Manuel de survie sexuelle signé Salvayre

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CRITIQUE / Lydie Salvayre, lauréate du Goncourt 2014 pour Pas pleurer, est aussi capable de toutes les fantaisies (littéraires). Preuve à l'appui avec ce Petit traité d'éducation lubrique réédité aux Éditions Points et augmenté d'une couverture plutôt rigolote. Il suffit de tirer sur la languette pour que la Femme nue de Modigliani se dévoile entièrement... La volupté ne fait que commencer.

« La pine, dit-il, vous savez ce que c'est la pine ? » Ce n'est pas Lydie Salvayre qui l'écrit, mais Samuel Beckett dans Le Calmant, citation qu'elle place en exergue de sa démonstration. Après tout, la préciosité métaphorique est l'un des écueils sur lesquels, trop souvent, vient s'empaler la littérature érotique...

S'il ne donne pas dans la mièvrerie stylistique, l'écrivain libertin n'a guère que le choix entre le lexique clinique ou l'argot vitriolé. Lydie Salvayre a trouvé son issue narrative, à mi-chemin entre la dimension parodique, les références culturelles à valeur d'autorité (cf. Beckett) et le comique de l'outrance. Aucune espèce de tabou, ni de frein moral au délire qui s'en suit. 

Ce petit traité destiné à aiguiller les « anal-phabètes » du sexe s'intéresse à la passion sexuelle sous toutes ses phases de développement : chapitre sur les conseils d'approche, sur les étreintes préliminaires (elle en distingue très sérieusement trois types : subreptice, appuyée et insistante), puis enfin les positions choisies (19 sélectionnées sur 366 possibles, écrit-elle), pause-cigarette avec la Vie de sainte Gudule (qui connut l'extase sexuelle en bien étrange manière), pour finir par les Symptômes de tiédeur où corps et esprit se trouvent ramollis. En cause ? « La fréquentation trop régulière à laquelle contraignent le mariage et toutes les agglutinations qui se prolongent indûment. »

Ode au plaisir débridé et aux relations charnelles sans entrave, ce manuel s'approprie « la chose » avec une précision documentaire docte (on parle de « futution » et de « pédication ») mais sur un ton joyeusement paillard. Notre pudeur ne s'offusquera pas des galipettes évoquées, et si l'on éprouve un peu de gêne en lisant certaines pages, c'est bien plutôt parce que Lydie Salvayre semble avoir littéralement pris son pied pour les écrire.

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