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Les albums jeunesse ne sont pas toujours réservés aux enfants seulement. En voici trois qui rendent hommage à des classiques de la littérature et dont les magnifiques factures visuelles sauront assurément séduire les plus grands aussi.

Madame Butterfly, de Benjamin Lacombe ****1/2

Benjamin Lacombe a l'heur de déjouer les attentes du lecteur, même quand il opte pour les pop-up. C'est sans contredit l'objet en tant que tel qui, d'emblée, étonne et charme. Ses pages en accordéon déploient sur 8 mètres de long (!) les sublimes illustrations de Benjamin Lacombe, qui revisite à sa manière le drame amoureux de Madame Butterfly et du lieutenant Pinkerton, à partir de l'opéra de Puccini et de la Madame Chrysanthème de Pierre Loti. Narrée de la perspective du militaire rongé par les remords, l'histoire de la Madame Butterfly de Benjamin Lacombe se décline dans un texte joliment ciselé et, surtout, dans une palette de couleurs tantôt vibrantes de passion, tantôt délavées par les pleurs et le temps passé.

La reliure à la japonaise laisse ainsi pleinement éclater toute la puissance onirique de ses incroyables peintures à l'huile au recto, tandis que le verso révèle pour sa part une tout aussi époustouflante fresque au crayon et à l'aquarelle. Un pur régal pour les yeux, à dérouler encore et encore pour en capter et savourer les moindres détails!

Le Bois dormait, de Rébecca Dautremer ****1/2

Signant texte et illustrations, Rébecca Dautremer s'est inspirée d'une certaine Belle endormie bien connue pour proposer une foisonnante relecture du populaire conte. Du coup, jeunes et moins jeunes deviennent les complices de sa vision toute personnelle sur l'attente et le réveil.

Crayonnés et se détachant en sépia sur le blanc des pages de gauche, un « prince » et son « conseiller » observent les habitants figés dans le temps aux quatre coins d'une ville dont tous  les résidents se sont immobilisés, comme s'ils avaient été surpris par le sommeil, qui en train de balayer la rue, qui en pleine balade à vélo. « Tout un monde qui se dégonfle », déplore le guide, en constatant que même les artistes du cirque ambulant se sont assoupis. « Moi, je me demande si les gens ne font pas semblant. Peut-être qu'ils sont trop fatigués, et qu'ils n'ont plus ENVIE de bouger? Ou peut-être qu'ils ont PEUR... » 

Et si un baiser s'avérait l'antidote à la lassitude, à la déprime et à la crainte? Mieux encore : et si ce baiser pouvait redonner envie de vivre et d'aimer en couleurs?

On adore le souci du détail de ces scènes croquées par l'artiste, la beauté inhérente aux mouvements suspendus des personnages prenant la pose alanguie sous ses pinceaux. Il s'en exhale une délicate et intemporelle poésie.

L'Enfant des livres, d'Oliver Jeffers et Sam Winston ****

L'Enfant des livres représente un extraordinaire hommage à la littérature, au plaisir de découvrir et partager l'imaginaire des auteurs. En solo ou en tendant la main à d'autres voyageurs à qui il est possible de donner envie de partir à l'aventure aux pays des mots.

Tout en tirant  une révérence sincère aux auteurs ayant bercé leur propre approfondissement de la littérature, Oliver Jeffers et Sam Winston vantent avec éloquence les mérites de la lecture, qui permet autant de découvrir « des trésors au milieu des ténèbres », que de pouvoir s'inventer une maison remplie d'images et de couleurs ouverte à tous dans un monde pouvant parfois vivre en noir et blanc. La vraie force de l'album tient sans l'ombre d'un doute au joyeux mélange des superbes aquarelles et dessins crayonnés d'Oliver Jeffers ainsi qu'au fascinant travail typographique de Sam Winston. À partir des nombreuses oeuvres citées (de Vingt mille lieues sous les mers à La Petite Sirène, en passant par L'Île au trésor, Le Petit Prince, L'Odyssée, etc.), ils créent ensemble une histoire débordant d'imagination débridée. Ici, la fillette et son nouvel ami s'endorment sur des nuages composés de quelques mots d'Au clair de la lune, entre autres. Là, pour fuir un monstre conçu à partir de phrases extraites de Dracula ou Frankenstein, elle  s'accroche à une ribambelle de mots tirés de Raiponce, qui ainsi tressent une «corde» qu'a tendue son chevalier entre le sol et la tourelle d'un château.

Une mention toute spéciale à la maison d'édition Kaléidoscope, qui s'est chargée de retracer les traductions des extraits d'oeuvres initialement « sculptés » par Sam Winston pour la version française de l'album, publié au Canada sous la bannière Scholastic (qui a partagé les frais liés auxdites traductions). 

Ne vous attendez pas à pouvoir nécessairement lire des pans complets mettant en vedette Robinson Crusoé ou Alice tombant jusqu'au pays des Merveilles: les passages sélectionnés ont été ciselés, amputés de mots (voire de phrases complètes) au besoin, pour se transformer en vagues, en montagnes ou en branches d'arbres. Cela pourrait en irriter quelques-uns.

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