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La ligne la plus sombre, d'Alain Farah et Mélanie Baillargé ***1/2

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CRITIQUE / Déjà poète, essayiste, romancier (Matamore nº29), enseignant universitaire et chroniqueur littéraire (Plus on est de fous plus on lit), Alain Farah peut ajouter à son arc la corde auteur de BD grâce à La ligne la plus sombre, qu'illustre la «designer» graphique Mélanie Baillargé.

Les deux auteurs s'amusent à défier les codes tant graphiques et narratifs. Le style épuré du dessin rappelle la série Paul ou le travail de Dupuy et Berberian (Monsieur Jean), mais s'y glissent de façon subtile de nombreux éléments qui, sans mettre en péril le ton réaliste ni basculer dans le surréalisme, imprègnent leur décalage poétique. Par exemple: le jeu sur les tailles et perspectives; le recours parcimonieux à la couleur rouge qui se détache du noir et blanc des pages; le découpage lui-même. Sans oublier cette série de grandes illustrations qui, collées (littéralement) au centre des planches, renvoient aux «gravures» des vieilles éditions des écrits de De Ségur, La Fontaine, Hugo, etc. 

Dire qu'il s'agit d'une autobiographie, bien que ce soit le cas, serait très réducteur. Si Alain Farah se met bel et bien en scène dans un récit où son amour pour Clémence côtoie celui qu'il voue aux homards du Maine, il propose surtout un énigmatique récit romantico-intello-politique à la Paul Auster. Où un vent calme et doux souffle sur les opportunités ratées de la vie.

Comme si cela relevait de l'évidence la plus élémentaire, les deux amoureux s'aiment d'un amour télépathique, tout comme les dauphins parviennent à communiquer à distance, rappelle l'auteur. Le voisin, Bob, est un étrange colosse-artiste qui voit quant à lui esprits de la nature cachés partout. La «ligne» du titre fait quant à elle référence au Dune de Frank Herbert, et aux trois lignes de «possibles» qui s'ouvrent simultanément à celui qui ingurgite l'épice d'Arakis. Profitons-en pour applaudir la maîtrise graphique de l'explication.

Le fil de l'intrigue s'autorise de multiples digressions référencées. Vers le roman d'espionnage, à travers l'alter ego de l'auteur, Hubert, agent double ou triple. Ou en ouvrant une parenthèse sur Victor Hugo, période romantisme délirant: le vénérable vieillard est présenté (dans lesdites «gravures») en pleine séance de spiritisme, sous les traits de quelque roi fou shakespearien, et consolé par un Farah couronné de lauriers.

Un «roman graphique» (bien davantage qu'une BD) à multiple pistes et niveaux de lecture. Certainement assez malin pour laisser entrevoir avec la plus franche des fausses candeurs toute sa «duplicité».

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