J pour justice et jeux de pouvoir

En écrivant à la première personne du singulier,... (Erick Labbé, Le Soleil)

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En écrivant à la première personne du singulier, l'auteur Jean-Jacques Pelletier se permet un nouveau rapport avec ses personnages... et ses lecteurs.

Erick Labbé, Le Soleil

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Une nouvelle équipe d'enquêteurs hors normes. Un chef qui dialogue avec son épouse décédée pour tenter de voir plus clair dans ses affaires. Un roman écrit au «je» autour de la violence faite aux femmes et du désir de se faire justice soi-même. Jean-Jacques Pelletier se renouvelle tout en continuant à s'inscrire dans l'air du temps, avec Bain de sang.

«Je suis interpellé par les gens convaincus qu'on ne peut plus faire confiance aux institutions et qu'ils doivent prendre la justice dans leurs mains», soutient le romancier.

Pourtant, l'impatience n'est pas toujours compatible avec un système de justice serein et équitable, rappelle-t-il. «Je serais très inquiet si toutes nos cours ressemblaient à celle de l'émission de télévision de l'avocate Anne-France Goldwater!»

«Quand les gens ont l'impression que les choses ne fonctionnent pas comme elles devraient et qu'ils n'ont plus le pouvoir de les changer, ils ont deux réactions: soit ils élisent un 'M. Net' qui fera le ménage, et c'est comme ça que Mussolini et Hitler ont été élus; soit ils décident de faire le ménage par leurs propres moyens, renchérit Jean-Jacques Pelletier. Or, la perte de nuances fait que les divergences d'opinions deviennent sources de conflits...»

Par ailleurs, l'auteur est très sensible à la situation des femmes, alors que la culture du viol et les victimes présumées de Donald Trump ont récemment retenu l'attention du public.

Ainsi, c'est dans une baignoire remplie du sang de plusieurs victimes que le corps d'un homme est découvert. Avec pour résultat que ce qui s'avérait a priori une installation artistique devient une scène de crime autour de laquelle Henri Dufaux et son équipe doivent faire la lumière. Non sans croiser au détour un mafieux, un ministre et un artiste respectivement adeptes de Bartok, de voyages de détente en Thaïlande et de création hypercollective; un militaire férocement misogyne, un pasteur résolument pro-vie, des trafiquants de jeunes femmes et une certaine directrice adjointe du SCRS.

Besoin de se réinventer

Pour Bain de sang, M. Pelletier n'a pas tant revu le fond que la forme. 

L'action n'est donc plus découpée par des manchettes plausibles de TVA ou de La Presse. «Les médias et les réseaux sociaux ne sont plus des personnages à part entière, mais on en voit quand même les effets!»

Il a surtout opté pour un héros principal.

«Dans mes autres romans, le morcellement de la trame faisait que le lecteur en savait toujours plus que mes personnages, puisqu'il était le seul à avoir une vue d'ensemble. Cette fois, je devais permettre à Dufaux d'assimiler les événements et de tirer ses conclusions au fur et à mesure. Du coup, ça repositionne aussi mon rapport avec le lecteur.»

Il ne déteste pas la liberté que lui donne l'écriture au «je». «Développer les points de vue de Dufaux par rapport à ce qu'il vit est un des avantages à écrire d'une telle perspective. Contrairement au narrateur omniscient, le 'je' permet le commentaire.»

Les inconditionnels du style Pelletier reconnaîtront certains personnages «signatures»: il décline par exemple trois Sarah (en blonde, en brune et en noire), chacune ayant un talent à soi qu'elle met à profit dans l'équipe de «Kids» entourant Dufaux.

L'allergie de ce dernier envers les croyances et les conclusions rapides rappelle d'ailleurs que l'auteur de polars a enseigné la philosophie. «Henri pourrait aisément faire partie du Club des sceptiques!»

Un sceptique qui ne sera pas confondu de sitôt, puisque l'écrivain entend donner suite aux enquêtes de sa nouvelle troupe. D'autant qu'une autre source d'inquiétude titille sa plume. «L'arrivée de Trump au pouvoir pourrait avoir comme impact de décourager certains écologistes de faire évoluer leur cause par des moyens légaux, et de les radicaliser. [Fox News] rappelait encore récemment que pour le FBI, l'éco-terrorisme demeure la menace principale aux États-Unis...»

Nul doute: l'actualité, et ce qui la sous-tend, n'ont pas fini de lui fournir du matériel pour ses thrillers.

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