise la trentenaire, le sourire épanoui par le bonheur. Celui d'aimer et d'être aimée en retour, et de savoir qu'elle n'attendra «sûrement pas un autre 10 ans avant de reprendre la plume».

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