887, de Robert Lepage et Steve Blanchet ****

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CRITIQUE / La présentation de 887 au Centre national des arts, au printemps dernier, demeure un moment fort de la programmation du Théâtre français cette année. Pour peu qu'on ait eu la chance de voir Robert Lepage évoluer sur scène dans le cadre de ce solo - ou dans une autre de ses pièces - on « l'entend » nous raconter ce pan de son existence, en parcourant ce livre illustré. Si cela ajoute au plaisir de lire 887, il n'est toutefois pas nécessaire d'avoir assisté à la prestation de l'homme de théâtre pour apprécier le bouquin.

Reproduisant le texte de la pièce ainsi que les didascalies, 887 valse entre narration en alexandrins et monologues en « joual », entre notes sur les éclairages et indications de changements de décors (de l'immeuble de sa jeunesse, sis au 887 de l'avenue Murray à Québec, à son appartement d'adulte, par exemple). Ça valse aussi entre sa façon de classer les livres dans sa bibliothèque, l'Alzheimer de sa grand-mère et le vibrant hommage à son père, ce chauffeur de taxi de peu de mots. Il est donc ici question de mémoire, de ses caprices et devoirs, des souvenirs d'enfance aux trucs mnémoniques utilisés pour se rappeler de numéros de téléphone ; mais aussi de l'intime qui se fond dans l'Histoire, de politique, de langue française, de sa découverte du théâtre et de la place des artistes dans la société. Tour à tour résonnent le fameux « Vive le Québec libre ! » de Charles de Gaule et - plus encore - le percutant poème Speak White de Michèle Lalonde.

Les illustrations et le graphisme à l'esthétisme vintage de Steve Blanchet - il a d'ailleurs conçu 887 avec son complice Robert Lepage - apportent un cachet visuel qui se décline dans une palette de couleurs évoquant bien les ambiances et les années 60, volutes de fumée de cigarettes et teintes de brun à l'appui. Un cachet où les silhouettes plus que les détails font aussi joliment écho aux contours parfois floutés de ce dont on se souvient...

Certes, un livre ne peut prétendre relever de l'expérience du spectacle vivant, surtout lorsqu'il s'agit d'une performance de Robert Lepage. Ce 887 n'en demeure pas moins une fort jolie manière de (re)plonger dans ses jeux de mémoire, toujours aussi percutants et pertinents. Et de s'imprégner de son processus de création.

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