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Journal d'un homme heureux, de Philippe Delerm ****

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CRITIQUE / Diariste, aphoriste, noteur ? Le mot manque. Il faudrait peut-être inventer «carnettiste» pour signifier cette pratique à la fois détachée et forcenée de certains écrivains de formuler leurs pensées, humeurs et observations en quelques phrases dans un journal intime.

Philippe Delerm excelle à l'exercice descriptif du quotidien, même s'il n'y a consacré qu'une année de sa vie, entre 1988 et 1989.  À cette époque, l'auteur de La première Gorgée de bière ne l'est pas encore. Il a 37 ans et vit à la campagne avec sa compagne et son jeune fils Vincent. Il n'a pas la notoriété d'aujourd'hui et travaille à l'écriture d'un roman, Autumn [publié 10 ans plus tard].  Impression de vieillissement précoce quand il écrit, d'accélération du temps, de lassitude à la tâche. «Je me sens romancier d'occasion», avoue-t-il, à l'époque. Alors pourquoi publier ces notes intimes trois décennies après les avoir écrites ? Malgré l'attente et l'espoir (très incertain) d'imposer l'ouvrage qui le fera enfin connaître, Philippe Delerm vit là la plus belle année de sa vie. Il enseigne à mi-temps dans une école et vient d'acquérir sa première propriété. De quoi s'adonner à loisir à ses observations, et contempler, amoureux, sa compagne cultiver leur jardin. 

«Je suis riche, incommensurablement riche de ce qui manque à presque tout le monde : le temps.» On pourrait y voir un avaricieux souci de soi - ne rien laisser se perdre, tout garder au jour le jour - s'il ne s'agissait au contraire de partager, par cette publication, son regard bienheureux sur l'existence. Quelques commentaires glissés ponctuellement de l'homme qu'il est devenu apportent un recul de 30 ans sur cette partie de sa vie en équilibre entre l'expectative de réussir et la jouissance de l'instant présent...tout bien considéré, il s'agissait d'un âge d'or.  Ici, nulle mélancolie tenace et complaisante,  délectation morose ou mauvaise humeur critique. Sensibilité aux détails et attention au monde font de ce grand écrivain en devenir un spectateur attendri du bonheur à cueillir simplement. 

Sous sa plume, les caprices de la météo normande s'arment d'un charme rayonnant, le jardin devient sujet à tous les tableaux bucoliques et introspectifs. Parfois, le lecteur se sent visé, puis touché, ou croit reconnaître une réflexion qui l'aura aussi animé. Preuve que l'observation est juste, que l'auteur a saisi là un trait de l'humaine nature.

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