• Le Droit > 
  • Arts > 
  • Livres 
  • Tintin au pays des Soviets en couleurs: audace ou sacrilège? 

Tintin au pays des Soviets en couleurs: audace ou sacrilège?

La version en couleurs de Tintin au pays... (Tintin.com)

Agrandir

La version en couleurs de Tintin au pays des Soviets est attendue mercredi en librairie en France, en Belgique, en Suisse et au Canada.

Tintin.com

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Alain Jean-Robert
Agence France-Presse
Paris

D'aucuns crieront au sacrilège, d'autres salueront l'audace de cette innovation: Tintin au pays des Soviets, la toute première aventure du jeune reporter à la houppette créée par Hergé en 1929, s'offre une nouvelle jeunesse en se parant pour la première fois de couleurs.

L'album colorisé est attendu mercredi en librairie en France, en Belgique, en Suisse et au Canada.

Coédité par Casterman et les éditions Moulinsart, ce Tintin revisité bénéficie d'une nouvelle couverture mettant l'accent sur le mouvement et la vitesse. On voit une course-poursuite entre une voiture pilotée par Tintin et un avion quand l'original montrait un Tintin debout et assez statique devant les murs du Kremlin.

Publié à l'origine dans les pages du Petit Vingtième, le supplément hebdomadaire pour la jeunesse du journal catholique belge Le Vingtième siècle, Tintin au pays des Soviets détonne dans l'oeuvre d'Hergé.

De l'après-guerre jusqu'à la fin des années 1990, Tintin au Congo était considéré comme le premier album de Tintin. Au purgatoire sinon aux oubliettes, Tintin au pays des Soviets était vu au mieux comme un intéressant témoignage historique.

Il est vrai que Tintin y est quasi méconnaissable. «Le personnage n'est pas du tout élaboré», reconnaît Philippe Goddin, biographe d'Hergé. Tintin n'est pas le généreux jeune homme que nous connaissons, mais un «matamore» qui «règle facilement son compte à des gens qui ne lui plaisent pas».

«Quand Hergé a démarré cette histoire (il avait 21 ans, ndlr), il ne pouvait évidemment pas s'imaginer que le personnage qu'il était en train de créer allait avoir du succès».

La version originale de Tintin au pays des Soviets est sortie en album en septembre 1930. Les 10000 premiers exemplaires écoulés, Hergé s'était promis de redessiner cet album, mais il n'en a jamais eu le temps.

Le travail de colorisation du seul album de Tintin resté en noir et blanc a commencé en 2014 à partir des planches originales. Il a été confié à Michel Bareau, directeur artistique des studios Hergé.

Tintin sans houppette

La décision de coloriser cet album a été sévèrement critiquée par le dernier secrétaire particulier d'Hergé, Alain Baran.

«Quoi que fort réussie au plan technique, la mise en couleurs de Tintin au pays des Soviets et surtout le fait de la publier sous le nom d'Hergé sont des atteintes au principe qu'après le décès d'un créateur (...), le respect de toute oeuvre due à ce créateur impose qu'elle restât dans l'état où celui-ci l'a laissée», a estimé M. Baran dans un communiqué.

Opération marketing assurément (vendu 14,95 euros - 21 $, l'album colorisé bénéficie d'un tirage exceptionnel de 300 000 exemplaires), le lancement de ce «nouveau» Tintin permet également de redécouvrir un personnage dont on croyait tout connaître.

Des détails peu visibles dans la version en noir et blanc apparaissent en pleine lumière grâce à la colorisation (dans des tons pastels). L'histoire y gagne en lisibilité, en action et en humour. Lire ou relire Tintin au pays des Soviets fait irrésistiblement penser aux films de Charlie Chaplin ou d'Harold Lloyd tant le rythme du récit est trépidant.

L'anticommunisme de l'album - objet de polémiques durant la guerre froide - semble désormais presque anecdotique. En revanche, si dans la version remaniée après-guerre de L'étoile mystérieuse (1942) les deux cases caricaturant des Juifs avaient été supprimées, le tailleur chez qui Tintin achète un nouveau costume à Moscou dans la version colorisée de Tintin au pays des Soviets parle toujours avec un accent outrageusement caricaturé.

Certaines scènes font penser à des albums à venir (Le lotus bleu page 67, Les cigares du pharaon page 76, Tintin au Tibet page 82...).

Surtout, on s'aperçoit, médusés, qu'au départ Tintin n'a pas de houppette! Quand il quitte Bruxelles pour Moscou via Berlin, le reporter aux culottes de golf a les cheveux collés au front.

Soudain, sur la dernière case de la page 7, alors que Tintin saute d'un arbre pour voler la décapotable de policiers allemands et démarrer sur les chapeaux de roue, sa mèche se redresse. «Maintenant à Moscou», lance le reporter désormais à la houppette.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer