Au Bonheur des lettres (II), de Shaun Usher***1/2

Le DroitYves Bergeras 3/5

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CRITIQUE / À l'heure des courriels et des textos qui nous ont progressivement fait perdre contact avec l'encre, le papier et leur élégante réalité, il y a quelque chose de réjouissant à explorer ce volumineux catalogue de lettres, manuscrites ou dactylographiées, ici reproduites en fac-similé, dans leur forme naturelle, épistolaire, finalement si distinguée.

« Encore plus de courriers historiques, inattendus et farfelus », précise le sous-titre de ce recueil réunissant 122 missives tour à tour drôles, dramatiques, tendres, amoureuses ou politiques. On y trouve même quelques savoureuses lettres ironiques où le compliment et l'insulte dansent le tango. C'est comme un herbier, on n'est pas obligé d'apprécier chacune des fleurs, mais la collection est fort jolie. Et en dit parfois long sur leurs auteurs - souvent très connus, ce qui rehausse l'intérêt tout en piquant la curiosité.

Cette petite anthologie colligée par l'écrivain britannique Shaun Usher (déjà auteur du « volume I » et du similaire Au bonheur des listes) soulève un voile épistolaire sur des plumes de premier ordre, dont Jane Austen, Sylvia Plath, Charlotte et Emily Brontë, Ursula Le Guin, Jack London, David Foster Wallace, Raymond Chandler, ou encore Hunter S. Thompson, père du journaliste « gonzo ». Les francophones demeurent plutôt rares, mais Victor Hugo, Albert Camus et Charles Baudelaire ont réussi à se faufiler parmi les pages. 

En marge des écrivains, on a également accès au courrier de John Lennon, David Bowie et Kurt Cobain ; à une lettre d'amour bizarrement et drôlement scatologique signée par un Wolfgang Amadeus Mozart de 21 ans, qu'il destine à sa cousine Arianne, laquelle semble lui avoir clairement fouetté les sangs et la sève ; à une déclaration passionnelle écrite par Richard Burton à Elizabeth Taylor, etc. Les mots du réalisateur Francis Coppola succèdent à ceux du bédéiste Robert Crumb ou du révolutionnaire Che Guevara. La plupart sont de véritables perles d'humour ou de stylistique. D'autres, plus prosaïques ou anecdotiques, deviennent plus intéressantes à la lumière de la courte présentation contextuelle qui précède chaque lettre. C'est le cas de celle qu'une Janice Joplin envoie à ses parents, trois ans avant son overdose, ou de celle adressée à James Joyce par le psychanalyste Carl Jung, pour lui faire part du problème « stupéfiant » que lui cause la lecture de son roman Ulysse  (quelques années plus tard, Jung soignera la fille de l'écrivain, apprend-on dans le paragraphe introductif).

Certaines missives, qui mélangent fiction et réalité, vous accrochent un sourire béat. C'est le cas de la lettre chagrine, mais courtoise, que Marge Simpson a envoyée à la Maison-Blanche pour se désoler des critiques que Barbara Bush avait formulées à l'égard de sa petite famille dessinée (suivie de la réponse de la Première Dame des États-Unis : des excuses polies, qui s'achève par : « Excusez, s'il vous plaît, ma langue trop pendue », suivi du post-scriptum « Homer a l'air très séduisant ! »). C'est aussi le cas de la très officielle réponse du Grand Enchanteur Albus Dumbeldore à cet enseignant britannique qui soumettait - avec son CV et une lettre portant en entête le sceau officiel de l'Université de Sussex - sa candidature au poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal. Le doyen du Collège Poudlard rejette évidemment la proposition, mais, bon prince, souligne l'originalité de la démarche (« Vous avez le privilège d'être le premier 'moldu' à avoir jamais soumis une offre ») et l'hilarité qu'elle a suscitée au sein du conseil d'administration.

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