Écrire du feu de son imaginaire

Michèle Vinet... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Michèle Vinet

Etienne Ranger, Le Droit

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Parce que L'Enfant-feu fera toujours partie de la « femme-flamme » qu'elle est devenue, Michèle Vinet a replongé dans ses souvenirs pour mettre au jour les jalons de son « chemin de Compostelle intérieur ». De la tortue Patrovite (qui a enflammé son imaginaire de fillette en lui faisant découvrir qu'il était possible de jouer avec la langue française) à la publication de son premier roman, Parce que chanter c'est trop dur (résultat d'une combustion lente, puisqu'il a dormi dans ses tiroirs pendant 10 ans), l'auteure franco-ontarienne relate ce qui l'a menée « au flamboiement de l'écriture ». Et à découvrir, définir qui elle est.

« Je ne revendique pas de drapeau et je ne porte pas de flambeau, mais je suis fidèle à ma langue maternelle, fait valoir l'Ottavienne. Cette langue française a constitué pour L'Enfant-feu une route, une façon d'être au monde. C'est donc vrai que cette enfant va se définir, se découvrir à travers la langue dont elle apprivoise petit à petit les secrets. C'est une question d'identité, pour moi. C'est mon identité. »

Une identité qu'elle déploie aujourd'hui dans son récit comme « un humble plaidoyer à la francité ». Car la jeune Mita, qui a déjà reçu des livres signés par la Comtesse de Ségur et Jules Verne après avoir remporté un concours d'écriture, n'aura de cesse de noter des «BM» (ses «Beaux Mots») dans des cahiers spéciaux dans l'espoir d'un jour pouvoir écrire «dans [s]a langue dans [s]on pays».

Collectionneuse de « Beaux mots »

« Quand je lis, j'ai toujours un de mes "cahiers BM" à portée de la main ! clame en riant Michèle Vinet. À l'époque, j'accumulais mes beaux mots sur des fiches, dans des petites boîtes. Maintenant, je les répertorie sur mon ordinateur. Ce sont mes outils de travail ! »

« Il faut respecter ce qu'on est, se battre pour garder notre langue. Pour ça, il faut l'apprendre, se l'approprier, la rendre belle et fière, car le français donne le pouvoir d'inventer ! »

Ce pouvoir, elle en a saisi les possibilités lorsqu'elle a « compris » le nom de la tortue de son album jeunesse préféré : Patrovite. L'héroïne de son enfance est d'ailleurs toujours bien présente (par une peluche sur son ordinateur et un vieil exemplaire dudit livre jeunesse) dans son environnement, lorsque l'auteure se met en mode création.

« Si vous écrivez pour les enfants, faites-le soigneusement, parce qu'un livre peut vraiment changer une vie ! » lance d'ailleurs Mme Vinet à qui veut bien l'entendre.

Cette dernière caressait donc depuis longtemps le rêve de mettre en lumière Patrovite, mais aussi la rivière au bord de laquelle la tortue a grandi (et ses dangers), Mononk-

labbé et son hibou, ses séjours aux États-Unis (où elle enseignait à de jeunes Noirs lorsque Martin Luther King a été assassiné, notamment), entre autres.

Autant de pierres angulaires sur lesquelles la Franco-Ontarienne a fondé sa soif de connaissances, ses aspirations d'écrivaine et ses ambitions de partage. Et sur lesquelles elle a bâti sa maison, faite non pas d'un feu de paille, mais d'un âtre en briques où elle peut ainsi continuer de souffler sur les braises de l'Enfant-feu sans craindre de voir ses rêves s'envoler en fumée.

Or, cette enfant réclamait, cette fois, de prendre elle-même vie sur papier.

« J'aime beaucoup Christian Bobin, que je cite en exergue des "épisodes" du récit. C'est peut-être à la lecture de La Grande Vie que tout s'est déclenché. Toujours est-il que j'ai tout à coup entendu le titre de mon livre dans ma tête... » se souvient Mme Vinet. 

« Ça m'a permis de libérer une enfant qui avait besoin de se raconter. »

Entre rêves et temps qui passe

Elle le fait en ouvrant un dialogue entre son rêve de petite fille et le temps qui passe, sculpte les expériences pour en faire la matière première à partir de laquelle l'auteure cisèle son oeuvre.

Michèle Vinet a toutefois longtemps été convaincue de ne « pas être à la hauteur de faire quelque chose de beau ». Ainsi, le manuscrit de Parce que chanter c'est trop dur est resté caché pendant une dizaine d'années dans une boîte. Elle ne connaissait rien du monde de l'édition, avait peur de ne pas être prise au sérieux dans sa démarche. Jusqu'à ce qu'un certain « Julien » l'oblige à lui faire lire son roman. Et l'envoie à son insu à Denise Truax, aux Éditions Prise de parole, qui accepte de la publier, en 2007.

« Le Julien de mon récit, c'est (l'homme de théâtre) Joël Beddows, à qui je serai toujours infiniment reconnaissante de m'avoir tordu le bras ! » lance Michèle Vinet en riant. 

Depuis, cette dernière a vu son deuxième roman, Jeudi Novembre, être couronné des prix Trillium et Émile-Ollivier, il y a cinq ans. Elle est par ailleurs en train de peaufiner son troisième.

« La jeunesse de coeur de L'Enfant-feu brûle encore et j'espère qu'elle le fera jusqu'à mon dernier souffle ! »

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